Archive pour la catégorie ‘Turquie’

Turquie : certaines bases arrières du réseau Ergenekon sont à  Washington

Vendredi 8 août 2008

Turquie : certaines bases arrières du réseau Ergenekon sont à  Washington

© Solidarité & Progrès

7 aoùt 2008 (LPAC) €” L’enquête sur les marionnettistes derrière la déstabilisation de la Turquie a permis de mettre en lumière l’implication d’un certain nombre de « temples » de la pensée néo-conservatrice aux Etats-Unis, dont l’Institut Hudson, l’American Enterprise Institute (AEI) ainsi que le Center for Security Policy de Frank Gaffney.

Ces think-tanks ont joués un rôle clef dans la campagne visant à  dénigrer le Parti au pouvoir en Turquie depuis 2002, le parti de la Justice et du développement (AKP ou Adalet ve Kalkinma Partisi).

Ils ont ainsi servi de base arrière pour le réseau Ergenekon, un réseau d’extrême droite impliquant les « Loups gris » actuellement en voie de démantèlement par les autorités turques car soupçonné de fomenter un coup d’Etat militaire, selon une nouvelle « stratégie de la tension », dans le sillage du réseau notoire des stay-behind, Gladio.

Au centre de cette opération se trouve une certaine Zeyno Baran, citoyenne américaine d’origine turque à  l’Institut Hudson, où l’on trouve également David Wurmser et le néo-con « frenchy » Laurent Murawiec.

Le 2 aoùt, Mme Baran a presque ouvertement défendu Ergenekon dans un article publié par le Wall Street Journal sous le titre « Les Islamistes turcs inspirent un nouveau climat de peur ».

Déçue du fait que les Etats-Unis et l’UE aient accueilli favorablement la décision de la Cour constitutionnelle de ne pas déclarer l’AKP anti-constitutionnel, elle qualifie l’enquête de la justice turque de campagne d’harcèlement contre l’opposition.

On ne s’étonnera pas qu’elle se soit scandalisé du fait que le nom du vice-président américain Dick Cheney ait été évoqué dans ce contexte.

« Le journal le plus important de l’opposition turque, Cumhuyiyet semble une cible clef. Les lignes téléphoniques de ces rédacteurs furent mises sous écoute, et quelques conversations supposément contre le parti AKP ont été révélées par la grande presse » [ceci est un mensonge, car la presse les a découvert dans un rapport sur l'enquête rendu public.] – notamment une transcription d’une conversation privée entre le correspondant américain du journal turc et des membres du staff de Dick Cheney ».

Mme Baran se plaint ensuite qu’Illan Selcuk, un des éditorialistes principaux du journal, ait été inculpé car soupçonné dans l’affaire Ergenekon.

Mme Baran est l’épouse de Matthew J. Bryza, le sous-secrétaire d’Etat américain pour les Affaires européennes et eurasiatiques depuis juin 2005. Diplomate de carrière, Bryza passe sa vie entre la Turquie, le Caucase et l’Asie centrale, et s’occupe des points chauds comme l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie ainsi que des gazoducs qui ont provoqué tant de tensions depuis l’effondrement de l’URSS. On ne sera pas surpris du fait que M. Bryza est fréquemment invité comme orateur à  l’Institut Hudson.

Il faut signaler ici le fait que le général Suka Tanyeri, directeur général du Strategic Research and Study Center de l’état major américain, vient d’être mis à  la retraite.

La presse américaine suggère qu’une des raisons pour cette décision peut provenir de sa présence à  des sessions spéciales, organisées derrière portes closes par l’Institut Hudson en juin 2007, où des scénarios délirants sur une déstabilisation éventuelle de la Turquie furent débattus.

A l’époque, cette conférence, à  laquelle Baran avait assisté, avait créé un certain bruit car elle se déroulait pendant les élections. Un des scénarios étudiés envisageait l’explosion de deux bombes, dont une dans la capitale Istanbul, tuant une cinquantaine de personnes qui serait attribué aux agissements des extrémistes kurdes du PKK et servirait à  justifier une invasion de l’Irak.

N’est-il pas étonnant qu’aujourd’hui, en pleine enquête judiciaire sur Ergenekon, et au moment même où la Cour constitutionnel examinait la légalité de l’AKP, deux bombes aient explosé ? Une bombe a explosé à  Istanbul et l’autre le lendemain à  Kirkuk, une ville du nord de l’Irak.

Les experts y voient une manipulation visant à  empoisonner les relations qui s’étaient récemment améliorées.

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Cheney a failli provoquer une guerre contre l’Iran

Lundi 4 août 2008

Cheney a failli provoquer une guerre contre l’Iran

© Alter Info, Solidarité & Progrès

Lors de la conférence Think Progress en juillet, le journaliste d’investigation américain Seymour Hersh, connu pour ses positions courageuses contre les néo-conservateurs américains, a révélé l’un des scénarios envisagé par Dick Cheney pour provoquer une guerre contre l’Iran.

Le scénario prévoyait tout simplement de déguiser des commandos de la marine américaine en Iraniens qui, à  bord de vedettes copiées sur les iraniennes, se seraient précipitées sur les bateaux de guerre américains, qui, ripostant, auraient fini par entrer en guerre contre l’Iran.

