Archive pour la catégorie ‘Taser’

Un pasteur américain tasé et battu par la police américaine

Jeudi 30 juillet 2009

Un pasteur américain tasé et battu par la police

Voir: Tasé et battu par la police, un pasteur américain met son arrestation en ligne

Les policiers municipaux autorisés à  utiliser le Taser

Mardi 23 septembre 2008

Les policiers municipaux autorisés à  utiliser le Taser

© AFP

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PARIS (AFP) – Un décret du ministère de l’Intérieur, publié mardi au Journal officiel, autorise l’utilisation du pistolet à  impulsions électriques (PIE) de type Taser, arme de 4e catégorie, par les policiers municipaux.

Daté du 22 septembre 2008, il complète le décret du 24 mars 2000 qui autorise les policiers municipaux à  porter des revolvers de calibre 38 spécial ou des pistolets de calibre 7,65, armes de 4e catégorie.

Après la publication de ce décret, chaque maire devra demander au préfet une autorisation individuelle pour chacun de ses policiers qu’il souhaite voir s’équiper de cette arme controversée. Les policiers municipaux devront ensuite être formés à  l’usage de cette arme comme les policiers et les gendarmes qui ont commencé à  utiliser cette arme en 2004 dont quelque 4.600 exemplaires sont en service en France.

Il y a 20.000 policiers municipaux en France.

Amnesty international France, opposée à  cette arme, souhaite « un moratoire » sur les utilisations du Taser tant qu’une « enquête approfondie et impartiale n’aura pas été menée » sur les dangers éventuels de cette arme.

Selon une étude publiée en septembre 2007 par la revue des Samu de France, l’inocuité du Taser paraît confirmée « lorsque les précautions d’utilisation sont strictement respectées ». Le Taser X-26 envoie jusqu’à  10 mètres, deux dards sur la personne visée, lui administrant une décharge de 50.000 volts avec une intensité de 2 milliampères agissant sur son système nerveux et le tétanisant quelques secondes, le temps de le maîtriser.

PROPAGANDE! Le Taser est inoffensif !

Mercredi 25 juin 2008

Le Taser : quels dangers ?

© RMC

Le Taser X26, arme non létale, équipe déjà  3 500 gendarmes et policiers. Il envoie jusqu’à  dix mètres deux dards sur un suspect, lui administrant une décharge de 50 000 volts agissant sur son système nerveux et le tétanisant quelques secondes, le temps de le maîtriser. Le Taser coùte 1500 euros l’unité et plusieurs maires de région parisienne avaient déjà  acheté ces pistolets après les émeutes d’octobre 2005.

Aujourd’hui, l’autorisation pour les policiers municipaux de porter un Taser fait débat. En effet, certaines associations, comme Amnesty International, s’inquiètent. Leïla Le Boucher-Boache, membre de la commission arme à  Amnesty international, était en direct dans Bourdin&Co pour expliquer ces craintes : « On met en avant le principe de précaution en ce qui concerne l’utilisation du Taser. Ca fait 10 ans qu’on demande une enquête indépendante sur l’innocuité ou non du Taser. C’est considéré comme une arme non létale, il y a le cas des Etats-Unis où il y a eu des morts et qui fait jurisprudence. Il y a des enquêtes contradictoires dont l’indépendance est en question. Pour nous c’est une arme létale. Ce qui nous pose problème, c’est l’état de nécessité : qu’est-ce qui définit que l’utilisation du Taser est nécessaire ou non ? Ca peut basculer en instrument de torture si son utilisation n’est pas légitime ».

