Archive pour la catégorie ‘Union Méditerranéenne’

La France ambitionne d’étendre son influence en créant l’Union pour la Méditerranée

Lundi 21 juillet 2008

La France ambitionne d’étendre son influence en créant l’Union pour la Méditerranée

© Mondialisation.ca

Le président français Nicolas Sarkozy a présidé dimanche dernier un sommet de 44 dirigeants de pays européens et méditerranéens qui a procédé à  la fondation de « l’Union pour la méditerranée ». La plupart des chefs d’Etat présents ont été invités le jour suivant au défilé militaire et aux célébrations marquant la fête nationale du 14 juillet.

Cette nouvelle union est conçue comme une tête de pont politique et économique entre les Etats d’Europe de l’Ouest et les principaux Etats d’Afrique du Nord, des Etats arabes et des Balkans, situés sur la mer Méditerranée. Cette union avait été prévue, à  l’origine, par Sarkozy pour être exclusivement dirigée par la France, mais une opposition virulente, notamment du gouvernement allemand, a conduit Sarkozy à  accepter un compromis permettant aux 27 Etats membres de l’Union européenne d’y participer.

L’unique pays méditerranéen majeur à  ne pas y participer a été la Libye dont le dirigeant, Mouammar Kadhafi, a décliné l’invitation. Les rois du Maroc et de la Jordanie n’étaient pas présents non plus, mettant en avant d’autres engagements, mais ont envoyé des émissaires de haut rang à  leur place.

Après le sommet, un certain nombre de délégués ont applaudi l’initiative de fonder cette union. Bien qu’elle ait exprimé en avril dernier son opposition initiale au projet d’union de Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que cette réunion de trois heures représentait « un très bon début pour une nouvelle phase dans la coopération » entre l’Europe et le Sud.

Les décisions prises lors du sommet et concernant des pays dont la population totale représente 800 millions de personnes, ont incontestablement été maigres. Il n’y a eu d’accord sur aucun objectif politique majeur. Au contraire, de modestes propositions ont été faites concernant l’environnement, le climat, les transports et l’éducation. Les dirigeants se sont mis d’accord pour tenir un sommet tous les deux ans, avec pour objectif de rédiger une déclaration politique et une courte liste de projets régionaux concrets. De plus, les ministres des Affaires étrangères se réuniront tous les ans pour examiner les progrès accomplis, préparer les sommets et approuver les projets.

Les questions d’immigration et de surveillance policière figuraient en haut de la liste de l’agenda de l’union. Il ne se passe pas un jour sans qu’un rapport abominable ne fasse état de groupes d’immigrants africains en rade ou se noyant alors qu’ils cherchaient à  atteindre l’Europe, et une des priorités majeures de Sarkozy est de garantir une immigration plus difficile et des contrôles policiers plus stricts afin d’empêcher en premier lieu les immigrants de quitter leur pays.

Malgré l’absence de propositions politiques majeures, l’initiative de Sarkozy a de sérieuses implications au niveau international.

En premier lieu, la conférence de Paris a, dans les faits, mis fin à  l’isolement politique du président syrien Bashar al-Assad qui est depuis longtemps considéré comme un paria politique par les Etats-Unis. Assad était assis à  la même table de négociation que le premier ministre israélien Ehoud Olmert, ce qui a fait couler beaucoup d’encre.

Bien qu’Assad ait froidement évité tout contact personnel durant la réunion au Palais de l’Elysée, on considère que c’est la première occasion où les chefs d’Etat respectifs de ces deux pays se sont retrouvés dans la même salle. Cet événement fait suite à  trois séries de négociations ces derniers mois entre ces deux pays, avec la Turquie pour médiateur.

Samedi dernier, Sarkozy a pu revendiquer un succès de plus lorsque Assad et le nouveau président libanais Michel Suleiman se sont mis d’accord pour ouvrir des ambassades dans leurs capitales respectives. Toujours prêt à  exploiter une occasion d’apparaître en photo, Sarkozy a aussi posé à  l’entrée de la conférence auprès d’Olmert et du président palestinien, Mahmoud Abbas.

Depuis sa venue au pouvoir il y a plus d’un an, la présidence de Sarkozy a été marquée par un activisme débordant sur la scène internationale. Il y a tout juste une semaine, Sarkozy a pris la présidence tournante de l’Union européenne et annoncé un programme ambitieux pour les six mois à  venir avec pour objectif de sauver la constitution européenne qui patauge, ainsi que de nouvelles propositions pour réprimer l’immigration et renforcer la politique sécuritaire.

Le sommet parisien de dimanche dernier avait été précédé par une série répétée de visites et de négociations par le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et Sarkozy lui-même, avec bon nombre de pays qui y ont participé, notamment Israël, la Syrie et le Liban.

Les motivations de Sarkozy sont loin d’être altruistes. Bien qu’il ait été contraint de reculer sur sa vision originelle d’un monopole politique français sur l’Union pour la Méditerranée, Sarkozy est déterminé à  s’assurer que l’organisation constituée ce week-end soit fortement sous contrôle français. Pour la presse conservatrice française, la création de l’union représente le retour de la France à  une position proéminente au Proche-Orient. Le Figaro écrit triomphalement : « Le lancement, ce week-end à  Paris, de l’Union pour la Méditerranée célèbre en grande pompe le retour de la France au Proche-Orient. La présence à  la même table de l’Israélien Ehoud Olmert, du Syrien Bachar el-Assad et du Libanais Michel Sleimane est un premier triomphe pour un projet qui a connu bien des vicissitudes avant de voir le jour…Nicolas Sarkozy va parrainer, aujourd’hui à  l’Élysée, l’établissement d’une nouvelle relation entre Damas et Beyrouth. »

Le quotidien poursuit en faisant remarquer les risques encourus à  jouer le rôle de « parrain », mais conclut que « cette lourde responsabilité qu’assume le président de la République est à  la hauteur des ambitions que notre pays a toujours entretenues pour le Liban et pour la région. »

Dans son propre commentaire sur la constitution de la nouvelle union, le journal allemand Süddeutsche Zeitung insiste sur le fait que Sarkozy cherche à  exploiter l’influence déclinante des Etats-Unis au Proche-Orient pour rétablir à  nouveau un rôle majeur pour la France :

« Il considère l’Union pour la Méditerranée, ainsi que la présidence française de l’Union européenne (UE) comme une double opportunité pour s’engouffrer dans le vide qui a émergé au Proche-Orient durant le changement de présidence à  Washington. Sarkozy espère rétablir un rôle pour Paris dans cette région, qui dépasse celui joué par d’autres Etats de l’UE. »

Dans le dernier Le Monde diplomatique, l’expert en politique internationale Alain Gresh identifie un certain nombre de questions qui marquent une rupture majeure de la part du gouvernement Sarkozy d’avec les principales lignes de politique étrangère adoptées par des gouvernements gaullistes successifs depuis les années 1950.

Gresh fait remarquer : « Depuis son élection à  la présidence en mai de l’année dernière, Nicolas Sarkozy concentre dans ses mains la politique étrangère tout en la détournant vers des alignements et des alliances tout à  fait à  l’opposé de ceux de Jacques Chirac. La politique étrangère est à  présent pro-Israël, pro-Etats-Unis et pro-OTAN, alors qu’avant elle les rejetait tous trois ouvertement. » [retraduit de l'anglais.]

Le changement des priorités françaises en matière de politique étrangère sous la présidence de Sarkozy est souligné par le fait que, défiant le protocole traditionnel, l’ancien président Jacques Chirac n’a pas pris part aux célébrations du 14 juillet. Chirac était un ami proche du premier ministre libanais assassiné, Rafiq Hariri, et il s’est montré très critique envers Sarkozy pour avoir invité Assad à  prendre part aux cérémonies à  Paris.

L’orientation de Sarkozy vers les Etats-Unis et Israël, qui marque une rupture brutale d’avec l’ancienne politique gaulliste, lui a valu des critiques de ses opposants politiques du Parti socialiste disant qu’il est un « un néo-conservateur américain avec un passeport français. »

D’autres voix s’élèvent pour avertir le président français des conséquences d’un rapprochement avec Washington. Thierry Fabre, sur le site Internet Rue 89 met en garde, « Se rapprocher en ce moment de L’OTAN et des Etats-Unis, complètement déconsidérés après l’intervention militaire en Irak et ses effets désastreux, pose un sérieux problème de crédibilité à  la France. »

Mais il est clair que Sarkozy n’agit pas simplement en substitut de Washington. L’administration Bush reste hostile à  la Syrie et pourtant le président syrien a réussi à  exploiter son voyage à  Paris, donnant des interviews à  la presse française lundi critiquant la politique américaine au Proche-Orient et mettant en garde contre les conséquences d’une guerre contre l’Iran.

Dans une situation d’énormes changements politiques au Proche-Orient, résultant principalement de la guerre en Irak, Sarkozy cherche à  mettre le cap dans une direction qui permette à  la France d’augmenter son influence politique et économique dans la région. En même temps, il souhaite éviter tout conflit déclaré avec les Etats-Unis.

