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L’arrestation de Radovan Karadzic et la complicité de l’Occident dans la guerre civile bosniaque

Samedi 2 août 2008

L’arrestation de Radovan Karadzic et la complicité de l’Occident dans la guerre civile bosniaque

© WSWS

La capture du leader serbe Radovan Karadzic a provoqué un torrent de distorsions historiques rappelant la propagande employée pour justifier l’intervention des Etats-Unis et de l’OTAN en ex-Yougoslavie et masquer le rôle des puissances occidentales dans l’éclatement de la fédération.

Karadzic fut président de la République serbe de Bosnie (Republika Srpska, RS), chef du Parti démocratique serbe et commandant suprême de l’armée serbe de Bosnie. Il fut condamné en 1995 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) sur 13 chefs de génocide et autres crimes de guerre qui auraient été commis durant la guerre de Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. Il a aussi été condamné pour sa responsabilité pour le bombardement, durant 44 mois, de la capitale Sarajevo et le massacre de 8000 musulmans bosniaques à  Srebrenica.

Karadzic a disparu après la signature des accords de paix de Dayton en novembre 1995 qui mirent fin à  la guerre en Bosnie et partitionnèrent la République de l’ex-Yougoslavie en deux entités ethniques distinctes : la République serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie-Herzégovine (l’accord croato-musulman).

Il a été arrêté lundi le 21 juillet dans la capitale serbe de Belgrade où il se faisait passer pour Dragan Dabic, un spécialiste en médecine alternative. Les circonstances entourant sa capture demeurent floues. Son avocat affirme qu’il fut arrêté le vendredi précédent dans un autobus près de la capitale et tenu au secret durant le week-end.

Les rapports indiquent que les services de renseignement occidentaux auraient joué un rôle et que la capture de l’ancien chef de police serbe en Bosnie, Stojan Zupljanin, en juin avait révélé de nouvelles informations. D’autres suggèrent que ses allées et venues étaient connues depuis un certain temps mais que l’on a procédé à  son arrestation seulement après le congédiement du chef de l’Agence de l’Information de la Sécurité, Rade Bulatovic, par la nouvelle coalition pro-occidentale dirigée par le président Boris Tadic du Parti démocrate. Le ministre de l’Intérieur, Ivica Dacic, qui est aussi dirigeant du Parti socialiste de l’ancien président Slobodan Milosevic, a nié que des responsables de son ministère avaient pris part à  son arrestation.

L’arrestation de tous ceux condamnés par le TPIY, y compris Karadzic et le commandant serbe de Bosnie Ratko Mladic, est un pré-requis à  l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne, ce qui fut la principale plateforme sur laquelle le nouveau gouvernement a fait campagne.

Après que le TPIY n’a pas été en mesure de fournir de véritables preuves quant à  la responsabilité directe de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic pour les crimes terribles perpétrés durant les guerres civiles en Yougoslavie dans les années 1990, tous les yeux se sont tournés vers Karadzic.

« C’est un jour très important pour les victimes qui ont attendu cette arrestation depuis plus de dix ans », a affirmé le procureur Serge Brammertz. « C’est aussi un jour important pour la justice internationale, car c’est la démonstration claire que personne n’est au-dessus de la loi et que tôt ou tard tous les fugitifs seront traduits en justice. »

Secrétaire d’Etat et conseiller spécial aux Affaires yougoslaves dans l’administration du président George H.W. Bush entre 1989 et 1992, Lawrence Eagleburger a déclaré : « Je crois qu’il est l’un des derniers d’une bande de scélérats à  être encore en liberté. Il n’est pas le seul mais il est probablement, avec l’arrestation et par la suite la mort de Milosevic, l’homme qui mérite le plus d’être capturé et puni. »

L’ancien ambassadeur Richard Holbrooke, qui a supervisé les accords de Dayton, a attaqué Karadzic comme quelqu’un « dont la défense enthousiaste du nettoyage ethnique mérite une place spéciale dans l’histoire ».