Alors qu’Amnesty International demande un moratoire tant que l’innocuité prétendue du Taser n’a pas été démontrée, Antoine di Zazzo, le Directeur Général de Taser France, assure que le Taser n’est pas dangereux : « Le taux de blessure est de 0,3 pour 1 000 et ce sont des blessures bénignes, du type chute ou petite perforation si les sondes du Taser touchent la peau. Le Taser ne présente strictement aucune dangerosité, ce sont les avis de tous les médecins, notamment des études qui ont été faites en France par des médecins légistes et urgentistes. L’intensité délivrée par le Taser est de deux millièmes d’ampère, 500 fois moins qu’une guirlande de sapin de Noël et on n’a jamais vu une guirlande de sapin de Noël tuer qui que ce soit ».

Amnistie réclame un moratoire sur l’utilisation de l’arme Taser

Mercredi 25 juin 2008

Amnistie réclame un moratoire sur l’utilisation de l’arme Taser

© Canadian Press

SIMCOE, Ont. €” Un groupe de défense des droits de la personne a de nouveau réclamé un moratoire sur l’utilisation de l’arme Taser, mardi, un jour après qu’un Ontarien ayant par le passé connu de nombreux problèmes de consommation de drogue, et qui a récemment perdu son emploi et sa compagne, eut trouvé la mort en état de détention après avoir été atteint d’une décharge de ce pistolet électrique.

Jeffrey Marreel, âgé de 36 ans, est mort après que des agents de la Police provinciale de l’Ontario eurent répondu à  un appel pour troubles dans la ville de Norfolk, près de Simcoe, lundi.

A la suite de ce nouvel incident impliquant l’arme Taser – quelque 21 personnes sont mortes au Canada subséquemment à  des interventions de policiers munis de cette arme -, Amnistie Internationale Canada a réitéré son appel en faveur d’une interdiction temporaire du pistolet à  impulsion électrique, le temps que soit mené un examen indépendant des risques qu’il pourrait présenter.

Hilary Holmes, porte-parole d’Amnistie, a fait état d’études ayant démontré que le recours à  l’arme Taser contre des personnes vulnérables, incluant les toxicomanes, devait être examiné davantage.

Selon la police, Jeffrey Marreel a été transporté jusqu’au poste après avoir été atteint par une décharge électrique de Taser. Il s’est ensuite évanoui.

Des agents ont donné les premiers soins à  Marreel, avant l’arrivée de membres du personnel paramédical. Le décès de l’homme a été prononcé à  l’hôpital, moins de deux heures après l’incident.

Taser condamné à  hauteur de 6 millions de dollars pour la mort d’un homme

Lundi 16 juin 2008

Taser condamné à  hauteur de 6 millions de dollars pour la mort d’un homme

© Bellacio

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de RAIDH

Un jury fédéral accorde 6,2 millions de dollars dans le cadre d’un procès impliquant un mort par Taser

La cour fédérale de San José en Californie, a accordé 6 millions de dollars à  la famille d’un homme vivant dans la ville de Salinas mort après avoir été electrocuté à  plusieurs reprises avec des pistolets à  électrochocs Taser.

Le jury a prononcé un verdict selon lequel Taser international, entreprise basée à  Scottsdale en Arizona, était responsable de la mort de Robert Heston Junior, 40 ans.

Il est mort le 20 février 2005, un jour après que la police a utilisé des tasers contre lui près de 30 fois alors qu’ils essayaient de le maitriser chez son père.

Un ami avait appelé les urgences pour signaler qu’Heston se comportait violemment.

La cour a déclaré que Taser international n’avait pas alerté la police sur les dangers de cette arme quand elle était utilisée sur une personne sous drogue ou conjointement avec des compressions des voies respiratoires.

Une autopsie a révélé qu’Heston était mort d’une combinaison de facteurs : intoxication aux méthamphétamines, coeur hypertrophié dù à  une prise de drogue de longue durée et aux électrochocs du Taser.

(traduction RAIDH, original ci-dessous)

Source : Associated Press

Federal jury awards $6.2 million in Taser death lawsuit

06/10/08

SAN JOSE, Calif. (AP) – A federal jury in San Jose has awarded $6 million to the family of a Salinas man who died after police officers repeatedly shocked him with Taser stun guns.