Les effets de la guerre en Irak, auxquels s’ajoutent des difficultés économiques qui augmentent, ont conduit à  une instabilité grandissante au Proche-Orient. Les médias ont noté que les efforts du premier ministre israélien actuellement en difficulté, efforts pour utiliser la conférence de Paris dans le but de détourner l’attention de sa propre crise politique et de souffler la vedette à  ses détracteurs, avaient lamentablement échoué. Confronté à  une série d’accusations de corruption, Olmert essuie le feu de son propre parti et est considéré comme un dirigeant éclopé et sans aucune crédibilité politique.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a publié une déclaration avant de quitter Paris dans laquelle il critique sévèrement la France pour son opposition à  l’entrée de la Turquie dans l’UE. Les analystes politiques disent que l’unique raison pour laquelle Erdogan a assisté au sommet est sa volonté de se servir de cette occasion pour recueillir le soutien des dirigeants européens et du Proche-Orient dans sa propre bataille contre la Cour suprême turque, qui cherche à  bannir son parti.

Celui qui présidait la conférence aux côtés de Sarkozy, le président égyptien Hosni Mubarak est à  la tête d’un pays de plus en plus instable qui a été le théâtre, à  plusieurs reprises ces derniers mois, d’émeutes de la faim.

Toute tentative par Sarkozy de combler effectivement le vide au Proche-Orient et dans la région méditerranéenne nécessite qu’il s’assure des alliés fermes pour son projet parmi les autres grands Etats européens. A diverses étapes, Sarkozy a fait des avances à  la Grande-Bretagne et à  l’Allemagne, mais les liens restent hésitants. Des différends ont émergé entre l’Allemagne et la France ces derniers mois concernant un certain nombre de questions économiques, et plus récemment sur la question de la politique financière de la Banque centrale européenne.

Sous la pression allemande, Sarkozy a revu ses projets d’Union pour la Méditerranée. En retour la chancelière allemande a exprimé son approbation pour la réunion de Paris, mais la relation entre ces deux pays reste fragile.

Résumant la conférence, le journal français Les Echos a déclaré que « l’impression sera trompeuse. Car, lors de ce grand raout, ce n’est pas lui, mais Angela Merkel, qui triomphera. En silence. Discrètement, comme à  son habitude. Mais avec une belle assurance. Celle des vainqueurs sùrs de leur fait, de leur force tranquille. La chancelière allemande a imposé au président français que l’Union pour la Méditerranée soit sérieusement recadrée… Angela Merkel ne voulait pas d’une Union pour la Méditerranée qui divise les Vingt-Sept. Elle a obtenu gain de cause : Nicolas Sarkozy a dù lui céder pour sauver leur couple… Après les brouilles et les infidélités, le couple s’affiche de nouveau uni. Et harmonieux… Pas question néanmoins de tolérer de nouveaux écarts de conduite. Angela Merkel a passé l’éponge. Mais ne veut pas que l’épisode de l’Union pour la Méditerranée se reproduise. Nicolas Sarkozy reste sous surveillance. »

Merkel a exprimé son approbation pour la conférence de Paris parce qu’à  ce stade les initiatives de politique étrangère du président français vont, en grande partie, dans le même sens que celles de Berlin. Cependant, la discorde grandissante entre les principales puissances européennes a été un facteur majeur de déstabilisation de l’Union européenne. Il n’y a aucune raison de penser que le projet de Sarkozy d’une Union pour la Méditerranée aura davantage de succès.

Article original en anglais, WSWS, paru le 16 juillet 2008.

Copyright WSWS.

Articles de Stefan Steinberg publiés par Mondialisation.ca

L’Union pour la Méditerranée

Vendredi 18 juillet 2008

L’Union pour la Méditerranée

© Courrier International

upm

L’Union pour la Méditerranée (UPM) compte quarante-trois pays membres. Ce projet cher à  Nicolas Sarkozy est un pacte liant les pays membres de l’Union européenne aux pays riverains de la Méditerranée. Il a vu le jour le 13 juillet 2008, à  Paris, en présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement, mais en l’absence remarquée du roi Mohammed VI du Maroc et du chef de l’Etat libyen, le colonel Kadhafi. L’UPM prend la suite du processus de Barcelone, mis en place en 1995 à  l’initiative de Jacques Chirac, qui s’était enlisé.

Les ambitions du président de la République française ont été revues à  la baisse. Le projet initial, censé lier uniquement les pays riverains de la Méditerranée, a été rejeté par la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a exigé que toute l’Union européenne soit partie prenante.

En Europe, comme de l’autre côté de la Méditerranée, l’UPM – coprésidée pour deux ans par Nicolas Sarkozy et le président égyptien Hosni Moubarak – laisse plutôt sceptique, d’autant plus que son financement a été à  peine évoqué.

Lancement en fanfare pour l’Union pour la Méditerranée

Lundi 14 juillet 2008

Lancement en fanfare pour l’Union pour la Méditerranée

© Al-Oufok, Alter Info

Une quarantaine de pays représentant 800 millions d’habitants réunis à  Paris : Nicolas Sarkozy a lancé en fanfare dimanche son Union pour la Méditerranée, dont il espère rien moins qu’une réconciliation de tous les Etats riverains de la « Grande bleue ». Reste à  savoir si, au-delà  du succès du sommet de Paris, l’UPM fera mieux que le processus de Barcelone lancé en 1995 et dont elle s’inspire largement.

Les 43 pays européens et méditerranéens ont adopté « à  l’unanimité » une déclaration créant l’UPM à  l’issue de quatre heures de réunion au Grand Palais. « Nous en avions rêvé. L’Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité », s’est réjoui Nicolas Sarkozy. « Il fallait quelqu’un qui prenne des risques et puis le cercle vertueux s’engage », a-t-il espéré. Co-présidée par Nicolas Sarkozy et le président égyptien Hosni Moubarak, l’UPM réunit la totalité de l’Union européenne et les Etats de la rive sud de la Méditerranée, dont l’Algérie, le Maroc, Israël, la Syrie ou le Liban, ainsi que l’Autorité palestinienne. Seule la Libye a refusé d’y participer.

Si le mandat du co-président de la rive Sud a été fixé à  deux ans, celui du co-président du Nord reste flou, alors que l’UE est dans un no man’s land juridique depuis le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais.

L’UPM tiendra un sommet tous les deux ans. Le lieu où siégera son secrétariat sera fixé lors d’une réunion des ministres en novembre. Les Etats-membres sont tombés d’accord sur six premiers projets concrets « à  géométrie variable » : l’implication de tous les Etats n’est pas automatique, chacun restant libre de décider de participer ou non à  l’un ou l’autre.

Pour le reste, l’UPM reprend largement les acquis du processus de Barcelone. Son nom officiel est d’ailleurs « processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée », alors que cette structure était dans l’impasse en raison des conflits régionaux. Mais il y a « deux nouveautés », a insisté Nicolas Sarkozy : « une volonté d’égalité entre le Nord et le Sud » symbolisée par la co-présidence et « une volonté de se retrouver autour de projets concrets ».

Le président français a qualifié ce sommet de « succès », alors que la chancelière allemande Angela Merkel saluait un « très bon départ » pour l’UPM. Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la présence à  la même table de la quasi-totalité des pays arabes concernés, dont le président syrien Bachar el-Assad, et du Premier ministre israélien Ehoud Olmert. « Pendant quatre heures (…) personne ne s’est levé pour partir (…) Il y a pas eu d’éclats de voix ».

Certes, mais le président syrien n’était pas présent pour le discours du Premier ministre israélien Ehoud Olmert lors de la séance plénière, selon deux représentants du gouvernement israélien.

Il a été « très présent tout au long de l’après-midi », a rétorqué le président français. « Personne a fait d’incident ou quoi que ce soit », a-t-il assuré. « Si M. Assad a par exemple des pourparlers, s’il a des choses à  faire à  l’extérieur de la salle, où est le problème ? », a estimé de son côté Hosni Moubarak.

Israël et la Syrie ont récemment repris des discussions indirectes de paix sous la médiation de la Turquie mais le président syrien a laissé entendre que des discussions directes n’étaient pas encore pour bientôt. De poignée de main entre MM. Assad et Olmert, il n’a jamais été question à  Paris et il n’y a eu aucune photo de famille du sommet.

Le roi du Maroc Mohammed VI était quant à  lui absent, ce qui lui a évité de côtoyer le président algérien Abelaziz Bouteflika. Mais « le Maroc était représenté », a insisté Nicolas Sarkozy.

Le succès de l’UPM dépendra surtout de l’avancée des discussions de paix dans la région. « Pour nous, la priorité, c’est la paix, et il ne pourra y avoir de coopération économique efficace sans elle », a d’ailleurs prévenu Bachar el-Assad.

La question du financement des projets reste aussi posée. « Il y a beaucoup d’argent disponible pour le processus de Barcelone qui n’a pas été dépensé jusqu’à  maintenant », a souligné Angela Merkel, en évoquant une somme de 13 milliards d’euros.

Mais pour Abdelaziz Bouteflika, « il est tout à  fait clair que les difficultés auxquelles se heurtera l’Union pour la Méditerranée se situeront d’abord au niveau du financement des actions projetées ». « Nous allons travailler sur le financement » d’ici le mois de novembre, a assuré Nicolas Sarkozy.