Ancienne secrétaire d’Etat sous le président Bill Clinton, Madeleine Albright a commenté au sujet de l’arrestation de Karadzic : « Je crois qu’il s’agit d’un grand événement, un tournant décisif. Cela aurait dù arriver beaucoup plus tôt, mais le fait que cela soit maintenant réalité est très important pour le peuple de la Bosnie et ceux qui ont souffert des politiques de Karadzic. »

Il n’y a aucun doute que Karadzic a joué un rôle majeur dans les développements politiques qui ont fait éclater la guerre civile en Bosnie, mais le fait que les médias et les politiciens occidentaux le présentent comme le tout-puissant « Boucher de le Bosnie », qui a dirigé la destruction du délicat équilibre ethnique, est absurde.

Ce qui est complètement absent de cette version de l’histoire récente de la Yougoslavie est le rôle décisif joué par les principales puissances impérialistes, particulièrement les Etats-Unis et l’Allemagne, qui ont délibérément orchestré le démembrement du pays avec une indifférence complète face aux conséquences tragiques inévitables de leur intervention. Il n’y a pas non plus de mention des politiciens nationalistes et communautaristes qu’ils ont cultivés, comme le président croate Franjo Tudjman ou le leader bosniaque musulman Alija Izetbegovic, qui étaient coupables autant que Karadzic.

La Yougoslavie, telle qu’elle est sortie de la Deuxième guerre mondiale, était le produit d’un mouvement populaire contre l’occupation nazie et les forces royalistes serbes tchetnik, mené par Josip Broz (Tito) et le parti communiste yougoslave. Tito a établi une fédération avec un équilibre délicat entre des groupes et des régions ethniques disparates. Dans les circonstances historiques spécifiques de la Guerre froide, Tito fut en mesure, pendant un certain nombre d’années, de manœuvrer entre les Etats-Unis et l’Union soviétique tout en maintenant une fédération unifiée basée sur des garanties constitutionnelles aux différents éléments ethniques – serbes, croates, musulmans bosniaques, kosovars albanais, etc.

Karadzic est né au Monténégro en juin 1945, mais il a grandi sans voir son père qui avait été enfermé par le régime Tito pour avoir combattu avec les Tchetnik. En 1960, Karadzic a étudié à  l’Université de médecine de Sarajevo et a fréquenté l’Université Columbia de New York de 1974 à  1975 afin de réaliser des travaux avancés de psychiatrie. En 1985, il fut emprisonné avec son proche ami, Momcile Krajisnik (qui sera plus tard orateur à  l’Assemblée serbe), pour avoir détourné des fonds de l’État dans le but de construire des maisons pour eux.

Karadzic est tombé de plus en plus sous l’influence de l’écrivain serbe Dobica Cosic, un propagandiste pour le régime de Tito qui est devenu le chef du renouveau du mouvement national serbe et qui fut glorifié comme étant le « Père de la nation serbe ». Karadzic est devenu le protégé politique de Dobric, mais il aurait probablement joué un rôle mineur en politique n’eut été l’éclatement de la fédération yougoslave.

Les origines de son démembrement, à  la fin des années 1980 et au début des années 1990 sont directement liées à  l’impact des politiques dictées par les puissances occidentales et imposées par les programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le but de l’Ouest était de démanteler l’économie dirigée par l’État et de ramener la domination économique du capital international sur la Yougoslavie.

La pression de l’Ouest a contribué à  la montée en flèche de l’inflation et à  d’énormes pertes d’emplois, qui ont provoqué des grèves et d’autres protestations de masse par la classe ouvrière yougoslave. Tentant de détourner la lutte des classes, les bureaucrates ex-staliniens ont fait la promotion des sentiments nationalistes tout en rivalisant pour obtenir l’appui des gouvernements occidentaux.