The jury on Friday found that Taser International of Scottsdale, Ariz., was responsible for the death of 40-year-old Robert Heston Jr.

He died on Feb. 20, 2005, a day after police officers shocked him with tasers as many as 30 times while trying to subdue him at his father’s home. A friend had called 911 to report Heston was behaving violently.

The jury found that Taser International had failed to warn police that its stun guns could be dangerous when used on people under the influence of drugs or in conjunction with chest compressions.

An autopsy found that Heston died from a combination of methamphetamine intoxication, an enlarged heart due to long-term drug abuse, and Taser shocks.

Canada: une mère dénonce les dangers du Taser

Mardi 3 juin 2008

Canada: une mère dénonce les dangers du Taser

© Le Parisien

La mère d’un voyageur polonais, mort après avoir reçu des décharges de pistolet électrique dans un aéroport canadien, a réclamé un moratoire sur les Taser.

La mère d’un voyageur polonais mort après avoir reçu des décharges de pistolet électrique dans un aéroport canadien a réclamé jeudi un moratoire sur ces armes, affirmant que sans elles son fils serait encore en vie.

«Je sais que mon fils ne serait pas mort s’il n’avait pas été touché par un Taser et je sais qu’il ne méritait pas le traitement qu’il a subi à  l’aéroport de Vancouver», a déclaré Mme Zofia Cisowski lors d’une enquête publique sur cette affaire, dans la métropole de la côte ouest canadienne. «Je vous demande que votre rapport contienne les recommandations nécessaires pour faire en sorte qu’aucune autre mère ne connaisse la même souffrance que moi», a-t-elle ajouté la voix étranglée par un sanglot.

Son avocat, Me Walter Kosteckyj, a précisé que sa cliente demandait la mise en place d’un moratoire complet sur les pistolets électriques.

Le fils de Mme Cisowski, Robert Dziekanski, 40 ans, était mort en octobre dernier après avoir reçu des décharges de Taser, lors d’une intervention de quatre policiers, alors qu’il errait depuis des heures dans l’aéoroport de Vancouver, apparemment incapable de se faire comprendre car il ne parlait que Polonais. La diffusion d’images vidéo, prises par un passager et montrant l’intervention de la police et M. Dziekanski chutant sur le sol en criant de douleur avant de s’immobiliser, avait fait le tour du monde, provoquant stupeur et indignation en Pologne et au Canada.

Me Kosteckyj a demandé que le moratoire sur les pistolets à  impulsion électriques demeure en place jusqu’à  ce que «les inquiétudes sur la sécurité de ces armes aient reçu une réponse», et que les règles concernant leur utilisation soir redéfinies.

Le pistolet Taser peut provoquer un arrêt cardiaque, disent des experts

Mardi 3 juin 2008

Le pistolet Taser peut provoquer un arrêt cardiaque, disent des experts

© La Presse Canadienne

VANCOUVER €” Tout en reconnaissant que son utilisation est plus sécuritaire qu’une arme à  feu ou une matraque aussi bien pour la victime que pour le policier, deux experts ont prévenu mardi que l’utilisation du pistolet électrique Taser est à  même de provoquer un arrêt cardiaque.

Le cardiologue Charles Kerr et le chirurgien cardiaque Michael Janusz, tous deux de l’Université de la Colombie-Britannique, ont expliqué à  la commission d’enquête qui se penche sur l’utilisation de cette arme que le risque de provoquer un arrêt cardiaque ne doit pas être pris à  la légère.

Le docteur Janusz a ajouté que les policiers devraient être formés de manière à  pouvoir réagir immédiatement en cas d’arrêt cardiaque.

La commission d’enquête se penche actuellement sur l’utilisation générale de cette arme. Elle s’intéressera plus tard spécifiquement à  la mort de Robert Dziekanski à  l’aéroport de Vancouver l’automne dernier, quand des policiers de la Gendarmerie royale du Canada ont utilisé leurs pistolets Taser pour le contrôler.

