Archive pour la catégorie ‘Pologne’

Défense anti-missile : Le Monde se rapproche d’une guerre à  cause de Washington et de la Pologne

Dimanche 7 septembre 2008

Défense anti-missile : Le Monde se rapproche d’une guerre à  cause de Washington et de la Pologne

© Mondialisation.ca

pologne usa

La signature le 14 aoùt d’un accord entre les gouvernements des États-Unis et la Pologne pour déployer sur le territoire polonais des « intercepteurs de missiles » US est l’action la plus dangereuse entreprise en direction d’une guerre nucléaire dont le monde est témoin depuis la crise des missiles de Cuba en 1962. Loin d’être une action défensive pour protéger les états européens de l’OTAN d’une attaque nucléaire russe, comme l’ont fait remarquer les experts militaires, le système anti missile US en Pologne pose une menace existentielle totale pour le futur de la nation russe. Le gouvernement russe a prévenu à  maintes reprises de cela depuis la révélation des plans US début 2007. Maintenant, malgré des tentatives diplomatiques de la Russie pour obtenir un accord avec Washington, l’administration Bush, suite à  l’humiliante défaite en Géorgie, a fait pression sur le gouvernement de Pologne pour que le pacte soit finalement signé. Les conséquences pourraient être impensables pour l’Europe et la Planète.

Les arrangements préliminaires pour mettre en place les éléments du système de protection de la défense anti-missiles mondiale US ont été signés par le vice-ministre des Affaires étrangères polonais, Andrzej Kremer, et le négociateur en chef US, John Rood, le 14 aoùt. Selon les termes de cet accord, Washington projette de stationner 10 intercepteurs de missiles en Pologne couplés à  un système de radar dans la République Tchèque, sous le prétexte fallacieux qu’ils sont prévus contre des attaques possibles de ce qu’ils appellent des états « voyous », dont l’Iran.

Pour obtenir l’accord, Washington a accepté de renforcer le système de défense aérienne de la Pologne. L’accord nécessite encore l’approbation des gouvernements des deux pays et du parlement polonais. Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a dit lors d’une intervention télévisée, que « les évènements dans le Caucase montrent clairement que de telles garanties de sécurité sont indispensables ». Les discussions US Pologne sur le système de défense anti-missile traînaient depuis plusieurs mois avant les hostilités en Géorgie.

La porte parole de la Maison Blanche de Bush, Dona Perino, a déclaré officiellement : « nous croyons que le système anti-missile de défense est une contribution substantielle à  la sécurité collective de l’OTAN. « Des responsables ont dit que le système d’interception basé en Pologne serait opérationnel en 2012. La République Tchèque a signé un accord le 8 juillet pour accueillir un système radar US.

Maintenant, cette signature garantit une escalade des tensions entre l’OTAN et la Russie et une nouvelle course totale aux armements type Guerre Froide . Il est important pour les lecteurs de comprendre que, comme je l’ai détaillé minutieusement dans mon livre qui sera publié cet automne « Full Spectrum Dominance : The National Security State and The Spread of Democracy », la capacité de l’un des deux partis de stationner des missiles intercepteurs (missiles anti-missiles) à  150 km du territoire de l’autre, même avec des missiles intercepteurs primitifs de première génération, fournit à  ce parti une victoire certaine en matière de balance nucléaire des pouvoirs et oblige l’autre à  envisager une capitulation inconditionnelle ou une réaction préventive en lançant une attaque nucléaire avant 2012. Des parlementaires russes ont dit vendredi que l’accord endommagera la sécurité de l’Europe, et ont réaffirmé que la Russie devrait maintenant prendre des mesures pour assurer sa sécurité.

Andrei Klimov, vice-président du Comité des affaires internationales de la Douma de l’état russe, a dit que l’accord visait à  prouver la « loyauté de Varsovie à  l’égard des États-Unis et recevoir des bénéfices matériels. Pour les Étasuniens, c’est une opportunité d’étendre leur présence militaire partout dans le monde, y compris à  proximité de la Russie. Pour l’OTAN, cela représente un risque en plus…De nombreux pays de l’OTAN sont mécontents de cela, dont les Allemands et les Français. »