Avant la tenue d’élections multipartites en Bosnie en novembre 1990, trois partis à  base ethnique avaient été formés. Aux côtés du Parti démocrate serbe (DS) mis sur pied par Karadzic, Krajisnik et Biljana Plavsic, qui devint le vice-président de la République serbe de Bosnie, se trouvait le Parti musulman de l’Action démocratique (SDA) d’Izetbegovic et la Communauté croate démocrate (HDZ). Le SDA remporta la majorité des sièges à  l’Assemblée, suivi par le DS et le HDZ. Les sièges qui restaient étaient divisés entre d’autres partis, incluant l’ancien parti communiste.

Les tensions ethniques qui s’étaient développés allaient exploser avec l’effondrement de l’URSS et la réunification de l’Allemagne en 1991. La position géopolitique de la Yougoslavie en tant que rempart contre une poussée soviétique dans la Méditerranée avait changé. Un impérialisme allemand résurgent a vu ses intérêts dans les Balkans – qui font historiquement partie de la sphère d’influence de l’Allemagne – mieux servis par la promotion de la sécession de la Slovénie, la région yougoslave la plus prospère et ensuite, la Croatie.

C’était inévitable, en tenant compte de l’histoire et de la politique de la Yougoslavie, qu’un démembrement petit à  petit de la fédération mènerait à  une guerre civile. La sécession des provinces priva soudainement les minorités ethniques des protections constitutionnelles dont elles avaient pu bénéfiicer sous la fédération. La création de nouveaux Etats-nations basés sur le nationalisme ethnique mena au « nettoyage ethnique. »

Le gouvernement américain, après s’être d’abord opposé à  la dissolution de la Yougoslavie, a changé sa stratégie afin de promouvoir son hégémonie sur les anciens pays du bloc de l’Est maintenant ouverts à  l’exploitation capitaliste. Il est devenu le principal commanditaire de l’indépendance, d’abord de la Bosnie puis du Kosovo, et a ciblé la Serbie, qui défendait un état unitaire dont elle était la partie la plus puissante. Les Etats-Unis se sont opposés au nettoyage ethnique seulement lorsqu’il était pratiqué par les Serbes, tout en soutenant la Croatie, la Bosnie et les Albanais du Kosovo quand ils poursuivaient des objectifs identiques par les mêmes méthodes sanglantes.

En avril de cette année, l’ancien chef de l’Armée de libération du Kosovo et ex-premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, a été acquitté des accusations de crimes de guerre commis contre des Serbes au Kosovo en 1998. Les procureurs du TPIY, qui veulent un nouveau procès, ont affirmé que deux témoins cruciaux ne sont pas venus à  la Haye pour témoigner contre l’accusé parce qu’ils craignaient pour leur sécurité, et la cour a elle-même dit que le procès s’était déroulé « dans une atmosphère où les témoins ne se sentaient pas en sécurité ».

Le mois dernier, l’envoyé spécial américain en Croatie de 1993 à  1995, Peter Galbraith, a nié que l’offensive de 1995 connue sous le nom d’opération Tempête, qui a chassé 200 000 Serbes de la région croate de Krajina, était du « nettoyage ethnique ». Galbraith comparaissait devant le TPIY dans le procès de généraux croates, y compris Ante Gotovina, accusés de crimes de guerre contre des Serbes commis par des troupes sous leur commandement pendant l’opération militaire. Galbraith a indiqué que le gouvernement américain avait pris une « attitude compréhensive » envers l’opération Tempête, mais a insisté qu’il n’aurait pas demandé à  Washington « de donner le feu vert » s’il pensait que Tudjman avait l’intention de chasser les Serbes. Plus tôt dans son témoignage, Galbraith a admis que Tudjman et ses associés ont voulu « un pays ethniquement propre ».

En raison de la guerre de juin 1991 qui a éclaté en Slovénie et en Croatie après que les deux républiques aient déclaré leur indépendance, le chaos a englouti la Bosnie. Le SDA a mené une agitation fébrile pour l’indépendance de la Bosnie tandis que le Parti démocrate voulait que la Bosnie reste au sein de la Yougoslavie. En l’espace de quelques mois, Izetbegovic tenait un référendum sur l’indépendance, qui a été approuvé par deux-tiers de la population mais boycotté par les Serbes. De leur côté, les Serbes avaient formé leur propre Assemblée serbe bosniaque, qui proclama « la république serbe de la Bosnie » et créa une armée commandée par Ratko Mladic. La guerre civile était devenue quasiment inévitable.