En attendant, la quasi-totalité des dirigeants présents assisteront lundi au défilé militaire du 14-Juillet. A la tribune présidentielle siégeront donc à  la fois Bachar al-Assad, Ehoud Olmert et le président de l’Autorité palestienne Mahmoud Abbas.

L’Union pour la Méditerranée a les moyens de ses ambitions, assure Nicolas Sarkozy

Le financement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) doit encore être finalisé, mais « les moyens (…) on les a », a assuré dimanche Nicolas Sarkozy en clôture d’un sommet de Paris qui a donné un feu vert à  plusieurs projets concrets sans être très clair sur leur financement. « Je suis persuadé que les moyens -on va y travailler maintenant- on les a », a lancé le président français lors de la conférence de presse de clôture du sommet. « Je ne pense pas que c’est l’argent qui manque, ce qui manque, c’est la paix, c’est la sécurité. »

Nicolas Sarkozy a expliqué que la Commission européenne disposait de « beaucoup d’argent » dans le cadre du processus de Barcelone, une somme chiffrée à  treize milliards d’euros par la chancelière allemande Angela Merkel. « On va associer des entreprises », a ajouté Nicolas Sarkozy. « La stabilité va encourager les investissements, va drainer les investissements nécessaires », a abondé Hosni Moubarak, l’autre co-président du sommet.

Selon la déclaration finale, l’UPM se donne comme but de mobiliser « des moyens supplémentaires » à  ceux déjà  déployés dans le cadre du processus de coopération entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens (processus de Barcelone). Les différents projets seront financés, en sollicitant le secteur privé, les ressources de l’Union européenne, les contributions d’autres pays et des autres structures internationales. « L’UPM ira chercher des ressources auprès de l’UE, des Etats du Golfe, des fonds souverains, des entreprises… », expliquait-on à  l’Elysée, où on assurait que les fonds européens ne constitueraient qu’une « petite partie » du financement des projets. Les besoins totaux n’ont pas été clairement chiffrés, tout comme les sommes déjà  disponibles.

Outre les fonds européens, les six projets concrets évoqués dimanche entre les chefs d’Etat et de gouvernement présents reposent sur des ressources très diverses : ainsi, une nouvelle taxe sur le passage des marchandises aux détroits de Gibraltar ou du Bosphore pourrait financer les dépenses en matière de sécurité maritime, ou la vente d’énergie propre à  l’Europe le développement de capteurs solaires au sud. La France, par le biais de l’Agence française de développement, a promis dimanche 730 millions d’euros « supplémentaires » pour la dépollution de la Méditerranée, un projet chiffré à  au moins deux milliards d’euros.

Mais certaines de ces ressources paraissent incertaines, surtout celles reposant sur des contributions privées ou sur des fonds européens déjà  attribués. Hans-Gert Pà¶ttering, le président du Parlement européen, a promis dimanche que les députés européens « seront attentifs à  ce que l’argent soit employé à  des fins concrètes ».

« Ayant bouclé ses équilibres financiers jusqu’en 2013, l’Union européenne ne prévoit pas, à  court terme, d’engagements financiers importants », a noté dimanche le président algérien Abdelaziz Bouteflika dans un entretien à  l’agence officielle APS. Pour lui, « il est tout à  fait clair que les difficultés auxquelles se heurtera l’Union pour la Méditerranée se situeront d’abord au niveau du financement des actions projetées. Car il faut le reconnaître, la problématique de la disponibilité de ressources financières (…) n’est pas encore définitivement élucidée. »

La Libye ne sera pas représentée au sommet de l’Union pour la Méditerranée

Samedi 12 juillet 2008

La Libye ne sera pas représentée au sommet de l’Union pour la Méditerranée

© AP

PARIS – La Libye ne sera pas représentée au sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée, le colonel Mouammar Kadhafi ayant décidé de n’envoyer aucun ministre à  Paris, a annoncé vendredi l’Elysée.

« C’est sa décision à  l’heure où nous parlons, mais la porte est ouverte », a-t-on déclaré à  l’Elysée. « S’il voit que le succès est au rendez-vous, il aura le souci de raccrocher son wagon au train ».

Le dirigeant libyen, opposé à  l’Union pour la Méditerranée, avait déjà  fait savoir à  Nicolas Sarkozy qu’il n’assisterait pas au sommet. Jusqu’à  ces derniers jours, l’Elysée pensait qu’il serait tout de même représenté par un ministre.

Le colonel Kadhafi « sera représenté par un de ses ministres, la Libye ayant le statut d’observateur », expliquait en effet le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant dimanche dernier, lors du Grand Rendez-vous Europe-1-TV5Monde-Le Parisien/Aujourd’hui en France. AP

Union pour la Méditerranée: Un « ORNI», objet remuant non identifié ?

Mardi 8 juillet 2008

Union pour la Méditerranée: Un « ORNI», objet remuant non identifié ?

© Mondialisation.ca

upm

Paris, 10 juillet 2008 – Nicolas Sarkozy a pris le 1er juillet 2008 la présidence de l’Union Européenne avec pour objectif avoué de mettre sur pied ce qu’il considère être un projet novateur -l’Union euro-méditerranéenne- en vue de bouleverser radicalement les rapports houleux entre les deux rives de la Méditerranée dont l€˜entrechoc culturel a longtemps constitué la trame de l’histoire de l’Humanité.

Mais ce projet phare de la diplomatie sarkozienne butte toutefois d’emblée sur un malentendu fondamental au point de constituer un empêchement dirimant dressé, paradoxalement, par le propre concepteur du projet dans son discours de Tunis, l’équivalent pour le Monde arabe de son discours de Dakar sur le monde africain (juillet 2007), fondant le partenariat transméditerranéen sur une division raciale du travail sous l’effet de la conjonction de la «main d’œuvre» arabe et de «l’intelligence» française.

I- Le discours de Nicolas Sarkozy à  Tunis: un partenariat fondé sur une vision raciale de la division du travail sur la base des stéréotypes coloniaux de la France

Nicolas Sarkozy l’avoue sans ambages avec une clarté qui ne laisse place à  la moindre ambiguïté: «Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à  être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation. (…) Ensemble, avec votre main d’oeuvre, avec nos écoles, nos universités, avec ce que nous échangerons, nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier », a soutenu le 29 avril à  Tunis le président français devant un parterre de cinq cents patrons français et tunisiens, assurant toutefois que la France veut travailler «pas comme une puissance post-coloniale, mais comme une puissance qui partage avec vous une communauté de valeurs, à  égalité ?

Cette précision aurait été bienvenue si elle ne fondait l’égalité sur un partage des rôles consacrant un rapport de subordination entre «l’Intelligence» de l’un et «la main d’œuvre» de l’autre. Un tel schéma augure mal de la viabilité de ce projet ambitieux car il signe la permanence d’une posture raciste des rapports entre la France et ses anciennes possessions, une xénophobie institutionnelle formulée par le premier magistrat de France, soixante ans après la décolonisation.

La conjugaison de la main d’oeuvre arabe et de l’intelligence française constitue une variation sur le thème récurrent de la pensée subliminale française, la traduction du rêve extatique d’une fraction de la population française depuis plusieurs générations qui se résume par cette formule lapidaire mais hautement expressive: «faire suer le burnous». Une rengaine orchestrant une mauvaise réédition d’une mauvaise émission de télévision « la tête et les jambes », le mauvais remake d’un mauvais film qui a ponctué tout le long du XX me siècle l’imaginaire français de la «chair à  canons», au «bougnoule», au « sauvageon», à  la «racaille» au «karcher» à  la toute dernière saillie sarkozienne de Tunis.
Elle renvoie aux pires stéréotypes coloniaux quand bien même la transmission du savoir gréco-romain aux Européens se soit effectuée par l’entremise des Arabes, quand bien même la langue française soit métissée de l€˜apport du lexique scientifique arabe -de Logarithme, à  Algèbre, à  Chimie, à  Alcool, à  Divan – quand bien même les Arabes de même que les Africains aient massivement volé au secours de la France, deux fois en un même siècle, fait rarissime ans l’histoire, pour pallier les défaillances du commandement politico-militaire français, c’est à  dire la quintessence du génie français (1).

Au-delà  de la décolonisation et des protestations verbales d’amitié, la France demeure intangible sur ce point là  qui considère l’indigénat comme un statut permanent, un élément consubstantiel de la condition de vie des peuples ultramarins. L’autochtone d’au delà  des mers est un indigène qui conserve ce statut à  vie, que cela soit chez lui ou à  l’extérieur de son pays natal, du moins dans l’optique française.

Il naît indigène dans son pays de naissance que ce pays soit sous domination ou indépendant et demeure indigène dans son pays d’accueil quelque soit son degré d’intégration ou son niveau social. Par une perversion de l’esprit qui puise son origine dans une psychorigidité nourrie d’une nostalgie de grandeur, l’immigré en France, –par transposition du schéma colonial à  l’espace métropolitain, et, au delà  à  l’espace occidental–, est en effet perçu comme un indigène, ce qui fait paradoxalement de l’immigré, l’indigène de celui qui est étymologiquement l’indigène, une main-d’oeuvre relevant de la domesticité de convenance, dont l’expatriation assure sa subsistance et l’oblige par voie de conséquence, là  aussi, à  un devoir de gratitude envers le pays hôte.