Hersh a dévoilé que ce scénario fut discuté lors d’une réunion au bureau de Dick Cheney après qu’un incident, lorsqu’une des navettes iraniennes avait heurté un bâtiment de guerre américain, fut monté en épingle. Une dizaine de scénarios furent discutés dans le bureau de Dick Cheney sur comment provoquer une guerre. Au final, le scénario fut écarté car il impliquait trop de morts américains.

Le New Yorker a refusé d’inclure ces informations dans l’article de Hersh sous prétexte que de toutes façons cette option ne fut pas choisie.

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Cheney est-il mêlé à  une tentative de putsch en Turquie ?

© Solidarité & Progrès

Paris, le 2 aoùt (LPAC)€”Le nom du vice-président états-unien, Dick Cheney, apparaît à  plusieurs reprises dans le document de 2500 pages qui a permis à  un procureur de l’Etat turc d’inculper le réseau politico-criminel dénommé Ergenekon. Comparé à  l’équivalent turc du réseau Gladio €” les « stay-behind » de l’ OTAN en Italie qui furent impliqués dans une série d’attentats terroristes – ce réseau est accusé d’avoir comploté une stratégie de tension devant aboutir à  un coup d’Etat militaire contre le gouvernement de Recept Tayyip Erdogan et son parti, l’AKP.

Le nom de Dick Cheney apparaît pas moins de quatre fois dans l’inculpation. Un des rapports fait état d’une rencontre entre les plus proches conseillers de Cheney et les représentants à  Washington du quotidien ultranationaliste Cumhuriyet. Or, l’un des directeurs de la fondation Cumhuriyet à  laquelle appartient ce journal, n’est autre que le General de gendarmerie (cr) Mehmet Sener Eruygur, l’une des personnalités arrêtées dans le cadre de cette enquête. Le directeur de publication du journal, Ilhan Selcuk, ainsi que son rédacteur en chef, Ibrahim Yilgez, ont aussi été interrogés dans le cadre de cette enquête. Bien que ce dernier ne soit pas inculpé, il avait été arrêté et condamné il y a quelques années, pour avoir publié des calomnies contre le Premier ministre Erdogan.

A la page 1771 du document, figure un rapport sur une discussion entre Sulcuk et Yilgez, enregistrée à  leur insu, le 20 février dernier, où a été évoqué une rencontre entre leur correspondant à  Washington, Elcin Poyrazlar, et trois proches de Cheney, notamment son premier et son deuxième conseiller, ainsi qu’un troisième identifié comme un membre de la Commission politique, le 14 février 2008. Selon l’inculpation, la discussion entre Poyrazlar et les conseillers de Cheney a porté sur la situation politique turque, et des alternatives à  l’AKP ont été évoquées, si la situation turque venait à  être déstabilisée. Il a été question du CUP (Parti républicain du peuple), mais cette possibilité a été rejetée étant donné la marginalisation du CUP. Suite à  ces enregistrements, Selcuk a été arrêté le 21 mars et interrogé sur le fait que son correspondant rencontre les conseillers de Cheney.

Ce rapport est important pour trois raisons.

D’abord, il révèle le réflexe salutaire de la police turque, qui semble soupçonner ceux qui rencontrent le Vice-président des Etats-Unis, de possible trahison. Il est bien connu en Turquie et aux Etats-Unis, que Cheney, comme ses maîtres à  Londres, opposent de façon véhémente aux pourparlers de paix entreprises par la Turquie dans la région, notamment ceux qui ont lieu entre la Syrie et Israël.

Deuxièmement, parce que ce n’est certainement pas une coïncidence si le 14 mars, juste quelques semaines après cette rencontre, le procureur de la Cour constitutionnelle turque a traîné l’AKP devant cette Cour, l’accusant de vouloir violer le caractère laïc de l’Etat. Ce procès a été gagné par l’AKP il y a quelques jours.

Troisièmement, il y a le fait que le 24 mars, au cours de l’une des tournées au Proche-Orient qui l’avait amené en Turquie, Cheney a exercé des pressions sur ce pays pour qu’il envoie des troupes de combat en Afghanistan ; ce que le gouvernement a rejeté. Il y a des troupes turques en Afghanistan mais elles ne participent pas aux combats.

Beaucoup de commentateurs avaient dit à  l’époque que Cheney avait sollicité le soutien de la Turquie à  une guerre contre l’Iran, ce que les autorités turques ont refusé. Mais depuis l’éclatement de l’affaire Ergenekon, certains commentaires publiés par la presse turque évoquent la possibilité que les néo-conservateurs puissent être derrière une tentative de putsch contre le gouvernement, pour mettre à  la place un gouvernement favorable au déclenchement d’une guerre contre l’Iran.

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La chronique d’une guerre annoncée contre l’Iran

Mardi 24 juin 2008

La chronique d’une guerre annoncée contre l’Iran

© Mondialisation.ca

Couvrant la période de mars à  juin 2008, cet article va tenter de mettre en évidence les principales pressions politiques exercées par les gouvernements américain et britannique sur la Turquie en raison de leurs plans de guerre contre l’Iran. Cet article est complémentaire à  un article antérieur intitulé « Est-ce que la Turquie sera encore complice d’une autre guerre contre un autre pays voisin? » [1]

turquie iran

« [Le Moyen-Orient] pourrait connaître un très bel avenir:… un lieu propice à  l’innovation et à  la découverte, dirigé par des hommes et des femmes libres. Au cours des dernières années, nous avons vus naître les débuts prometteurs de ce projet. La Turquie, une nation dont la majorité de la population est de confession musulmane, est une démocratie moderne et prospère. L’Afghanistan, sous la direction du président Karzai, parvient à  triompher des Talibans et à  construire une société libre. L’Iraq, sous la direction du premier ministre Maliki est en voie de créer une démocratie multiethnique. » Discours du président des États-Unis, George W. Bush (Forum économique mondial, à  Charm el-Cheikh, le 18 mai 2008) [2]