Srebrenica fut la scène du massacre d’environ 8000 hommes et garçons bosniaques en juillet 1995 par des unités de l’Armée de la république serbe sous le commandement de Mladic – officiellement le plus grand assassinat de masse en Europe depuis la deuxième guerre mondiale.

Srebrenica avait été désignée « secteur sùr » par les Nations Unies et était alors protégée par 200 soldats hollandais. Elle est devenue une base pour l’Armée musulmane bosniaque (ABiH) d’où elle lançait des attaques contre les forces serbes. Quand les forces de Mladic sont entrées dans la ville le 11 juillet, elles ont massacré une colonne comportant principalement des hommes essayant de fuir Tuzla sans faire de distinction entre les soldats de l’ABiH et les civils.

Les procureurs du TPIY devront maintenant prouver la responsabilité de Karadzic en tant que commandant pour les crimes commis pendant la guerre civile. L’année dernière, la Cour internationale de Justice a jugé que des forces de la république serbe avaient commis un génocide, mais seulement dans le cas de Srebrenica, et non ailleurs dans la guerre bosniaque. Jusqu’ici, le tribunal a seulement prouvé le génocide contre deux Serbes bosniaques pour participation directe au massacre de Srebrenica. Il a été incapable de prouver l’accusation de génocide contre Krajisnik, coaccusé avec Karadzic.

Karadzic : un agent britannique pour détruire l’espoir de 1989

Lundi 28 juillet 2008

Karadzic : un agent britannique pour détruire l’espoir de 1989

© Solidarité & Progrès

25 juillet 2008 (LPAC) – Le criminel de guerre serbe Radovan Karadzic était un psychiatre chevronné, rompu aux techniques de guerre psychologique et de lavage de cerveau développées par l’Institut Tavistock, une des officines de la politique d’empire britannique. C’est ce que révèle le quotidien italien Libero, qui cite un rapport de l’Executive Intelligence Review (EIR) de 1993 sur l’orchestration britannique de la guerre des Balkans au début des années 1990, afin de couper l’élan provoqué par la réunification allemande et le projet d’infrastructures à  grande échelle en Europe et vers l’Eurasie, tel que LaRouche l’avait proposé dans ses projets de « Triangle productif » et de « Pont terrestre eurasiatique ».

Dans son édition du 24 juillet, Libero explique que l’arrestation de Karadzic est le fruit d’un accord entre les services de renseignement américains, serbes, russes et britanniques. C’est dans ce contexte qu’est cité l’article de l’EIR montrant que Karadzic était un agent britannique.

« D’après l’Executive Intelligence Review, la connexion britannique se trouve dans un institut freudien spécialisé dans les techniques de guerre psychologique et de lavage de cerveau de masse. En tant qu’étudiant à  l’Université de Columbia à  New York, le jeune psychiatre a appris certaines doctrines du Tavistock qu’il a ensuite fini par appliquer pendant la boucherie des Balkans. Mais pas seulement : selon l’EIR, l’offensive serbe de 1989 contre la Croatie et la Bosnie s’est faite avec l’approbation du gouvernement britannique de Margaret Thatcher, et avec le soutien logistique appuyé du renseignement britannique. De plus, Karadzic avait une relation privilégiée avec Lord David Owen, l’un des médiateurs britanniques pendant la guerre des Balkans. Et la connexion américaine est encore plus étroite. Karadzic était persuadé qu’il ne se retrouverait jamais devant la cour de La Haye car il était protégé par un accord scellé avec un diplomate américain, Richard Holbrooke, l’organisateur des accords de Dayton [entre serbes, croates et bosniaques aux Etats-Unis en 1995 - ndlr]. Cette information a été confirmée par le maire de Trebinje, Bozidar Vucurevic, ancien collaborateur du dirigeant serbo-bosniaque. »

Sur l’arrestation de Karazdic et le TPIY

Samedi 26 juillet 2008

Sur l’arrestation de Karazdic et le TPIY

© Alter Info

karazdic

Le TPIY s’est complètement discrédité (source au sein de la diplomatie russe)

MOSCOU, 25 juillet – RIA Novosti. La partialité du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a fini par lui ôter tout crédit, a confié à  l’agence RIA Novosti une source au sein du ministère russe des Affaires étrangères (MID).