Crise autour du Taser au Canada

Mardi 3 juin 2008

Crise autour du Taser au Canada

© MediaPart.fr

Par Jean-Paul Brodeur, directeur du Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal.

La crise du Taser a été déclenchée au Canada par la rediffusion en boucle d’une bande vidéo captée par un citoyen le 14 octobre 2007 à  l’aéroport de Vancouver. Cette bande montrait comment Robert Dziekanski, un immigrant polonais débarquant au Canada, avait reçu de multiples décharges de pistolets Taser utilisés par des policiers pour le maîtriser. Il décéda peu après cette mêlée avec la police. Ces images ont fait le tour du monde et l’on peut encore voir cette bande sur divers sites du Web.

Ce n’est pas la première fois qu’une bande vidéo captant un incident de brutalité policière a causé scandale. En mars 1991, des policiers de Los Angeles ont été filmés par un vidéaste amateur alors qu’ils rouaient de coups Rodney King, un Noir qui résistait à  son arrestation. L’acquittement subséquent de ces policiers a déclenché plusieurs jours d’émeutes dans cette ville.

Cet incident a donné une forte impulsion au groupe COPWATCH, créé en 1990 à  Berkeley, en Californie. Cet organisme, qui opère maintenant partout aux États-Unis, patrouille dans les quartiers chauds avec des caméras et filme également l’action policière au cours de manifestations. En mai dernier, deux policiers de Montréal qui avaient procédé à  l’arrestation mouvementée d’une jeune femme toxicomane ont été acquittés. Cet incident avait été filmé trois ans auparavant par la caméra de l’hélicoptère d’une chaîne de télévision qui donnait des indications sur l’état de la circulation automobile à  l’heure de pointe.

Il n’y a pas que la police qui soit filmée en flagrant délit. Lors d’émeutes qui ont suivi une victoire de club de hockey de Montréal en avril 2008, de jeunes émeutiers ont été filmés en train de briser des vitrines et de mettre le feu à  des voitures de police. La police a ensuite perquisitionné les locaux occupés par ces chaînes de télévision pour se procurer les images qui n’avaient pas été projetées, afin d’instruire des poursuites contre les casseurs.

Il n’y a même pas besoin d’être professionnel pour faire du reportage. Les jeunes se filment eux-mêmes en utilisant leur téléphone portable quand ils se livrent à  la casse. Ils postent les bandes vidéo ainsi produites sur le Web, où leurs amis et les autres utilisateurs de l’Internet peuvent les visionner.

Ces phénomènes participent d’une évolution sociale majeure. On peut tenter d’en rendre compte en utilisant la notion de contrat social. Avant d’être utilisée par Rousseau, cette notion fut articulée par Thomas Hobbes. Hobbes vécut en Angleterre pendant le 17e siècle et il fut témoin des grandes violences qui accompagnèrent la guerre civile dévastant son pays.

C’est Hobbes qui reprit un proverbe latin initialement utilisé par Plaute dans son théâtre : l’homme est un loup pour l’homme. Ce proverbe épinglait la férocité qui prévalait en Angleterre. Afin de trouver une issue à  la « guerre de tous contre tous », Hobbes imagina un contrat social par lequel les citoyens cédaient leur droit respectif d’user de la violence les uns contre les autres à  un souverain unique. Disposant ainsi d’un monopole de la force, le souverain devait en user pour garantir la paix et la sécurité de ses sujets. Hobbes et les autres théoriciens du contrat social devaient par la suite préciser la base et les modalités du contrat social, notion dont on n’a pas encore épuisé la richesse.