La Turquie a été le dernier arrêt du vice-président des États-Unis Dick Cheney lors de sa tournée au Moyen-Orient en mars dernier. La couverture de l’événement par la presse turque donnait l’impression que M. Cheney n’avait fait aucune demande au président de la Turquie, ni au premier ministre ni au chef d’état major, en regard de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et/ou en Afghanistan. Compte tenu de l’évidente hostilité anglo-américaine qui s’accentue continuellement sur tous les fronts face à  l’Iran, ce n’était pas très plausible. En fait, tous les indices laissent entendre depuis lors le contraire.

Peu de temps après la visite de M. Cheney, la société américaine RAND Corporation a publié un rapport sur les relations américano-turques:

« Compte tenu de ses intérêts au Moyen-Orient et compte tenu des tensions dans les relations américano-turques, on doit s’attendre que la Turquie soit dorénavant toujours réticente à  permettre aux États-Unis d’utiliser ses bases [militaires], en particulier la base aérienne [US] d’Incirlik, pour y entreprendre des opérations de combat au Moyen-Orient… Il est peu probable que la Turquie soutienne les politiques américaines visant à  isoler l’Iran et la Syrie ou à  renverser les régimes de ces deux pays. » [3]

Plusieurs visites de hauts responsables américains se sont succédées à  la suite [de celle de] M. Cheney. En avril, l’ambassadeur américain auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) Gregory Schulte, a fait des commentaires au sujet des missiles balistiques Shahab-3 de l’Iran:

« Les Shahab-3 peuvent frapper presque partout en Turquie et au Moyen-Orient et les missiles à  longue portée pourraient atteindre des régions plus éloignées en Europe. » [4]

Le mois suivant, lors d’une conférence tenue à  Washington, l’ambassadeur de Turquie aux États-Unis Nabi Sensoy s’est fait l’écho à  M. Schulte:

« L’Iran a élaboré des programmes (nucléaires) clandestins pendant plus de deux décennies et ces programmes représentent « une menace pour la Turquie ainsi que pour les États-Unis. » [5]

La visite impériale de la Reine Élizabeth

Lors d’une conférence de presse avec son homologue turc Ali Babacan en avril à  Londres, le ministre britannique des affaires étrangères David Miliband, a déclaré:

« Nos relations bilatérales sont vraies, excellentes et très estimées… La Turquie a un rôle essentiel à  jouer dans les questions régionales, telles que dans le conflit en Irak et dans les préoccupations qui entourent le programme nucléaire iranien. » [6]

Le mois suivant, la reine Elizabeth II et M. Miliband ont fait une visite d’État en Turquie. Le 13 mai, Elle a donné un discours à  l’occasion d’un banquet d’État à  Ankara:

« Pour nous, la Turquie est plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été… À l’étranger, la Turquie occupe une position unique tel un pont entre l’Est et l’Ouest à  un moment crucial pour l’Union européenne et pour le monde en général … [Monsieur le Président Abdullah Gul], vous jouez un rôle clé dans la promotion de la paix, dans la stabilité politique et le développement économique auprès d’un certain nombre de pays très instables. » [7]

Ces deux déclarations font étrangement penser au discours de Tony Blair trois mois avant que ne soit officiellement lancée l’ultime invasion de l’Iraq:

« Je pense que c’est un moment très important et passionnant pour l’Union européenne et pour la Turquie et je crois que nous avons une occasion historique d’envoyer un signal clair à  l’effet que l’Union européenne veut de la Turquie dans la famille européenne à  titre de partenaire à  part entière. » [8]

la reine

Comme toujours, pour les médias turcs et internationaux il ne s’agissait uniquement que d’une visite amicale de la Reine qui n’avait pas d’autres objectifs que celui de soutenir l’adhésion de la Turquie à  l’Union européenne.

L’écoute d’un récital du Coran avec la tête couverte dans une mosquée située à  Bursa (qui est la première capitale de l’Empire Ottoman), a remué même ceux qui en d’autres temps sont profondément anti-religieux.
Tout aussi symbolique, mais encore plus révélateur, fut la réception qu’Elle a tenue pour le président turc Abdullah Gul [9] à  bord d’un porte-avions de la Marine Royale à  Istanbul [10]. En fait, le porte-avions HMS Illustrous était sur le chemin du retour suite à  « l’Opération Orion 08, » un exercice naval regroupant plusieurs pays et réalisé dans le golfe Persique en guise de répétition à  une éventuelle guerre contre l’Iran. [11] [12]

Retournons en octobre 2007 lorsque le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue britannique M. Gordon Brown ont signé « l’Accord de partenariat stratégique entre la Turquie et le Royaume-Uni. » Les points suivants de ce document révèlent la similitude frappante de la politique étrangère du Royaume-Uni et des États-Unis à  l’égard de la Turquie:

« Le renforcement de la coopération face à  la menace terroriste que représentent le PKK,… Al-Qaida et les autres groupes extrémistes. » « Le soutien du processus du Conseil de sécurité des Nations Unies à  l’égard de l’Iran, y compris l’application intégrale des mesures imposées. » « La poursuite de la coopération entre les forces armées du Royaume-Uni et de la Turquie et le soutien mutuel dans les forums de l’OTAN. » « La coopération… pour s’assurer que l’OTAN peut appliquer pleinement les ententes convenues au Sommet de Riga de 2006. » [13]

Il est également important de se rappeler ce que le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, qui est souvent considéré comme le successeur de M. Brown, a déclaré lors du cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak en mars 2003 que:

« Je pense que la guerre en elle-même a été une remarquable victoire. Tout s’est déroulé beaucoup mieux que ce que la plupart des gens ne le croyaient. » [14]

La déclaration suivante, faite un mois plus tôt, rend sa position sur les éventuelles guerres anglo-américaines claire comme de l’eau de roche:

« Je crois que les discussions entourant la guerre en Irak ont occulté le débat visant à  promouvoir la démocratie dans le monde. Je comprends les doutes concernant l’Iraq et l’Afghanistan, de même que les grandes préoccupations au sujet des erreurs commises. Mais mon argumentation se résume à  dire que nous ne devons pas laisser les discordes sur ces conflits masquer notre intérêt national, qu’importe notre impulsion morale, en soutenant les mouvements favorables à  la démocratie… Dans les années 1990… la gauche semblait se contredire sur l’opportunité d’atteindre cet objectif et leur scrupule à  utiliser des moyens militaires. En fait, l’objectif de répandre la démocratie doit être un projet très progressiste; les ressources nécessaires doivent amalgamer toutes les forces, les douces et les violentes. » [15]

Les pressions des États-Unis sont désormais à  leur plus fort

Au début du mois de juin, « l’Accord de coopération concernant l’usage pacifique de l’énergie nucléaire entre la Turquie et les États-Unis » est entré en vigueur:

« L’accord fournit un cadre global de coopération nucléaire à  des fins pacifiques entre les États-Unis et la Turquie en vertu des conditions et des contrôles de non-prolifération prévus. » [16]

Le 5 juin, la Maison Blanche a annoncé la nomination du vice conseiller à  la Sécurité nationale James Jeffrey Franklin à  titre d’ambassadeur des États-Unis en Turquie. En sa qualité d’ancien principal sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, M. Jeffrey a joué un rôle de premier plan dans la politique concernant l’Irak et il co-présidait l’ancien « Groupe de politique et d’opérations Iran-Syrie » [17]:

« Le fameux Groupe de politique et d’opération – Iran-Syrie – Policy and Operation Group (ISOG), créé en début de l’année 2006, composé de responsables de la Maison Blanche, du département d’État [US], de la CIA et du département du Trésor, avait pour mandat de déstabiliser la Syrie et l’Iran, et de parvenir à  faire un « changement de régime ». » [18]

Le jour de sa visite aux États-Unis où il se rendait principalement pour participer à  la réunion des Bilderberg (pour la cinquième fois [19]), le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a tenu une conférence de presse avec son homologue américaine Condaleezza Rice:

« Question: Madame la Secrétaire, qu’attendez-vous de la Turquie – qu’elle augmente la pression sur l’Iran au-delà  des sanctions de l’ONU?

Rice: Tous les États membres ont l’obligation d’appliquer les termes de ces résolutions et d’utiliser toutes les instances qu’ils ont avec les Iraniens pour insister sur le fait que les Iraniens doivent s’acquitter de leurs obligations que leur a imposées le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Babacan: La Turquie applique les résolutions du Conseil de sécurité. Tant que la communauté internationale aura une position commune, la Turquie appliquera ces décisions. » [20]

Le même jour, de retour en Turquie, le chef d’état-major général des Forces armées turques Yasar Buyukanit dans son discours d’ouverture au symposium international à  Istanbul, intitulé « Le Moyen-Orient: Son avenir incertain et les problèmes de sécurité, » a été beaucoup plus direct:

« Jusqu’à  la mi-2003, l’Iran a construit des installations nucléaires et a poursuivi l’enrichissement de l’uranium en le dissimulant aux yeux de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il a approuvé les inspections de l’AIEA, mais il ne l’a pas fait par le biais d’un processus constitutionnel. L’Iran doit nous donner l’entière confiance que son programme nucléaire se fait exclusivement à  des fins pacifiques. L’adoption de politiques sensées par l’Iran, qui permettrait d’éviter de nouveaux problèmes auxquels est confrontés la région, est très importante pour rétablir la paix et la stabilité au Moyen-Orient. » [21]

Toutefois, M. Buyukanit n’a pas été aussi prompt à  répondre lorsque lui a été adressée une question concernant un récent reportage publié par la presse au sujet des forces armées turques qui envisagent d’étendre le champ d’application des « unités irrégulières de guerre » qui fonctionnent comme une « contre-guérilla ». Le reportage dévoile que « des préparatifs très secrets concernant des méthodes de lutte clandestine pourraient être utilisées lors d’opérations menées de concert avec nos forces armées lors d’une éventuelle violation de l’intégrité territoriale du pays par une force ennemie. » [22] M. Buyukanit a alors répondu:

« C’est un très vieux concept qui remonte à  la Guerre froide et qui n’est plus valable: Si, dans le contexte de l’OTAN et du Pacte de Varsovie, la Turquie avait été envahie par les Soviétiques, alors il y aurait eu de la résistance dans les zones occupées. Cela n’a plus lieu d’être, nous n’avons plus de telles structures puisqu’il n’est plus nécessaire d’en avoir. En fait, qui voudrait envahir la Turquie? » [23]

En dépit de ce langage évasif, il est clair que M. Buyukanit se réfère à  l’article V de la Charte de l’OTAN, [24], qui prévoit que les membres de l’Alliance doivent venir en aide à  un allié qui est attaqué. Selon le rapport de la société RAND Corporation cité plus haut:

« La Turquie est le seul membre de l’OTAN qui fait face à  la menace d’une attaque extérieure (Iran, Syrie). La Turquie est donc très préoccupé par le fait que l’article 5 (la défense collective) demeure toujours le centre de la mission de l’Alliance et que l’emphase mise sur la gestion de cette crise n’affaiblisse pas cet engagement de défense collective prise par l’Alliance. » [3]

Faire appel à  l’article V pour recourir à  la guerre n’est jamais arrivé… Un autre rapport de la RAND Corporation publié en 1992 révèle jusqu’à  quel point cette propagande est ancienne :

« La guerre du Golfe [de 1991] et ses suites ont simplement confirmé et renforcé la nouvelle volonté entourant les ambitions régionales d’un accroissement des arsenaux à  l’intérieur des frontières de la Turquie, à  tout le moins comparable à  la menace sans cesse croissante posées par les armes de destruction massive … La perspective de voir l’Iraq représenter à  nouveau une menace conventionnelles ou non conventionnelle à  la Turquie est une source évidente de préoccupations, en ce sens que la Turquie joue un rôle prépondérant dans la coalition contre Bagdad… Par-dessus tout et à  long terme la Turquie est confrontée à  des risques pour la sécurité face à  l’Iran, avec ses visées belliqueuses en Azerbaïdjan et son vif intérêt pour la technologie nucléaire et les missiles balistiques, et la Syrie… Les États-Unis, tant sur le plan bilatéral que par son rôle au sein de l’OTAN, demeure la meilleure garantie à  la sécurité de la Turquie en ce qui concerne les risques les plus dangereux auxquels la Turquie sera confrontée à  long terme… » [ 25]

Le 17 juin, le quotidien turc Hurriyet a rapporté l’échange suivant:

« Récemment, l’ambassadeur [sortant] des États-Unis en Turquie Ross Wilson a rendu visite au ministre turc de l’énergie [Hilmi Guler] pour lui demander de mettre fin aux accords énergétiques [pétrole et gaz] conclus avec l’Iran. Le ministre de l’énergie a rejeté la demande sur la base d’absence d’une autre source alternative [d'approvisionnement]. Lorsque Wilson a suggéré d’acheter de l’énergie en provenance de l’Iraq, le ministre turc lui a signifié son désaccord face à  cette volonté que l’Irak puisse représenté une alternative en indiquant que l’Iraq n’avait pas de réserves de gaz. Il a dit: « Un oiseau dans la main vaut mieux que deux oiseaux sur un arbre. » En réponse, l’ambassadeur Wilson a déclaré «dans un court laps de temps, il est possible que l’oiseau brùle avec la branche, sur laquelle il est posé. » [26]

Deux jours plus tard, dans un entretien avec le quotidien turc Aksam, l’ambassadeur d’Israël en Turquie Gabby Levy a affirmé que les armes de l’Iran représentent une menace pour l’ensemble du Moyen-Orient. [27]

D’autre part, dans une autre interview récente avec le même journal, le membre du Congrès des États-Unis Mark Kirk a présenté un autre volet de désinformation qui vise à  réconforter le public de plus en plus anxieux et sceptique de la Turquie. Il a fait valoir que, depuis le rejet de la motion parlementaire de mars 2003 (visant à  permettre aux troupes américaines d’utiliser le sol turc pour envahir l’Irak), l’importance de la Turquie a diminué de 90%. Lorsqu’il fut interrogé sur ce que les États-Unis attendent de la Turquie lors d’une éventuelle attaque contre l’Iran, il a déclaré:

« Les États-Unis s’attendent que la Turquie n’interfère en quoi que ce soit. Telle que la Belgique. » [28]

Pendant ce temps, un processus politique parrainé par les États-Unis est entré dans sa phase finale et il onsiste à  avertir l’ensemble de la classe politique de la Turquie à  se conformer aux règles établies. Ce processus vise, sans relâche, à  fs’assurer qu’un gouvernement totalement obéissant soit au pouvoir avant de lancer la prochaine guerre anglo-américaine contre l’Iran et peut-être contre la Syrie.

Sources/Notes

Voir l’article original sur mondialisation.ca

Le Parlement turc autorise le port du voile islamique à  l’université

Mercredi 27 février 2008

En France c’est le contraire

parlement turc port du voil

On rigole bien sur Terre, les beaux paradoxes, 200 pays partageant une vision du monde et de la vie différente, toutes fondamentalement différentes mais qui bientôt feront parti d’un gouvernement mondial.