« Les informations provenant du TPIY attestent que cette juridiction s’est complètement discréditée » aux yeux de la communauté internationale, a affirmé la source qui a souhaité conserver l’anonymat. « La tendance du tribunal à  punir uniquement les Serbes est devenue une règle après l’acquittement de Naser Oric, commandant bosniaque des Forces armées de Srebrenica qui ont massacré au moins 1.500 Serbes », a constate l’interlocuteur de l’agence.

La Russie insiste pour que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie achève ses travaux avant 2010, comme cela est prévu par la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour le TPIY. Selon Moscou, la relaxe prononcée à  l’égard du Bosniaque Naser Oric, accusé de crimes contre les Serbes lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine de 1992-1993, constitue un argument de plus en faveur de la fermeture du TPIY.

Tout donne à  penser qu’un autre prévenu bosniaque, le chef d’état-major de l’armée des Musulmans de Bosnie-Herzégovine Rasim Delic, sera également acquitté. Son procès dure depuis juillet 2007.

Delic est l’un des rares Musulmans de Bosnie à  avoir été traduit devant le tribunal de La Haye pour les crimes commis au cours de la guerre de Bosnie en 1992-1995. L’ancien chef militaire est accusé d’infraction aux règles et aux coutumes de la guerre, notamment de meurtres, de viols et de traitement cruel de prisonniers. Ces crimes ont été perpétrés par des mercenaires étrangers de la division El Moudjahid placée sous son commandement.

Deux épisodes constituent les chefs d’accusation contre Delic: le massacre de 23 prisonniers croates en juin 1993 et les exécutions massives des Serbes dans le camp de Kamenica, en septembre 1995, soit à  une époque où les hostilités avaient déjà  pris fin. Les prisonniers serbes ont été décapités par les islamistes de la division El Moudjahid.

Bien que les charges pesant contre Delic soient extrêmement graves, le TPIY a laissé entendre qu’il serait acquitté, a souligné l’interlocuteur de l’agence.

Une relaxe sera sans doute prononcée à  l’égard du général croate Ante Gotovina, inculpé de violences à  l’égard de Serbes de Krajina durant l’été 1995. Quoi qu’il en soit, les audiences seront présidées par un magistrat néerlandais qui a déjà  relaxé plusieurs criminels de guerre musulmans accusés de meurtres de Serbes.

Si les procès contre MM. Delic et Gotovina aboutissent à  leur acquittement, la tendance antiserbe du tribunal de La Haye pour l’ex-Yougoslavie sera évidente pour tout le monde, estime la source au sein du MID russe.

L’arrestation de Karadzic : l’étrange façon de Belgrade d’entrer dans l’Union Européenne

ANDREI FEDYASHIN, Ria-Novosti, 24 juillet 2008

Le TPIY de La Haye a finalement eu son autre prisonnier de première catégorie : sous garantie de La Haye, l’ex-chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été arrêté en Serbie.

Les descriptions des circonstances de son arrestation sont contradictoires : certains disent qu’il a été arrêté à  Belgrade le soir du 18 juillet, d’autres qu’il a été capturé le soir du 21. Son avocat soutient qu’il a été arrêté le 18, tenu au secret sans aucun avis d’accusation, empêché de pouvoir rencontrer son défenseur, en violation des règles de procédure, et que son arrestation est par conséquence illégale ; et que Karadzic doit être relâché. Mais ceci n’est pas le problème. Quand l’arrestation d’un personnage de telle envergure arrive, ceci équivaudrait à  couper les cheveux en quatre.