Bien que la force demeure un ressort essentiel de l’exercice de la souveraineté, ce dernier est également adossé à  la surveillance. Dans 1984, Georges Orwell nous a fourni la description troublante d’une société à  surveillance maximale, dominée par la figure emblématique d’un Souverain qui se désigne lui-même comme notre « grand frère » (Big Brother). Les sociétés démocratiques n’ont pas connu les excès du stalinisme qui servit de modèle à  Orwell. On pourrait imaginer que ces excès ont été évités grâce à  l’établissement d’un pacte de surveillance entre le souverain et ses sujets, dont les dispositions pourraient être calquées sur le contrat social. Suivons cette piste pour voir où elle nous mènera.

La situation précédant l’établissement du pacte constituerait l’équivalent de la guerre de tous contre tous décrite par Hobbes. Autrement dit, chacun surveille chacun et « l’homme est un œil pour l’homme ». Comme cet état de surveillance généralisée est perçu comme insupportable, on tente donc d’en sortir par un pacte de surveillance analogue au contrat social. Les individus transfèrent donc au souverain leur droit respectif de surveillance en espérant qu’il exercera son monopole de la surveillance au profit de la tranquillité collective. Ce transfert crée une situation caractérisée par trois traits. La surveillance n’est orientée que dans un sens : elle est exercée à  partir de l’État vers le citoyen. On dira donc qu’elle est unidirectionnelle. Second trait, la surveillance est asymétrique : le surveillant n’a pas le même statut que le surveillé et le dépasse par sa puissance. La surveillance est donc perçue une agression contre la vie privée et il faut en restreindre l’étendue par l’établissement d’un pacte limitatif. Le pacte établit un cadre où la surveillance est exercée autant que cela est possible dans le respect de la vie privée, les violations de la vie privée étant autorisées par les impératifs de la tranquillité commune.

Dans le cadre de ce pacte, la surveillance est unidirectionnelle. Par exemple, seul l’État peut utiliser légalement des dispositifs d’interception des communications. Dans ce même cadre, la surveillance constitue également une relation asymétrique où l’agent de la surveillance est une entité collective disposant de pouvoirs disproportionnés. De cette disproportion suit le troisième trait de ce modèle de surveillance : l’information qui est recueillie par le « grand frère » est gardée par lui secrète.

Même s’il est en fait aussi fictif que le contrat social (qui ne fut jamais signé par personne), le « pacte de surveillance » est un artifice qui nous permet de faire émerger les présupposés actuels de l’exercice de la surveillance. Il permet surtout de montrer qu’il n’est maintenant aucun de ces présupposés qui ne soit pas remis en cause. En effet, le monopole de l’État sur la surveillance ne lui est concédé que dans un but limitatif. Dans plusieurs pays, comme le Canada, la surveillance électronique (acoustique et vidéo) est soumise au contrôle des tribunaux. Depuis 1976, les organes de l’État canadien doivent solliciter une autorisation judiciaire pour se servir d’un dispositif de surveillance; le ministre de la Sécurité publique est en outre obligé de faire annuellement rapport sur le nombre des autorisations accordées ou refusées par les juges.

De 1976 à  2006, plus de 17,500 autorisations ont été accordées par les tribunaux canadiens, toutes agences de police confondues. Une seule autorisation peut permettre l’interception des communications de tout un groupe de personnes. Pendant cette période de 30 ans, les policiers n’ont essuyé que 16 refus, soit moins d’un refus pour plus de mille demandes. Depuis 1994, les policiers ont sollicité 207 autorisations de surveillance vidéo clandestine, essuyant seulement deux refus. Pour l’essentiel, les juges se comportent comme des pharmaciens qui diligentent assidùment les prescriptions de la police. Au Royaume-Uni, le dernier rapport du Commissaire à  l’information soulignait qu’en 2006, il existait une caméra opérant en circuit fermé (CCTV) pour 14 citoyens britanniques. C’est encore trop peu : New Scotland Yard s’est plaint récemment que les images captées par ces caméras n’avaient servi à  élucider que 3% des vols avec violence perpétrés dans la rue (The Guardian, 6 mai 2008).