Où qu’il soit, quoiqu’il fasse, quoiqu’il advienne, il est tenu à  un devoir de gratitude à  l’égard de ses anciens colonisateurs, ses nouveaux partenaires du projet euro-méditerranéen détenteurs du savoir, porteurs de progrès et de civilisation.

Le point culminant de ce travestissement a été atteint lors du choc pétrolier de 1973 consécutif au boycottage décrété par les pays arabes à  l’encontre des Etats occidentaux soutenant Israël. Bien qu’officiellement épargnée par le boycottage pétrolier anti-occidental, bien qu’elle soit le principal bénéficiaire du boom pétrolier, le principal bénéficiaire des contrats pétro monarchiques, le partenaire privilégié du Monde arabe, la France donnera néanmoins libre cours à  sa xénophobie.

Tout le monde garde présent à  l’esprit les traits d’humour d’une époque où les Français exultaient de compenser leur absence de ressources naturelles par une prétendue supériorité intellectuelle, affichant leur fierté de ne « pas avoir de pétrole mais des idées », formule qui peut se décrypter de la façon suivante: « pas d’essence, mais la quintessence de l’esprit ». Un humour qui sous-tendait une arabophobie ambiante dans une période où les arabo-musulmans étaient –déjà  – cloués au pilori pour avoir osé frigorifier les Français avec leur crise de l’énergie, alors que le renchérissement du coùt du pétrole, vécu comme un crime de lèse-majesté, ressortait d’un problème de rajustement des prix du brut, longtemps outrageusement favorables aux économies occidentales.

Un trait d’humour d’une ironie amère résume mieux que tout l’état d’esprit dominant des Français, immortalisé par l’humoriste Coluche vilipendant, par antiphrase, « l’Arabe qui mange le pain du Portugais qui mange le pain du Français ». Les raisons de ce travestissement sont multiples de sorte que l’étranger est doublement étranger, voire étrange même. D’extraction modeste, affecté à  des taches subalternes et pénibles de surcroît non valorisantes, l’immigré, parqué en marge des villes, est par définition et par destination un être en marge de la société, un élément marginal et non une composante de la société française. Il n’a de ce fait ni droit de cité, ni droit de regard, ni a fortiori droit de parole.

Soustrait à  la vue du public, hors des usines, il ne dispose pas d’une existence propre. Il en est de même des pays à  la périphérie de l’Europe. Si dans le subconscient français, les immigrés sont «les indigènes de la République», les pays extra européens du pourtour méditerranéen sont, par extension et par destination, «les indigènes de l’Europe». Telle est du moins la déduction que l’on peut faire du discours de Nicolas Sarkozy à  Tunis au point que se pose la question de savoir si l’Union pour la Méditerranéenne qui devrait regrouper treize pays arabes ou musulmans –(Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Palestine, Liban, Syrie, Jordanie, Turquie, Albanie, Kosovo et Bosnie)- et son corollaire le pacte de migratoire de Brice Hortefeux ne seraient pas en fin de compte une «Union en trompe l’œil pour contenir la majorité musulmane du voisinage européen».

II- Les objectifs sous jacents de l’Union Pour la Méditerranée: Union pour la Méditerranée ou « Union en trompe l’œil pour la majorité musulmane» du voisinage européen ?

Annoncée dès le premier discours suivant son élection à  la présidence, le 7 Mai 2007, la mise en route de ce projet apparaît désormais comme un impératif pour Nicolas Sarkozy dans le souci de gommer le parcours cahoteux et chaotique de la première année de sa mandature présidentielle, résultant de la vertigineuse dégringolade de sa popularité du fait de son style de gouvernement, de l’exacerbation de son conflit latent avec le monde syndical, l’Armée et l’Audiovisuel public et des rebuffades successives essuyées sur le plan européen du fait de l’Irlande et de la Pologne.

Au delà  des belles paroles vantant les mérites de cette coopération en gestation, au delà  des péripéties qui ont émaillé sa mise en oeuvre notamment la ferme opposition d’Angela Merkel, Chancelier d’Allemagne, de financer un leadership français en Méditerranée par le biais d’une plateforme para européenne et sa mise sous tutelle par les instances communautaires européennes, au-delà  de ses difficultés à  l’effet de réduire considérablement sa marge de manoeuvre, «l’Union Pour la Méditerranée» se veut un projet grandiose dont le terme ultime est de faire de la Méditerranée, un des pivots du XXI me siècle. Il répondrait à  trois objectifs sous jacents en conformité avec la stratégie néo-conservatrice américaine.

1er objectif: Arrimer la Turquie à  l’Europe sans pour autant l’inclure dans l’Union européenne. Un lot de consolation par un ancrage au rabais pour l’ancienne sentinelle avancée de l’OTAN sur son flanc méridional du temps de la guerre froide soviéto-américaine.

L’idée sous-tendant ce projet est de réduire a minima la présence musulmane dans l’ensemble européen comme en témoigne l’offre concomitante faite à  la Serbie d’intégrer, elle, l’Union européenne, en compensation de la perte du Kosovo, c’est-à -dire la portion musulmane de son ancien territoire. Nicolas Sarkozy, de même que son lointain prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing ou le premier ministre italien Silvio Berlusconi, redoute en effet que l’adhésion de la Turquie, important pays musulman de 80 millions d’habitants, n’altère le caractère chrétien et occidental de l’Union Européenne.

Avec 12 millions de personnes, dont cinq millions en France, selon les chiffres de 2002, la communauté arabo-musulmane d’Europe occidentale constitue le socle principal de la population immigrée malgré son hétérogénéité linguistique et ethnique. Son importance numérique et son implantation européenne au sein des principaux pays industriels lui confèrent une valeur stratégique faisant d’elle le champ privilégié de la lutte d’influence que se livrent les divers courants du monde islamique et partant le baromètre des convulsions politiques du monde musulman (2).

En s’y greffant, l’admission de la Turquie, de l’Albanie et du Kosovo, au sein de l’Union européenne porterait le nombre des musulmans à  près de 100 millions de personnes, représentant 5 pour cent de la population de l’ensemble européen, ce qui pourrait porter atteinte, selon les tenants de la droite radicale européenne, à  son homogénéité démographique, à  la blancheur immaculée de sa population et aux «racines chrétiennes de l’Europe». Au point que l’UMP, le parti sarkoziste en France, a caressé le projet d’instituer une clause de sauvegarde, soumettant à  référendum l’adhésion de tout nouveau pays dont la population excède cinq (5) pour cent de l’ensemble démographique européen , avant d’y renoncer faute de son consensus (3).

2eme objectif: Fondre dans un même espace de coopération Arabes et Israéliens, ce qui suppose au préalable le règlement du conflit israélo-arabe particulièrement son volet palestinien, c’est à  dire la question de Jérusalem et l’édification d’un état palestinien viable, et, dernier et non le moindre des problèmes, le rapport avec la Syrie.

Il n’est pas indifférent de noter à  ce propos que le président américain George Bush s’impatientait du retard pris par le Kosovo pour accéder à  son indépendance jugeant long le délai de dix ans mis par cette ancienne province serbe pour accéder la souveraineté internationale, alors que la revendication d’un état palestinien traîne en pré conditions depuis une soixantaine d’années et que les Etats-Unis avaient même menacé d’user de la force contre Yasser Arafat si le chef du mouvement de libération national palestinien procédait à  une déclaration unilatérale d’indépendance de la Palestine.

Relevons au passage qu’Israël et le Kosovo sont les deux seuls états au monde à  avoir accédé à  la souveraineté internationale par une déclaration unilatérale d’indépendance et constatons aussi que ce procédé commode favorise généralement l’émergence d’Etats conformes aux objectifs de la stratégie occidentale.

D’une manière incidente, la conjonction au sein d’un forum méditerranéen de la Turquie et d’Israël, les deux principaux leviers de la stratégie américaine au Moyen-orient, tendrait de surcroît à  diluer l’ensemble arabe dans une structure protéiforme à  l’effet de réduire son homogénéité et à  le placer dans une situation de minorité face à  ses autres partenaires.

D’une manière subséquente, elle tendrait aussi à  substituer l’Iran à  Israël comme le nouvel ennemi héréditaire des Arabes, exonérant les Occidentaux de leur propre responsabilité dans la tragédie palestinienne, en banalisant la présence israélienne dans la zone au détriment du voisin millénaire des Arabes, l’Iran, dont le potentiel nucléaire est postérieur de soixante ans à  la menace nucléaire israélienne et à  la dépossession palestinienne.

Signe d’un désarroi certain dans le camp arabe pro-américain, l’Arabie saoudite, le plus prosélyte des Etats musulmans, qui aura mené sous la houlette américaine un furieux combat contre l’athéisme marxiste tant en Asie (Afghanistan), qu’en Amérique latine (Nicaragua), à  des milliers de km du champ de bataille de la Palestine, paraît comme tétanisé par la naissance d’un nouvel état musulman au sein du continent européen: le Kosovo.