Et les conjectures sur la possibilité que Karadzic soit jugé en Serbie et non pas à  La Haye sont vaines. Pour le nouveau gouvernement pro-occidental du Président Tadic et du Premier ministre Tsetkovic, garder Karadzic en Serbie n’a pas de sens et peut même être dangereux.

Comme tous les plus grands protagonistes dans le drame décennal sanglant de la désintégration de la Yougoslavie, l’ex-psychiatre sexagénaire, poète et chef des Serbes de Bosnie est une figure hautement polarisante. Pour la majorité des Serbes de Bosnie et de nombreux Serbes en Serbie, il est un héros, un combattant consciencieux pour la terre et les droits des Serbes. Pour les musulmans de Bosnie et les Croates c’est le diable en personne, dont les mains sont pleines de sang. Richard Holbrooke, le diplomate étasunien qui élabora les accords mettant fin à  la guerre de Bosnie, l’a décrit en apprenant son arrestation comme « l’Ossama Ben Laden européen ».

L’on pourrait se demander si les autorités serbes sont en train de faire quelque chose de juste, si elles sont pro-occidentales, pro-slaves, vraiment serbes ou traîtres, mais, laissant de côté leur émotivité, les actuels président et gouvernement de Serbie n’ont pas d’autre choix que de remettre Karadzic au TPIY. Tous les deux se sont déclarés pro-européens pendant leurs campagnes électorales, et ne peuvent conquérir un accès à  l’Europe sans coopérer avec le TPIY pour la capture des « crapules ». Si l’on considère la situation de l’économie serbe (de laquelle les incursions de l’Otan sont en partie responsables) , l’avenir serait ardu sans l’assistance de l’Union Européenne : un rejet politique entre ex-frères et sœurs yougoslaves qui ont déjà  adhéré ou sont en train de le faire à  l’Europe et à  l’Otan. La Serbie n’a eu personne sur qui s’appuyer.

Il est très clair dans ce qu’on voit se développer en Serbie et au Kosovo que personne n’est en train d’amener la Russie dans les Balkans. Et, reconnaissons- le, la Russie elle-même a abandonné la Yougoslavie et la Serbie si durement (d’abord sous Gorbatchev et ensuite Eltsine) que peu de Serbes peuvent sérieusement croire dans son aide. Qu’est-il arrivé au fameux dit-on serbe « Dieu est au ciel, la Russie sur la terre » ? Dans tous les cas, les temps changent, et nous devons être plus circonspects pour soutenir nos frères slaves serbes.

Nombre de lances ont été rompues et nerfs mis à  vif aux Nations Unies sur le soutien au Kosovo, mais maintenant Belgrade souhaite à  nouveau la bienvenue aux ambassadeurs de tous les pays occidentaux qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo. On n’affiche plus de rancoeur à  leur égard. Belgrade est sur le seuil de l’Union Européenne. Elle frappera aussi à  la porte de l’Otan, ce n’est qu’une question de temps. La Russie se retrouvera encore seule avec sa position de principe pour soutenir des intérêts qui ne sont pas nos intérêts. Les principes sont tous très bons pourvu qu’ils naissent naturellement, qu’ils produisent des fruits et rendent notre position attrayante…

L’arrestation de Karadzic est arrivée au même moment que la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’Ue à  Bruxelles où se discutait la question de l’admission de la Serbie ; l’Ue a posé comme condition pour cette admission la capture de Karadzic et de son chef militaire le général Mladic. Manuel Barroso a dit que c’était très important pour les ambitions européennes de la Serbie. Le représentant de la politique étrangère et de la sécurité européenes, Javier Solana, a, lui, exprimé le souhait qu’après l’arrestation le TPIY apprécie la « pleine collaboration » de Belgrade et donne son feu vert à  l’accord clé entre l’Union et la Serbie. « Je dois encore parler avec le procureur du TPIY mais je suis certain qu’il confirmera cette pleine coopération ». Voilà  un bien étrange échange : un billet d’entrée en Europe contre une arrestation.