Cette laxité des contrôles sur la police n’ébranle toutefois les raisons d’être du pacte de surveillance que de façon mineure en comparaison des rudes secousses produites par la massification des technologies d’enregistrement et son impact sur les habitus. La nécessité d’établir un tel pacte limitatif reposait sur la croyance que la surveillance était une agression que les gens ne souhaitaient pas subir. Or, il y maintenant de nombreuses présomptions à  l’effet que cette croyance est douteuse. Un premier faisceau d’indices tient à  la fascination de la célébrité. Lorsque le peintre étasunien Andy Warhol déclara en 1968 que dans le futur chacun jouirait d’une célébrité mondiale pendant quinze minutes, il s’est révélé plus perspicace que bien des sociologues. La prédiction ne s’est pas encore réalisée comme telle, mais il devient de plus en plus clair que Warhol a débusqué un désir de reconnaissance largement répandu. Chacun n’a pas encore joui de son quart d’heure de célébrité, mais tous y aspirent. D’où un ensemble de comportements qui ont pour fin de produire une mise en scène de soi destinée au public le plus large possible. Ces comportements vont des communications sur téléphone portable où l’on hurle le détail de sa vie privée et conduisent jusqu’aux séances de déshabillage sur le Web, auxquelles se livrent des ados piégés par des pornocrates. Ils passent aussi par les dossiers qu’on monte sur soi-même et qu’on met publiquement en ligne pour constituer son « réseau social » (FaceBook, MySpace et autres). Il y a toutefois un autre motif que l’exhibitionnisme qui pousse à  la collaboration dans la surveillance. C’est le calcul rationnel utilitaire. Au Canada, des passagers qui voyagent fréquemment en avion affirment vouloir s’empresser d’acquérir une carte chargée de leurs données biométriques afin de gagner du temps à  l’embarquement.

Sur fond de la volonté persistante d’être reconnu, ce sont les trois autres composantes du pacte de surveillance qui se sont dissoutes. Comme le montrent les illustrations présentées au début de cet article, la surveillance n’est plus exclusivement orientée de l’État vers les citoyens et n’est plus par définition unidirectionnelle. Ce serait simplifier la situation que de soutenir que la surveillance est maintenant devenue polycentrique. Avec les changements technologiques qui font de tout utilisateur d’un téléphone portable un vidéaste en puissance, ce sont les yeux de tous qui sont braqués sur tous, l’idée même de centration étant soumise à  une dispersion désordonnée. Cette multiplication exponentielle des surveillants compense la différence de pouvoir entre les surveillants au service de l’État ou de la grande entreprise et les observateurs individuels, qui par ailleurs se regroupent de plus en plus dans des organisations comme COPWATCH ou STATEWATCH. Cette restructuration des relations asymétriques caractéristiques de l’ancien cadre de surveillance multiplie les oppositions symétriques de pouvoir. L’asymétrie étant remise en question, son corollaire l’est également. Les produits de la surveillance ne sont plus accumulés sous le sceau du secret mais sont ouvertement divulgués.

On aura compris que l’expression « pacte de surveillance » a été utilisée pour désigner un modèle de surveillance. Selon ce modèle, la surveillance est désavouée, unidirectionnelle, asymétrique et secrète. Dans le nouveau modèle, la surveillance est voulue, dispersée, réciproque et affichée. Poussons le raisonnement jusqu’au bout : ce nouveau modèle n’en est plus un de surveillance. C’est un modèle de signalement où les signaux sont indéfiniment répercutés. Une société du signalement et de la mise en scène de soi constitue une régression en deçà  de ce qui fut le « pacte de surveillance ». La société du signalement est une réinvention par l’artifice technologique d’un état de nature factice où l’homme a le mauvais œil pour l’homme, en attendant de se le mettre sous la dent. Sans renoncer à  penser la surveillance, il faut se hâter de trouver les lignes de force de la société du signalement et d’examiner si elles ne pourraient pas être l’enjeu d’un nouveau contrat régulateur.