Plutôt que de rappeler à  leurs obligations leurs alliés américains en ordonnant la proclamation de l’indépendance de la Palestine, requête qui serait somme toute légitime de la part d’un pays auteur d’un double plan de paix pour la solution du conflit israélo-arabe, loin de se réjouir de cette percée musulmane, la dynastie Wahhabite en redoute les effets centrifuges sur le Royaume notamment de la part de son ancien bras armé, Oussama Ben Laden, qui revendique face «aux impies wahhabites» la constitution d’une «République islamique du Hedjaz» sur le territoire englobant les Lieux Saints de l’Islam -La Mecque et Médine- autour de la métropole portuaire de Djeddah. Des effets centrifuges aussi en Irak (Kurdistan), au Maroc (République arabe Sahraouie et Démocratique). Des effets centrifuges sur l’intégrité et la stabilité des alliés de l’Amérique. Juste retour des choses en somme.

3eme objectif: Arrimer enfin le Maghreb au marché européen, au détriment du marché commun arabe en voie de gestation, pour en faire, avec le secret espoir d’assécher le flux migratoire, une zone de délocalisation des entreprises européennes et de sous-traitance de produits bas de gamme par la conjugaison de la «main d’œuvre arabe», par définition bon marché, et de l’intelligence française», forcément à  haute valeur ajoutée. Au vu de ces considérations, l’Union pour la Méditerranée apparaît comme un dérivatif destiné à  consolider l’ancien marché captif de l’Europe au moment où la Chine, -désormais deuxième investisseur en Afrique devant la France avec des placements de l’ordre de 50 milliards de dollars-, fait une percée remarquée sur le flanc méridional du continent européen.

III- La gageure de Nicolas Sarkozy: Dépolluer la mer sans brasser de l’air

Les déboires des deux meilleurs allés diplomatiques de Nicolas Sarkozy, le premier ministre israélien Ehud Olmert et le président américain George Bush, se superposant au désaveu de l’Irlande au projet de traité européen de Lisbonne il a été l’un des grands artisans, ont fait l’effet d’un coup de massue à  l’effet d’obérer la présidence française de l’Union européenne.

Afin de conjurer le sort devant ce qui apparaissait comme la chronique d’un échec annoncé de sa mandature européenne, le président français a déployé une énergie du désespoir pour vaincre les réticences de deux piliers de la diplomatie contestataire arabe, la Syrie et l’Algérie, en vue d’ obtenir leur accord à  leur participation à  un projet qui apparaît pour les riverains du flanc méridional de la Méditerranée, sceptiques, comme un «ORNI», objet remuant non identifié, au point que le président syrien Bachar el Assad, si vilipendé par ailleurs mais dont la présence au sommet euro-méditerranéen de Paris est désormais si ardemment souhaitée, de même que le président algérien Abdelaziz Bouteflika, apparaissent, paradoxalement et contre toute attente, comme les sauveurs suprêmes de la diplomatie sarkozienne en plein naufrage.

Nicolas Sarkozy, qui pratiquait volontiers les coups de menton médiatiques lors de sa visite officielle en Algérie en décembre 2007, a paru convaincu par les vertus du réalisme politique. La France s’est engagée à  fournir à  l’Algérie une centrale atomique, vers 2020, et une aide technique à  la création d’un institut de génie nucléaire, en vue de former des cadres dans le domaine du développement du nucléaire et de la recherche, de l’exploration et de l€˜exploitation des gisements de l’uranium du sud du pays. Le deuxième volet de l’accord franco-algérien porte sur la coopération industrielle dans le domaine de l’armement, notamment la fourniture de quatre frégates multi missions Fremm, assemblées par le groupe de défense naval DCNS, dont deux construites en Algérie, ainsi que des hélicoptères Eurocopter. A tous égards, le discours de Tunis, comme auparavant celui de Dakar, en juillet 2007, marque le retour du refoulé dans le subconscient français.

L’effet le plus immédiat, et sans doute le plus visiblement durable, du partenariat transméditerranéen sera de concéder des sinécures à  des affidés, de développer une nouvelle technostructure, de dégraisser en somme le Mammouth français pour nourrir le Mammouth euro-méditeranéen. Tout cela pour cela ?

Au plus haut sommet de l’Etat, l’esbroufe ne saurait tenir lieu de politique. Foin de ses fanfaronnades, la Présidence française de l’Union européenne devrait se pénétrer des réalités historiques qui ont présidé aux destinées du Mare Nostrum, cette mer commune à  des riverains dont la complémentarité n’a d’égale que leur antagonisme, dont les pulsions contradictoires ont structuré l’imaginaire collectif d’un ensemble humain de près de cinq cent millions de personnes et qui rendent patente la fracture du monde méditerranéen, une zone qui constitue de surcroît le point de convergence des lignes de fracture de la modernité et partant l’un des principaux points de compétition du XXI me siècle: La mer médiane commande le juste milieu et ne s’encombre ni de balivernes ni de ses variantes diplomatiques modernes, notamment l’ambiguïté faussement constructive, qui relève d’un paternalisme post-colonial.

Un sommet euro-méditerranéen regroupant une quarantaine de dirigeants est prévu à  Paris le 13 juillet à  l’occasion de la prise de fonction de Nicolas Sarkozy et pas moins d’une trentaine de manifestations devraient être organisées en France lors de la présidence semestrielle française. Que l’on ne s’y trompe pas, la présidence sarkozienne de l’Union européenne tiendra en cette gageure: faire aboutir son objectif déclaré en bridant ses penchants naturels, autrement dit, dépolluer la Méditerranée sans brasser de l’air (4). Il en va de la crédibilité de la France et de la fiabilité de son président

Références

1- Cf «Du racisme français, quatre siècles de négrophobie» de Odile Tobner-Biyili Editions les Arènes (Novembre 2007)

2- Cf à  ce propos René Naba «Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français» – Editions l’Harmattan (2002).
Le décompte en données brutes, selon les chiffres disponibles en 2002, est le suivant: l’agglomération parisienne concentre à  elle seule le tiers de la population immigrée de France, 37 pour cent exactement, tous horizons confondus (Africains, Maghrébins, Asiatiques, et Antillais, alors que 2,6 pour cent de la population d’Europe occidentale est d’origine musulmane, concentrée principalement dans les agglomérations urbaines. Dix pour cent de la population de Berlin, de Bruxelles et de Bradford est d’origine musulmane, alors que Cologne et Birmingham comptent entre 5 et 10 pour cent de personnes d’origine musulmane et que sont recensées plus de quatre mille mosquées au sein de l’ensemble européen, soit en vingt ans une multiplication par 40 du nombre des lieux de culte. La France se situe en première position avec près de 1 500 mosquées, suivie de l’Allemagne, en 2ème position avec 800 mosquées, et du Royaume-Uni (3ème position-500 mosquées). Les Pays-Bas se retrouvent en 4ème position (230 mosquées), la Belgique en 5ème position (220) et la Suède en 6ème position avec 150 mosquées. L’Italie (7ème) et l’Espagne (8ème) comptent respectivement 60 et 50 mosquées.

3-Faute d’accord sur une formulation de compromis pour la ratification des futures adhésions à  l’Union européenne, la commission des lois de l’Assemblée nationale a décidé, mercredi 2 juillet, de laisser en l’état le texte de la Constitution, modifié en 2005 à  la demande de Jacques Chirac. Le texte impose un référendum automatique pour la ratification de toute nouvelle adhésion. Le projet de réforme sur les institutions du gouvernement laissait au président de la République la possibilité d’opter pour la voie parlementaire ou la voie référendaire, alignant ainsi la règle en matière d’élargissement sur celle des révisions constitutionnelles. Les opposants à  l’entrée de la Turquie avaient obtenu en première lecture à  l’Assemblée l’adoption d’une clause spécifique pour les pays dont la population dépasserait 5 % de celle de l’Union européenne, rejetée au Sénat. Aucune autre formule n’a fait consensus.

4-Les cinq projets phares de l’Union pour la Méditerranée (UPM) sont respectivement: la construction d’une autoroute du Maghreb (de la Mauritanie à  la Libye- objectif 2012), la dépollution de la Méditerranée (objectif 2020), le développement de l’énergie solaire et la coopération en matière de protection civile contre les catastrophes naturelles, ainsi que la création d’une zone de libre échange à  l’horizon de l’an 2010).

René Naba : Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants : €”« Liban: chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne); « Aux origines de la tragédie arabe »- Editions Bachari 2006.; « Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français »- Harmattan 2002. « Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000); « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998).

Les sarkozeries de l’UPM

Jeudi 19 juin 2008

Les sarkozeries de l’UPM

© Dabio.net

Avec son projet de l’union pour la méditerranéen (UPM) qui est l’anagramme de son parti l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), le président français pense être plus intelligent que tout son entourage : les européens du nord, ceux de l’est, ceux du sud au nord de la méditerranée, les arabes de l’Est de la méditerranée, ceux du nord au sud de la méditerranée. Cela en fait du monde à  tromper. Mais dans ce capharnaüm, l’homme qui ne boit pas que de l’eau seulement, pense pouvoir résoudre tous les obstacles et le 14 juillet, il pourra dire à  la France, à  l’Europe et au monde : « le jour de gloire est arrivé ».