D’aucuns se demanderont, cependant, pourquoi les présumés crimes commis par Karadzic ont été établis a priori, avant le procès. Karadzic a été accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité en 1995 (la guerre en Bosnie a duré de 1992 à  1995), et le mandat d’arrêt contre lui a été lancé le 24 juillet 1996. Ni Karadzic, ni Milosevic, qui est mort sous la garde du TPIY en 2006, n’étaient des anges. Les guerres civiles ne produisent pas des anges. Au contraire, les conflits ethniques artificiellement fomentés, dans lesquels les balles sont le dernier argument, ont toujours été particulièrement brutaux. Quand une partie seulement est constamment accusée d’atrocités, se pose la question : la Justice est-elle vraiment impartiale ? Les Serbes de Bosnie-Herzégovine furent accusés de « séparatisme » et d’avoir déclenché une guerre, mais à  la fin la Bosnie a du être divisée en deux parties, musulmane-croate et serbe.

Karadzic est accusé d’avoir organisé et encouragé le massacre des musulmans à  Srebrenica. Mais personne ne connaît exactement le nombre de personnes qui sont mortes et si c’est là  qu’elles ont été tuées. Les journaux occidentaux citent différents chiffres : 6.000, 7.000, 8.000. Le cimetière mémorial de Srebrenica a 2907 tombes. C’est épouvantable. Le nombre de réfugiés est atroce, il oscille entre 1 et 2 millions. Le problème et le malheur du TPIY sont qu’il a beaucoup de mal à  trouver des témoins. Il ne possède rien de semblable aux institutions juridiques nationales, alors il utilise les canaux d’information publique, et en particulier les organes de presse. A propos, l’acte d’accusation de Karadzic ne mentionne jamais le nombre des victimes.

Voilà  bien un très étrange procès que celui où quelqu’un est déclaré coupable dès le début. Nombre de ceux qui sont accusés ou poursuivis sont des Serbes. Les criminels des autres nationalités sont peu nombreux et sont loin, les Serbes plus de 90%.

Version italienne de Federico Robert i publiée vendredi 25 juillet 2008 par Eurasia
http://www.eurasia- rivista.org/ cogit_content/ articoli/ EkEyAlFpFFUvLhHu Sf.shtml
Source Ria-Novosti, 24 juillet 2008
http://en.rian. ru/analysis/ 20080724/ 114822310. html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Karadzic, le cauchemar n’est pas fini

Danilo Zolo, 25 juillet 2008, Eurasia

L’arrestation de Radovan Karadzic a été accueillie triomphalement comme une grande et inattendue victoire de la justice internationale. C’est la fin d’un cauchemar pour les membres du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie et ceux qui le soutiennent. Et ça l’est pour tous ceux qui n’oublient pas les tragédies de la guerre de Bosnie-Herzégovine et, en particulier, du massacre de Srebrenica en juillet 1995. Finalement, après treize années de contumace, on déclare qu’un féroce criminel, souvent stigmatisé comme « bourreau de Srebrenica » et « boucher des Balkans » (par les médias étasuniens et occidentaux, NdT), sera enfin jugé et condamné à  la réclusion à  perpétuité.

Tout le monde attend à  présent que l’Europe fasse pression sur le gouvernement serbe et sur le Président Boris Tadic pour qu’ils collaborent, en accélérant le processus d’adhésion de la Serbie à  l’Union européenne.

Mais le processus est encore suspendu dans l’attente d’une pleine coopération de la police serbe avec l’activité d’investigation du Tribunal de La Haye. Et l’Ue fait dire que « cela ne suffit pas ». Attitude qui, pour le moins, peut se transformer en boomerang pour le gouvernement de Belgrade qui a permis l’arrestation.