L’Europe teste la stratégie de la conciliation avec la Turquie

Jeudi 25 octobre 2007

L’Europe teste la stratégie de la conciliation avec la Turquie

© EuroNews – Mercredi 24 octobre

abdullah gul rice

Alors qu’il n’a eu de cesse ces dernières années de réclamer la reconnaissance du génocide arménien par Ankara, pour la première fois ce mercredi, il a retiré le mot génocide de sa résolution sur le pays. Pour autant, il est temps de reprendre les réformes, insistent les eurodéputés, que ce soit en matière de liberté d’expression, de droits culturels ou de lutte contre la torture. Enfin, sur la crise qui oppose l’armée aux séparatistes kurdes, l’Europe n’entend pas s’ingérer. C’est ce qu’explique le commissaire à  l’Elargissement Olli Rehn : « La Turquie fait face aux attaques transfrontalières continuelles du PKK, qui se trouve sur la liste européenne des organisations terroristes. L’Union européenne condamne toutes les attaques terroristes et comprend la nécessité pour la Turquie de protéger ses citoyens. »

Sorti renforcé des élections législatives de juillet, le parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdogan insiste pour voir le processus d’adhésion à  l’Union européenne avancer. Bruxelles promet l’ouverture prochaine de deux nouveaux chapitres de négociations. Mais il faudra compter avec l’opposition du président français Nicolas Sarkozy, hostile à  l’intégration de la Turquie. (voir : Sarkozy : Je Viens du Bas…)

Washington V.S. Ankara en Irak

Jeudi 18 octobre 2007

Le Parlement turc avalise une incursion militaire en Irak

© Reuters, Par Gareth Jones et Hidir Goktas – Mercredi 17 octobre

ANKARA (Reuters) – Le parlement turc a sans surprise autorisé une intervention de l’armée turque contre les séparatistes du PKK dans ses bases arrière du Kurdistan irakien, une perspective qui inquiète Washington et l’Otan.

Acquise d’avance, au vu de la majorité dont le gouvernement de Tayyip Erdogan dispose, ce feu vert était un préalable à  toute incursion de l’armée turque dans le nord de l’Irak mais le Premier ministre a souligné qu’elle ne se matérialiserait pas nécessairement.

Les Etats-Unis et l’Otan exercent de vigoureuses pressions pour que la Turquie s’abstienne de se lancer dans une opération susceptible de déstabiliser une région d’Irak jusque-là  relativement épargnée par la violence, tandis que la Syrie s’est clairement rangée mercredi aux côtés d’Ankara.

A Washington, George Bush a enjoint à  la Turquie de ne pas s’engager dans une intervention militaire au Kurdistan irakien. « Nous disons de façon très claire à  la Turquie que nous ne pensons pas qu’il soit dans ses intérêts d’envoyer des troupes en Irak », a-t-il dit lors d’une conférence de presse, quelques minutes à  peine après le vote des députés turcs.

« En fait, a poursuivi le président américain, ils ont déjà  des troupes stationnées en Irak. Nous ne pensons pas qu’il soit dans leur intérêt d’en envoyer davantage. »

Tayyip Erdogan a affirmé ces derniers jours que le feu vert sollicité du parlement n’impliquait en rien qu’une opération militaire turque en Irak était imminente, mais il a souligné qu’elle aurait lieu « en temps opportun » si les circonstances le dictent.

Ses services ont démenti que Bagdad ait proposé à  Ankara de mener une opération militaire conjointe contre les séparatistes. Le chef du gouvernement irakien a seulement parlé de « collaborer sur les mesures à  prendre », a déclaré un membre de l’équipe du Premier ministre turc.

Peu auparavant, la chaîne de télévision CNN Türk avait rapporté que le Premier ministre irakien Nouri al Maliki avait offert aux Turcs de mener de concert une opération militaire contre les bases arrière des séparatistes kurdes dans les montagnes du nord de l’Irak.

SOUTIEN DE DAMAS CONTRE LE TERRORISME

Ankara reprochent aux autorités de Bagdad et à  leurs protecteurs américains de n’avoir pas tenu leurs promesses de mater les 3.000 combattants du PKK retranchés au Kurdistan, où ils jouissent de la solidarité de leurs congénères irakiens et profitent de la faiblesse du pouvoir central.

« Nous avons proposé cette motion pour la paix et le bien-être de notre pays. Cette motion acceptée, nous allons faire ce qui est nécessaire aux intérêts de notre pays », a dit le vice-Premier ministre turc Cemil Cicek au parlement.

Selon certains analystes, les efforts de dissuasion de l’allié américain ont été contrecarrés par le coup de froid suscité entre Ankara et Washington par la perspective d’adoption par la Chambre des représentants américaine d’une résolution qualifiant de « génocide » le massacre des Arméniens à  la fin de l’Empire ottoman.

Le président syrien Bachar al Assad, accusé par Washington de soutenir le terrorisme et de souffler sur les braises en Irak, s’est engouffré dans cette brèche pour apporter un soutien remarqué à  la Turquie, à  l’occasion d’une visite à  Ankara.

« Nous soutenons sans réserve les mesures du gouvernement turc contre le terrorisme et nous considérons qu’elles relèvent du droit légitime de la Turquie », a-t-il dit lors d’une conférence de presse commune avec le président Abdullah Gül.

La montée de la tension à  la frontière irako-turque a propulsé le baril de pétrole à  un niveau record proche des 89 dollars, fait plonger la livre turque et suscité de multiples appels à  la retenue, notamment de la part des secrétaires généraux de l’Onu, Ban Ki-moon, et de l’Otan, Jaap de Hoop.