L’UPM de Sarkozy est une tentative désespérée de la France, de se remettre en selle sur le plan international, pour relancer son économie sur le dos de la communauté internationale. C’est de la sarkozerie.

L’UPM est la continuation d’un plan machiavélique savamment concocté par les experts français, à  l’insu de l’Union Européenne. C’est encore de la sarkozerie.

La première étape de ce plan a été les accords de partenariat économique qui mettent l’Afrique noire, la « bénie oui oui » de la communauté internationale, hors des circuits de décisions. C’est toujours de la sarkozerie.

Mais pour Sarkozy, il faut d’une pierre, faire une multitude de coups suivant la sempiternelle règle de la division pour régner. àƒ”¡a par contre, c’est sarkozif si on y prend garde :

1°) Sarkozy va rouler l’Afrique au sud du Sahara que nous appellerons pour respecter l’esprit « sarkozien », l’Afrique Noire. Pour cette Afrique, une nouvelle frontière au sud du Sahara naîtra qui sera surveillée par l’Afrique « blanche ». L’Afrique Noire restera, mais de loin, sous le giron de la France et de ses intérêts : chinois, indiens et arabes devront être mis à  terme, hors de l’Afrique Noire, par l’installation de gouvernements au service de la France. L’Afrique Noire redevient la chasse gardée exclusive de l’ancienne métropole.

2°) Sarkozy roule l’Afrique au Sud de la méditerranée. L’Afrique « blanche », l’Afrique du nord au sud de la méditerranée, désormais séparée de l’Afrique Noire, s’allie à  l’Europe, sans être européenne, dans une alliance indirecte avec Israël. Mais, dans le même sac, Nicolas mettra Algériens, marocains et sahraouis d’une part, syrien, libanais et israéliens d’autre part. Il n’oubliera pas de mettre libyens et marocains côte à  côte.

Cette Afrique blanche devient ipso facto personna non gratta dans les instances de la conférence islamique ainsi que celles de la ligue islamique. Mais, dans le même temps, l’Afrique « noire » qui se serait sentie abandonnée par l’Afrique « blanche », fera la moue pour parler de l’unité africaine, le rêve de Khadafi.

3°) Sarkozy a voulu rouler l’Union Européenne, en prônant des relations particulières entre l’Europe méditerranéenne et l’Afrique au Sud de la Méditerranée. Devant les grondements de l’Allemagne, Sarkozy a vite fait de faire marche arrière et l’Irlande, un pays nordique devient par une étrange alchimie sarkozienne, … un pays riverain de la méditerranéen ! àƒ”¡a c’est sarkozif.

4°) Sarkozy dont l’économie est en chute libre, par ce projet, contournera les visées expansionnistes en Afrique, de la Chine, des nouveaux dragons asiatiques, de l’Inde mais, surtout se protégera des hordes barbares noires africaines.

5°) Avec l’UPM, Sarkozy mettra en pratique sa théorie sur l’émigration choisie en épongeant les anciennes colonies de leurs élites.

Conclusion :

Ce projet de Sarkozy est somme toute, la meilleure chose qui, puisse arriver à  l’Afrique au pays de cendrillon. Que DIEU fasse donc que la belle Afrique se réveille de son si long sommeil. Vive l’unité africaine !

Professeur El Hadj Hamidou Diallo
Secrétaire Général du BRDS
Dakar-Sénégal.

L’UPM est plus que favorable pour la maçonnerie

Lundi 16 juin 2008

L’UPM est plus que favorable pour la maçonnerie

L’Union pour la Méditerranée tourne au casse-tête israélo-arabe pour Nicolas Sarkozy

Vendredi 13 juin 2008

L’Union pour la Méditerranée tourne au casse-tête israélo-arabe pour Nicolas Sarkozy

© Alter Info, Aloufok

A près d’un mois du lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) chère à  Nicolas Sarkozy, la France peine toujours à  convaincre les dirigeants arabes de participer au sommet du 13 juillet à  Paris aux côtés d’Israël, alors que la perspective de la présence éventuelle de Bachar el-Assad au défilé du 14-Juillet provoque des remous.

Réunir les représentants de pays comme Israël, la Libye, la Syrie, l’Autorité palestinienne, le Maroc ou l’Algérie autour de la même table, « c’est extrêmement difficile », reconnaissait déjà  le 14 mars dernier Nicolas Sarkozy, avant d’ajouter : « c’est pas une raison pour pas le faire ».

La complexité du projet se confirme : Paris tente de convaincre le président syrien Bachar el-Assad ou l’algérien Abdelaziz Bouteflika de venir à  Paris, tandis que le libyen Moammar Kadhafi a déjà  dit tout le mal qu’il pensait de l’UPM et que la classe politique française s’émeut de la présence annoncée du raïs de Damas au 14-Juillet.

La totalité des chefs d’Etat conviés au sommet de l’UPM -soit une quarantaine de représentants de l’Union européenne et des pays de la rive sud de la Méditerranée- ont été invités à  participer aux festivités de la fête nationale le lendemain, et en particulier au défilé sur les Champs-Elysées, selon l’Elysée. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon sera alors l’invité d’honneur de la France.

Mais la présence de Bachar el-Assad à  cette occasion fait tousser : c’est « problématique », avait déjà  jugé le président du MoDem François Bayrou dimanche. Le Premier secrétaire du PS François Hollande s’était aussi dit lundi très réticent : « pour le 13 juillet, c’est une rencontre de tous les pays méditerranéens, la Syrie est un pays qui compte dans cette région, c’est normal qu’elle y soit, y compris par son représentant. En revanche, le 14 juillet, c’est la fête nationale ».

« Donner à  ce pays, à  ce président, la reconnaissance majeure que représente la présence sur les Champs Elysées le jour de la fête nationale, oui ça me gêne », a également déclaré jeudi l’ancien ministre socialiste Pierre Moscovici sur RTL.

Selon le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, interrogé lundi sur RTL, le président syrien « a dit par téléphone au président Sarkozy, qu’il serait là  » le 13 juillet, ce que ne confirmait pas jeudi l’Elysée.

L’enjeu est de taille pour Paris : la présence de Bachar el-Assad contribuerait à  lever les réticences des pays arabes à  l’égard de la présence d’Israël dans le projet d’UPM. Réunis à  Alger le 6 juin dernier, ils ont en effet réclamé des « clarifications » sur ce point.

Quelques jours plus tard, Moammar Kadhafi jetait un pavé dans la mare en rejetant publiquement le projet d’UPM lors d’un mini-sommet à  Tripoli. Celui qui avait été reçu pendant cinq jours en grandes pompes à  Paris en décembre -et qui a aussi été convié pour le 13 juillet- a exhorté les dirigeants arabes à  ne pas adhérer au projet.

C’est dans ce contexte délicat que la visite d’Etat en Israël de Nicolas Sarkozy, programmée du 22 au 24 juin, semblait devenir incertaine jeudi. Un report est possible en raison de la situation politique sur place, a-t-on appris dans l’entourage du président français. « La situation là -bas est compliquée », soulignait-on, en affirmant que la demande émanait des autorités israéliennes. Toutefois, « nous n’avons pas encore pris de décision ».

Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a annoncé jeudi que son Parti travailliste présenterait le 25 juin un projet de loi en vue de dissoudre le Parlement et provoquer des élections anticipées, accentuant la pression sur le Premier ministre Ehoud Olmert, au centre d’une affaire de corruption. « Pour ce que nous en savons, la visite est prévue pour la fin du mois », assurait-on néanmoins dans l’entourage de M. Olmert. Ce serait la première visite d’un président français en Israël depuis 1995.

Quant au sommet de l’UPM, « les Français nous ont conviés et nous examinons cette demande de façon favorable », expliquait-on de même source. Aucune rencontre Olmert-Assad n’est prévue à  Paris, mais « ce serait quand même intéressant d’avoir ces dirigeants ensemble sur la même photo, non ? Les réunir dans la même pièce (…) cela n’arrive pas tous les jours… »

La visite de Nicolas Sarkozy en Israël pourrait être reportée

La visite de Nicolas Sarkozy en Israël prévue fin juin pourrait être reportée en raison de la situation sur place, a-t-on appris jeudi dans l’entourage du président français. « La situation là -bas est compliquée », expliquait-on, sans préciser de combien de temps la visite pourrait être reportée.

Toutefois, « nous n’avons pas encore pris de décision », soulignait-on de même source.

Le projet d’Union pour la Méditerranée, un ‘affront’ dit Kadhafi

Mercredi 11 juin 2008

Le projet d’Union pour la Méditerranée, un ‘affront’ dit Kadhafi

© Alter Info

Le colonel Mouammar Kadhafi dénonce le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM), inspiré par la France, comme un « affront » pour les pays de la rive Sud.