Il serait ingénu ou aveuglément partisan de nier les graves responsabilité s politiques que Karadzic a eues dans le processus sanglant de démembrement de la Fédération yougoslave et de la Bosnie en particulier. Et l’on ne peut pas nier que les crimes qu’il a très probablement commis méritent d’être prouvés et punis. Mais tout cela n’efface pas certains aspects gravement négatifs de l’ensemble de l’affaire qui jettent une ombre pesante sur le rôle que l’Europe, l’Otan et le Tribunal de La Haye ont joué dans les Balkans à  partir du début des années 90.

On ne peut pas ignorer, avant tout, qu’une fois de plus, dans les Balkans, le rôle de l’Europe –dans ce cas soutenue par les Etats-Unis- a été d’exaspérer le nationalisme, de favoriser la fragmentation des ethnies et de leurs structures politiques, et d’aggraver la dépendance de leurs économies vis à  vis de l’étranger. On a réitéré la logique des stratégies impériales qui des siècles durant ont dominé la « question d’Orient », depuis l’expansionnisme de la Russie tsariste et de l’Autriche habsbourgeoise jusqu’à  l’invasion de la Yougoslavie par les troupes fascistes et nazies pendant la Seconde guerre mondiale.

La « Guerre humanitaire » déclanchée au printemps 1999 par l’Otan contre la Fédération yougoslave, motivée par la nécessité de défendre la minorité albanaise du Kosovo, n’a pas échappé à  cette logique impériale. La guerre de l’Otan –qu’Antonio Cassese, premier président du Tribunal de La Haye, a justement définie comme portant gravement atteinte à  la Charte des Nations Unies- a comporté dix mille missions d’attaque et l’usage de plus de 23 mille engins explosifs. Les attaquants ont provoqué des massacres de civils et dévasté le pays en utilisant des armes de destruction massive, y compris des bombes à  fragmentation et des projectiles à  l’uranium appauvri. Le Tribunal de La Haye, bien qu’il en ait l’entière compétence, a ignoré les très graves crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis très sùrement par les autorités politiques et militaires de l’Otan, à  commencer par son secrétaire Javier Solana qui applaudit aujourd’hui la capture de Karadzic.

Il convient de considérer que la Procure du Tribunal a établi des rapports de collaboration systématique avec les sommets de l’Alliance atlantique. Et l’on n’oubliera pas non plus que, en échange de sa précieuse collaboration, l’Otan a obtenu de la Procureur Carla del Ponte le classement des dénonciations présentées contre ses autorités politiques et militaires par d’éminents juristes occidentaux.

Enfin, la « guerre humanitaire » voulue par l’Otan n’a jamais arrêté la violence et le versement de sang. Comme toute autre guerre, la guerre du Kosovo a laissé un long sillage de haine, peur, corruption, misère et mort. La protection des droits des citoyens kosovars-albanais n’a pas arrêté l’ « épuration ethnique ». Celle ci a continué sans pitié, mais dans l’autre direction : contre les Serbes vaincus, par les milices de l’Uck, sous les yeux des troupes de l’Otan. Jusqu’à  devenir, contre tout le droit international, la légitimation d’une indépendance unilatérale.

Aujourd’hui la capture de Karadzic, loin de favoriser la renaissance du pays serbe et le renforcement de la démocratie, peut aggraver la situation. Après la séparation illégale du Kosovo de l’Etat unitaire Serbe, la nouvelle intervention du Tribunal de La Haye pourrait conduire non pas à  la paix et à  une entrée heureuse de la Serbie en Europe, mais à  de nouvelles tensions nationalistes et à  de nouvelles crises de violence. Le cauchemar, malheureusement, n’est pas terminé.

Edition de vendredi 25 juillet de la Revue d’études géo-politiques Eurasia
« L’article du Professeur Danilo Zolo, paru dans le quotidien il manifesto du 24 juillet 2008 est ici reproduit avec une légère modification apportée dans sa première partie.
La modification, faite avec l’accord de l’auteur, a été rendue nécessaire afin éviter toute ambiguïté qu’une lecture superficielle pourrait engendrer. Le ton du début de l’article se voulait, évidemment, sarcastique » (Tiberio Graziani, directeur de Eurasia)

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio (cette version tient compte de la modification signalée par t.g.)