George W.Bush demande à  la Turquie de ne pas mener des incursions militaires dans le nord de l’Irak

© EuroNews – Mercredi 17 octobre

« Nous disons de manière très claire à  la Turquie que nous ne pensons pas qu’il soit dans leur intérêt d’envoyer des troupes en Irak. Il existe un meilleur moyen pour résoudre le problème plutôt que de déployer massivement des troupes supplémentaires dans ce pays », affirme le locataire de la Maison Blanche.

Washington craint qu’une éventuelle incursion turque ne destabilise la seule région d’Irak relativement épargnée par la violence. L’administration Bush appelle Ankara à  poursuivre le dialogue.

La Syrie soutient une éventuelle incursion turque en Irak

© EuroNews – Mercredi 17 octobre

Damas est la première capitale arabe à  se prononcer en faveur des plans turcs d’intervenir militairement dans le nord de l’Irak pour lutter contre les rebelles du PKK.

« Nous appuyons les décisions qui sont à  l’ordre du jour du gouvernement turc en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et les activités terroristes.

Nous voyons cela comme un droit légitime de la Turquie », estime le chef de l’Etat syrien.

Bachar al-Assad s’en est aussi pris aux forces étrangères en Irak notamment américaines, en les accusant d’avoir transformé ce pays en sanctuaire pour les rebelles armés.

Washington étudie un plan B pour fournir l’Irak sans passer par la Turquie

Mercredi 17 octobre 2007

Washington étudie un plan B pour fournir l’Irak sans passer par la Turquie

© Par Daphné BENOIT AFP – Mardi 16 octobre

bush shalala

WASHINGTON (AFP) – Le Pentagone planche sur des alternatives pour approvisionner les troupes américaines en Irak alors que la Turquie menace de lui retirer un soutien logistique crucial si Washington adopte une résolution reconnaissant comme un génocide les massacres d’Arméniens.

Les tensions se sont encore accrues ces derniers jours entre les Etats-Unis et leur partenaire turc qui envisage une intervention dans le nord de l’Irak pour combattre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La Maison Blanche a appelé lundi Ankara à  la retenue.

« Nous sommes en train d’élaborer des plans alternatifs » pour acheminer le matériel militaire destiné aux quelque 160.000 soldats américaines basés en Irak sans passer par la Turquie, a reconnu mardi un responsable du ministère de la Défense.

Si la Turquie bloquait l’accès à  son territoire, « cela aurait un impact significatif sur les opérations américaines en Irak mais aussi sur le commerce irakien », a fait valoir mardi après-midi le général américain Carter Ham, en confirmant que des solutions de rechange étaient à  l’étude.

« Cela impliquerait probablement des coùts plus élevés, entre autres choses. Nous préférerions évidemment conserver l’accès que nous avons aujourd’hui » en Turquie, a-t-il conclu.

Selon le Pentagone, l’arrêt de la coopération turque pourrait également « augmenter les délais de livraisons et les risques d’attaques des convois par les insurgés ».

L’accès à  l’espace aérien turc est crucial pour les Etats-Unis: 70% du fret aérien américain, 30% du carburant et 95% des nouveaux véhicules blindés destinés à  l’Irak transitent par la base aérienne d’Incirlik (sud de la Turquie).

Mais les rapports entre les Etats-Unis et la Turquie sont tendus par un texte adopté par une commission parlementaire américaine la semaine passée, que pourrait voter la Chambre des représentants et qui reconnaîtrait que les Arméniens ont été victimes d’un génocide au début du XXe siècle sous l’Empire ottoman.

La Turquie, qui refuse d’entendre parler de génocide, menace désormais de représailles, prises très au sérieux par le secrétaire américain à  la Défense Robert Gates.

« Les Turcs ont été assez clairs sur les mesures qu’ils prendraient si cette résolution était passée, », déclarait-il jeudi.

En cas de blocage turc, « l’alternative est de passer par le sud de l’Irak », par la Jordanie ou le Koweït, explique l’expert en défense Micheal O’Hanlon, de la Brookings Institution. « Ces solutions alternatives vont juste coùter plus d’argent et vont prendre un peu de temps à  se mettre en place ».

« Pour le transport logistique par voie aérienne, il est plus facile de passer par le nord de l’Irak via la Turquie, que de devoir traverser l’espace aérien égyptien et la mer Rouge, par exemple », reconnaît-il.

Au final, tempère-t-il, « ce n’est pas pratique, mais pas impossible. L’armée américaine a déjà  connu des problèmes bien pires » en matière d’accès.

Toutefois, souligne Anthony Cordesman, du Centre d’études internationales stratégiques, la perte du soutien turc générerait non seulement des problèmes logistiques, mais aussi un regrettable regain de tension dans la région.

« La Turquie est devenue un élément-clé dans la conduite des opérations en Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein (…) L’impact d’une résolution sur le génocide arménien risque de créer un nouveau motif absurde de colère anti-américaine dans la région », et « affecterait les intérêts vitaux américains », souligne-t-il dans une note d’analyse.

« Provoquer de nouvelles sources de tensions ethniques et confessionnelles est la dernière chose dont la région ait besoin », conclut-il.

La Turquie « espère » ne pas avoir à  frapper en Irak

Lundi 15 octobre 2007

La Turquie « espère » ne pas avoir à  frapper en Irak

© Reuters

convoi militaire turc

ANKARA (Reuters) – Le gouvernement turc a décidé, comme prévu, de demander au Parlement son feu vert à  une éventuelle opération militaire contre les rebelles kurdes dans le nord de l’Irak, tout en disant son espoir de ne pas avoir à  en arriver là .