Le chef de l’Etat libyen s’adressait mardi à  ses homologues d’Algérie, de Tunisie, de Syrie et de Mauritanie réunis en mini-sommet à  Tripoli pour mettre au point une position commune avant le lancement officiel de l’UPM le 13 juillet à  Paris.

Egalement invités à  cette réunion, le roi du Maroc Mohamed VI et le président égyptien Hosni Moubarak, deux partisans du projet d’inspiration française soutenu par l’Union européenne, s’étaient fait excuser.

L’UPM se propose d’améliorer la coopération entre les pays du nord et du sud de la Méditerranée dans les domaines du commerce, de la sécurité et de l’immigration, mais son mode de fonctionnement et son financement suscitent encore des points d’interrogation.

Selon Kadhafi, l’UPM reprend des projets économiques qui ont déjà  échoué dans le cadre du « processus de Barcelone » lancé en 1995 par l’UE avec les pays méditerranéen du Sud. « Ils nous jettent un hameçon pour nous entraîner dans de tels projets. C’est un affront », a déclaré le dirigeant libyen.

« Ils nous prennent pour des idiots. Nous n’appartenons pas à  Bruxelles. Notre Ligue arabe est située au Caire et notre Union africaine à  Addis-Abeba. S’ils veulent coopérer, il faut qu’ils passent par le Caire et Addis-Abeba », a poursuivi l’impétueux colonel. « S’ils venaient avec une offre fondée sur des valeurs et des principes comme le combat contre la maladie ou le changement climatique, peut-être pourrions-nous en discuter. Mais ils viennent avec des offres économiques parce qu’ils nous considèrent comme des affamés », s’est-il offusqué.

Le mini-sommet de Tripoli a été organisé par Kadhafi pour débattre notamment de la place d’Israël dans ce projet cher au président Nicolas Sarkozy et repris à  son compte en mars par l’Union européenne non sans une certaine circonspection.

Plusieurs dirigeants arabes ont exprimé le souci de ne pas paraître, rejoignant l’UPM, normaliser sans contrepartie leurs relations avec l’Etat juif, dont ils attendent des concessions dans ses négociations avec les Palestiniens et la Syrie.

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a estimé vendredi que toute normalisation des relations avec Israël devait se fonder sur l’initiative arabe de paix de 2002, qui conditionne la paix avec l’Etat juif à  son retrait total des territoires occupés depuis 1967.

Medelci s’exprimait lors d’une conférence de presse au terme d’une réunion de deux jours à  Alger des ministres des Affaires étrangères des 11 pays du Forum méditerranéen – Algérie, France, Espagne, Egypte, Malte, Grèce, Italie, Maroc, Portugal, Tunisie et Turquie.

Le chef de la diplomatie algérienne a affirmé que « la majorité écrasante des pays membres du forum avaient des interrogations sur le projet » d’UPM, dont Nicolas Sarkozy avait lancé l’idée l’an dernier lors d’un discours à  Tanger.

Jusqu’à  présent, c’est le Maroc, allié diplomatique fidèle de la France, qui a fait preuve du plus grand enthousiasme à  l’égard de ce projet. Une bonne partie des Européens avaient exprimé des réserves sur l’idée française originelle, qui laissait à  l’écart des pays de l’UE non riverains, comme l’Allemagne.

Union pour la Méditerranée: Un marché de dupes.

Vendredi 6 juin 2008

Union pour la Méditerranée: Un marché de dupes.

© Alter Info

«Un immigré c’est essentiellement une force de travail provisoire, temporaire en transit.»
Abdelmalek Sayad «Qu’est-ce qu’un immigré?»

Prof. Chems Eddine Chitour
Il ne se passe pas de jour sans que l’on parle « outre-mer » de la présidence française et des miracles attendus, à  telle enseigne que nous avons l’impression qu’il n’y a pas actuellement de présidence tournante. Tout est fait pour préparer l’intronisation de la présidence française avec comme point d’orgue, cette Arlésienne de Bizet qu’est devenue l’Union pour la Méditerranée qui présente, on l’aura compris comme Janus, deux faces, celle du versant Nord et de ses intentions profondes et celle du versant Sud émietté, sans cap et qui attend les ordres pour s’exécuter. On dit que l’Algérie réserve sa réponse et qu’elle accueille cette semaine une réunion préparatoire. Dans cette contribution, nous voulons poser objectivement les tenants et les aboutissements de ce marché de dupes.

Il faut bien comprendre que l’Union européenne est composée de pays scientifiquement développés. Ces pays, qui ont atteint le summum de l’organisation, de l’efficience de l’optimisation de la ressource, décident de mettre en commun leur savoir, leur force économique pour aller à  la conquête du monde posant, de ce fait, de réels soucis à  leurs alliés américains. Que l’on se rende compte! Voilà  une Union européenne avec « 27 Commissaires » ayant chacun une cinquantaine de spécialistes de la question, (agriculture, énergie, finances, politique agricole), bref, le patron José Manuel Barroso règne sur un « thinks tanks », immense bureau d’études où s’établit, au millimètre, la stratégie constamment adaptée de l’Europe. Nous avons donc en face de nous une machine à  penser avec 27 Commissaires autant de viviers d’idées de réflexion et en définitive, une supériorité dans la réflexion écrasante à  plus d’un titre; l’Union européenne est un univers de 450 millions d’âmes avec un niveau de vie en moyenne de 20.000 dollars par individu, 1000 universités, une centaine de grandes écoles, autant de centres de recherches de qualité et enfin un Mastodonte qui consomme 3000 tWh. Les 12 pays du Sud totalisent difficilement 250Twh (le 1/3 de l’Allemagne) A titre d’exemple, l’Algérie consomme 30 tWh (1%) on dit qu’elle a des capacités avec le Sahara et qu’elle contribuera à  terme à  alimenter l’Europe en électricité, l’idée n’est pas nouvelle, elle est déjà  mise en oeuvre.

Le pot de terre et le pot de fer

Que pouvons-nous présenter en face de l’Union européenne, un listing de pays aux antipodes idéologiques entre eux et plus divisés que jamais. A titre d’exemple, les pays maghrébins, ne font pas le poids devant le rouleau compresseur que leur oppose l’Europe sur chaque dossier. La réalité est magistralement décrite par cette sentence sans appel de Habib Boularès, secrétaire général de l’UMA: « L’Europe, qui freine des quatre fers à  la frontière turque, envisage allègrement l’intégration de l’Ukraine et de la Moldavie…En termes diplomatiques, il est dit aux pays de l’UMA, vous ne serez jamais que des voisins, une banlieue difficile d’une métropole prospère. »

Plusieurs questions restent sans réponse. Pourquoi impliquer la Turquie qui est candidate à  l’Union? Le problème de la participation d’Israël: sa politique envers les pays arabes, le fait de côtoyer le rendrait discrètement et inexorablement fréquentable aux autres pays qui ne demandent qu’à  le faire, en plus de ceux qui ont des liens directs ou indirects avec cet Etat. C’est donc un problème, accepter de siéger dans ces conditions cautionnerait la politique d’apartheid et colonialiste contre les Palestiniens. Le problème de la circulation des personnes – élément structurant de la mondialisation – le problème des zones de rétention dans les pays méditerranéens à  qui on demande de faire les gardes chiourmes de tous ceux tentés de traverser la mer. Voilà  ce qu’est la politique de co-développement que propose la France qui a réussi à  convaincre ses partenaires qu’il faut plus que jamais barricader les frontières. En fait, cette tentative de « divide ut impere »  » diviser pour régner  » est classique. Le destin des pays du Sud riverains de la Méditerranée n’est pas dans un quelconque néocolonialisme européen visant à  contrecarrer la Chine, voire les Etats-Unis et surtout à  se protéger des hordes barbares du Sud, il est d’abord dans une introspection des peuples – qui doivent être consultés- pour évaluer l’intérêt supérieur. Il ne faut pas oublier que notre destin est africain et que la stratégie de la forteresse Europe est de continuer à  exploiter à  distance les pays anciennement colonisés, sous prétexte qu’ils nous apportent un savoir-faire depuis un demi-siècle d’indépendance, nous ne savons plus rien faire. C’est tragique parce que nos vrais problèmes n’intéressent pas l’Europe et la France qui met tant de zèle à  s’entêter à  réanimer le cadavre du « Processus de Barcelone » ressorti du placard. Le problème du développement des pays riverains à  qui on promet des projets qui arrangent on l’aura compris, les pays du Nord mais qui ne correspondent à  aucune logique du développement des pays du Sud. Que l’on nous parle de la dépollution de la Méditerranée, ce n’est pas une priorité pour les Algériens, voire pour les Tunisiens et Marocains; on nous parle des changements climatiques et les solutions communes pour y faire face, le Sud de la Méditerranée n’en est pas responsable et c’est un coup d’épée dans l’eau. C’est à  l’Europe et aux pays industrialisés de revenir à  la sobriété énergétique pour conjurer les changements climatiques.