« Notre souhait est que nous n’aurons pas à  avoir recours à  cette motion (…) mais la douloureuse réalité dans notre pays, dans notre région, c’est celle de la terreur », a déclaré le porte-parole du gouvernement turc, Cemil Cicek, lors du compte rendu du conseil des ministres.

Il a précisé que cette autorisation serait demandée mercredi à  l’assemblée, où le parti gouvernemental AKP, issu de la mouvance islamiste, est largement majoritaire, afin de donner à  l’armée les bases légales pour intervenir en Irak pour une durée d’un an.

Le porte-parole a souligné que le but unique était de neutraliser les rebelles kurdes dans leurs bases arrière, puisque les Irakiens, a-t-il dit, ne le faisaient pas.

Il a précisé qu’un vice-ministre irakien aurait des discussions avec des responsables turcs mardi à  Ankara.

Peu auparavant, le numéro deux de l’état-major de l’armée turque avait jugé prématuré de parler d’une éventuelle offensive en Irak.

A la suite d’actions particulièrement meurtrières du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les autorités turques ont déclaré la semaine dernière qu’elles envisageaient d’autoriser l’armée à  frapper les bases rebelles dans les montagnes du Kurdistan irakien.

Ankara se plaint de longue date que les Etats-Unis et leur allié irakien ne tiennent pas leurs promesses de mettre au pas le PKK, auquel Ankara impute plus de 30.000 morts depuis le déclenchement de sa guérilla dans le sud-est de la Turquie, en 1984.

Les Etats-Unis ont fait savoir leur opposition à  une telle incursion, soulignant qu’elle risquait de déstabiliser la seule région d’Irak relativement épargnée par la violence.

RELATIONS TENDUES AVEC WASHINGTON

Interrogé lundi par des journalistes sur la date à  laquelle pourrait être lancée une telle offensive, et sur son ampleur, le général Ergin Saygun, numéro deux de l’état-major turc, a répondu: « Si cette mission nous est assignée, nous verrons alors quelle devra être son importance. Il n’est pas possible de le dire maintenant. »

La Turquie pourrait passer outre à  l’opposition des Etats-Unis à  cette opération car ses relations avec Washington se sont subitement dégradées à  la suite de l’adoption la semaine dernière par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants d’un texte qualifiant de génocide le massacre des Arméniens à  la fin de l’Empire ottoman.

Le chef d’état-major interarmes de l’armée turque, le général Yasar Büyükanit, a déclaré que les rapports entre les deux pays changeraient si le Congrès américain votait ce projet de loi.

« Si la résolution votée en commission est adoptée par la Chambre des représentants, nos relations dans le domaine militaire avec les Etats-Unis ne seront plus jamais les mêmes », a-t-il dit au journal Milliyet de dimanche.

La Turquie a rappelé pour consultation son ambassadeur à  Washington pour protester contre ce vote, dont elle avait prévenu qu’il aurait une influence négative sur les relations bilatérales.

Les dirigeants civils et militaires turcs se sont concertés après le vote pour envisager des mesures de rétorsion contre les Etats-Unis. Une visite aux Etats-Unis du ministre turc du Commerce a été annulée ainsi qu’une réunion du Conseil du commerce américano-turc.

Lundi, on a par ailleurs appris de sources diplomatiques turques l’annulation d’une visite à  Bagdad du ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan.

La Turquie pourrait en outre restreindre l’accès des forces américaines à  la base aérienne d’Incirlik et prendre d’autres mesures de représailles dans le domaine de la coopération militaire entre les deux alliés de l’Otan.

Génocide arménien: mise en garde du président turc à  George W. Bush

Mercredi 10 octobre 2007

Mise en garde du président turc à  George W. Bush

© AP – Mardi 9 octobre

ANKARA – Le président turc Abdullah Gül a écrit à  son homologue américain George W. Bush pour l’avertir qu’un vote du Congrès reconnaissant le génocide arménien de 1915 porterait préjudice aux relations entre les deux pays.

Dans son courrier, M. Gül brandit la menace de « graves problèmes » dans les relations bilatérales si ce projet de loi devait être adopté, selon les services de la présidence turque.

De même source, on ajoute que le président Gül a personnellement remercié M. Bush pour s’être opposé à  ce texte face à  une Chambre des représentants et à  un Sénat sous domination démocrate.

Le projet doit être examiné mercredi par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Il pourrait ensuite être soumis à  un vote en séance.

Beaucoup aux Etats-Unis craignent que le vote de ce projet de loi n’entraîne des représailles turques. Ces dernières pourraient prendre la forme d’un blocage des voies d’accès à  l’Irak et à  l’Afghanistan via la Turquie. La base aérienne d’Incirlik, site stratégique utilisé par les Etats-Unis, pourrait quant à  elle être fermée.

L’adoption d’un texte comparable en 2001 par le Parlement français avait entraîné des tensions bilatérales et l’annulation d’accords militaires entre Paris et Ankara. Les relations entre les deux pays se sont encore détériorées après le vote, l’automne dernier, d’une autre loi sanctionnant la négation du génocide arménien.

Selon l’Arménie, le génocide perpétré par les Ottomans contre les populations arméniennes a fait plus de 1,5 million de morts entre 1915 et 1917.