Ce qui intéresse l’Europe, c’est surtout le containment de l’émigration non choisie, c’est aussi le marché méditerranéen (75% du commerce maghrébin se fait avec l’Europe, l’Algérie a acheté pour 17 milliards de dollars en 2007). En fait, il ne reste pas grand-chose de la vision impériale du projet de Nicolas Sarkozy qui, d’une certaine façon,voulait légaliser au niveau européen son « néo-protectorat » sur le Maghreb. Dans les faits, l’Europe ne veut pas laisser libre cours aux Etats-Unis et à  la Chine pour la course aux marchés africains. Elle a déjà  laminé l’Afrique en lui imposant en décembre 2007, d’une façon drastique les conditions humiliantes du libre echange qui va ruiner encore plus les pays africains. avec, on l’aura compris, un déséquilibre en défaveur de l’Afrique. Par ailleurs, l’autopsie du Processus de Barcelone n’a jamais été faite. Souvenons-nous de la mutation, en 5+5. Pour rappel, le défunt Processus de Barcelone a souffert au tout premier plan d’un manque de volonté d’engagement de chacun des partenaires. De même, la multiplication des initiatives en Méditerranée, tels le Dialogue « 5+5″ créé en 1990, réunissant 5 pays du « Nord » (Espagne, France, Italie, Malte, Portugal) et 5 pays du « Sud » (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie) qui constitue une enceinte informelle de dialogue, et le « Forum méditerranéen » (créé en 1994), la mise en place en 2004 de la « Politique européenne de voisinage » (PEV) tend à  annuler la spécificité du Partenariat Euromed.

L’objectif, nous dit-on, de l’Union pour la Méditerranée – Processus de Barcelone, est de faire travailler ensemble autour de « projets concrets » 39 pays: les 27 et 12 pays du sud de la Méditerranée. Nous savons globalement quelles sont les préoccupations des pays du Nord: -sécurité énergétique et environnementale -sécurité contre l’envahissement par les réfugiés économiques et bientôt climatiques -sécurité contre le « terrorisme » -accessoirement, ouverture des marchés pour vendre leurs surplus. Parlons-en de cette propriété commune « moulkia mouchtaraka » comme le martèle Alain Le Roy. Est-ce une propriété que l’on doit faire vivre mille ans ou simplement une auberge espagnole, une sorte de mercuriale où les projets sont attribués à  la criée ou à  la capacité de nuisance du demandeur. On l’aura compris, même ce processus de Barcelone réanimé n’est pas du goùt des pays de l’Europe de l’Est qui ne se sentent pas concernés ni culturellement si commercialement par cette banlieue turbulente. Ainsi, le 26 mai, lors d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à  Varsovie, la mise en place d’un nouveau « Partenariat oriental » de l’UE, qui concernerait l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. « En Pologne, nous faisons la distinction entre la dimension méridionale et la dimension orientale [de la PEV], et cette distinction est la suivante: au sud, nous avons des voisins de l’Europe, à  l’est, nous avons des voisins européens », a-t-il expliqué. Et, selon lui, cela constitue « une grande différence ». »(1) Ils regrettent que l’Europe persiste à  se tourner vers le Sud au lieu d’aider les pays de l’Est. Naturellement, pas un mot de la Bosnie, de l’Albanie, du Kosovo, de la Turquie. A cette dernière qui frappe à  la porte de l’Europe depuis cinquante ans, la France propose justement de diluer l’espérance de la Turquie « l’Homme malade de l’Europe » dans ce ClubMed.

Il ne reste plus grand-chose des plans ambitieux de la France pour une « Union pour la Méditerranée » alors que la Commission présentait hier ses propositions sur l’initiative, apaisant les craintes que cette union ne soit un club fermé ligué contre la Turquie. La nouvelle initiative, intitulée « le Processus de Barcelone-Union pour la Méditerranée », serait gérée par une coprésidence tournante comprenant un pays membre de l’UE et un pays partenaire de la Méditerranée, portant ainsi un coup aux ambitions de M. Sarkozy. La Commission a bien fait comprendre que ce projet n’est pas dirigé contre la Turquie et ne vise pas à  s’éloigner de l’objectif des pourparlers d’adhésion de la Turquie à  l’UE. Le coup de grâce au projet initial a été donné sournoisement par Juan Manuel Barroso qui définit sans état d’âme ce qui est attendu de cette Union: « La Méditerranée est sans doute la région la plus critique pour l’avenir de l’Europe. Elle est centrale pour les questions d’immigration, d’environnement, de transports de l’énergie….La France doit donc jouer le jeu européen, sans arrogance, sans hégémonie, y compris dans son intérêt national…. ».(2)

Nous préférons de loin les propositions, pour une fois cohérentes, du Parti socialiste européen (PSE). Pasqualina Napoletano, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, a qualifié les propositions de M.Sarkozy de « volontaristes ». Le document souligne la nécessité de surmonter les « peurs hystériques » sur l’immigration, selon ses propres termes. Elle estime que l’Europe devrait plutôt se concentrer sur des stratégies à  long terme pour ses projets, en stimulant l’emploi dans ses pays partenaires du Sud et en réduisant le fossé social entre le Nord et le Sud. Elle a également insisté sur la nécessité d’aider la société civile et les forces politiques démocratiques dans le sud de la Méditerranée. Les socialistes sont également enthousiastes à  l’idée d’ajouter la perspective de la candidature turque à  l’UE et ne souhaitent pas qu’elle soit remplacée par un partenariat méditerranéen »(3)

En définitive, que deviendrait le processus quand nous aurons un président européen totalement détaché de la réalité et de l’ambiance méditerranéenne avec en face un partenaire imprévisible? En fait, L’Europe se barricade, la politique migratoire que veut imposer la France à  l’Union européenne n’a jamais été aussi inhumaine. Le seul pays qui y trouve pour le moment son compte, c’est l’Italie de Berlusconi. L’Europe, après avoir créé le Sive pour surveiller les côtes espagnoles à  partir de Gibraltar, après avoir créé une flotte « quaismilitaire » -Frontex- pour repérer les épaves humaines qui tenteraient d’approcher de ses rives, veut mettre en place des centres de rétention sur le versant sud de la Méditerranée et ne pas avoir à  gérer sur son sol pour des raisons « hypocritement » humanitaires, les centres de rétention qui sont « incompatibles » avec l’image de patrie de la tolérance et des droits de l’homme….(4)

Union avec le diable?

L’Europe vieillit et elle a un retard technologique sur les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Comment faire? Il lui faut du sang neuf pour payer les retraites, il lui faut des cadres de qualité. Elle ouvre son marché définitivement aux anciens pays de l’Est. De ce fait, les plombiers seront majoritairement polonais. Par contre, elle a besoin d’ingénieurs, de médecins, d’architectes. Pour cela, elle met en place sans état d’âme une émigration choisie en aspirant les élites que les pays du Sud de la Méditerranée ont mis tant de temps et eu tant de mal à  former. Pour cela, il lui faut contrôler les velléités de recherche et les programmes de formations. Elle uniformise le LMD dans les pays du Sud. Elle promet un vague projet de type Erasmus, mais ne fait, chaque année, insidieusement, inexorablement et discrètement que vider de leur sève intellectuelle les pays du Sud.

Voilà  en définitive les non-dits de cette Union avec le Diable qui précipitera encore plus les peuples du Sud dans la médiocrité et le chaos.
Dans un article du 23 juillet dernier dans ce même journal, nous écrivions « Le Maghreb n’a pas besoin de cette Union, il a besoin qu’on l’aide à , d’abord, réaliser l’Union dans ses rangs d’une façon apaisée. Imaginons l’utopie suivante: une Union maghrébine avec un territoire de plus de 5 millions de km², fort d’une population actuelle de 80 millions d’habitants, avec une jeunesse exubérante dont l’horizon ne sera pas la fuite du pays.
Une intelligentsia avec plusieurs centaines de milliers de diplômés par an, un territoire riche en énergie fossile et avec le plus grand gisement solaire, à  telle enseigne qu’une étude allemande affirme très sérieusement que le Sahara peut alimenter l’Europe d’une façon permanente en énergie électrique à  partir du solaire et enfin une agronomie multiforme avec, par-dessus tout, une identité culturelle et cultuelle commune forgée par l’histoire ». Il est dommage que l’Union européenne ait donné son feu vert à  un projet qui passera certainement à  la trappe du fait qu’il fait l’impasse sur le besoin de liberté des peuples du Sud de la Méditerranée à  qui on ne demande pas leur avis. Pourquoi ne serions-nous pas capables de participer à  la gestion des grands dossiers de nos pays respectifs? Pourquoi plus simplement, les citoyens du Sud sont traités comme des pestiférés et sont indésirables en Europe, où on n’en veut même pas comme touristes. Les images des chaînes humaines implorant un hypothétique visa sont une tache à  la face de l’Europe. C’est cela le drame de la Méditerranée et cette UPM rsera à  non point douter, un nouveau coup d’épée dans l’eau.

1.Ahto Lobjakas *www.rferl.org. Courrier International 27 mai 2008
2.J.M.Barroso: « La France doit jouer le jeu européen sans arrogance » La Croix 22/05/2008
3.Euractiv: jeudi 15 mai 2008
4.C.E.Chitour: La nouvelle immigration entre errance et body-shopping Ed.Enag 2004.

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Nationale Polytechnique