Klimov a nommé cet accord « un pas en arrière vers la Guerre Froide. »

bouclier antimissile

La Réponse russe

Le projet étasunien de déploiement d’un radar en République Tchèque et dix intercepteurs de missiles dans le Nord de la Pologne comme faisant partie d’un bouclier anti-missile contrôlé par les États-Unis pour l’Europe et l’Amérique du Nord, a été vendu officiellement avec l’argument fallacieux que c’est contre de possibles attaques d’« états voyous » dont l’Iran. Au printemps dernier, le Président russe, Vladimir Poutine, a démontré le caractère superficiel de la propagande étasunienne en faisant une offre au Président Bush étonné, celle de l’utilisation par les États-Unis d’installations de radar russes louées en Azerbaïdjan à  la frontière de l’Iran afin de bien mieux contrôler le lancement de missiles iraniens. L’Administration Bush a simplement ignoré l’offre, montrant par là  que la véritable cible c’est la Russie et non des « états voyous comme l’Iran ». La Russie considère, à  juste titre, le déploiement du bouclier anti-missile US comme une menace pour sa sécurité.

Le dernier accord polonais s’attire une réponse russe.

Des responsables russes avaient dit préalablement que Moscou pourrait déployer des missiles tactiques et des bombardiers stratégiques en Biélorussie et dans l’enclave la plus à  l’ouest de la Russie celle de Kaliningrad si Washington réussissait dans ses plans d’implantation de bouclier antimissile en Europe. Moscou a également prévenu qu’il pourrait cibler la Pologne avec ses missiles.

La Russie discute également de la possibilité de mettre en orbite un système de missiles balistiques en réponse aux plans étasuniens de système de défense anti-missile pour l’Europe Centrale, selon un expert militaire russe de haut niveau.

« Un programme pourrait être appliqué pour créer des missiles balistiques mis en orbite, capables d’atteindre le territoire des États-Unis via le Pôle Sud, contournant les bases de défense aériennes US, » a dit le général Viktor Yesin, ancien chef d’état major des forces stratégiques russes de missiles, actuellement vice président de l’Académie de Sécurité, et des Études de Défense et d’application des lois.

Auparavant, faisant partie des accords post Guerre Froide avec les États-Unis, accords qui ont été significativement ignorés de Washington alors qu’il poussait les frontières de l’OTAN encore plus près du pas de porte de Moscou, l’Union Soviétique avait abandonné de tels missiles en accord avec le Traité START I.

Obama soutient également le système de défense anti-missile.

Cet accord divisera encore plus les pays européens entre ce que le conseiller aux affaires étrangères d’Obama, Zbigniew Brzezinski, a appelé ouvertement, les « vassaux » des US, et ceux poursuivant une politique plus indépendante.

Toute illusion qu’une présidence de Barak Obama pourrait vouloir dire un recul de telles actions provocatrices de l’OTAN et des États-Unis des dernières années doit être rejetée comme un voeux pieux dangereux. L’équipe de politique étrangère d’Obama en plus du père, Zbigniew Brzezinski, comprend le fils Brzezinski, Ian, qui est un ferment supporter de la politique de défense anti missile des États-Unis, de même que de l’indépendance du Kosovo et de l’expansion de l’OTAN en Ukraine et en Géorgie.

Article original en anglais, Missile Defense: Washington and Poland just moved the World closer to War, publié le 15 aoùt 2008

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

Pologne : pourquoi les Russes ne peuvent tolérer le bouclier anti-missile

Mercredi 20 août 2008

Pologne : pourquoi les Russes ne peuvent tolérer le bouclier anti-missile

© Solidarité & Progrès

19 aoùt 2008 (Nouvelle Solidarité) €” Un article paru le 15 aoùt dans l’International Herald Tribune permet de mieux saisir les raisons de la colère justifiée de la part de la Russie contre l’installation du « bouclier anti-missile » étasunien sur le sol polonais.

Bien que l’article s’étonne de la surréaction russe sur le sujet, il livre lui-même quelques détails sur le contenu de l’accord paraphé à  Varsovie.

1) Bien que la plupart des medias signalent vaguement que la Pologne va « accueillir » des « éléments » du bouclier anti-missiles, il s’agit en réalité de l’installation d’une base militaire américaine abritant dix intercepteurs capables d’abattre un nombre limité de missiles balistiques. Selon le quotidien britannique Sunday Telegraph, la base accueillera en permanence quelques 200 militaires. L’IHT note que « la Russie s’est longtemps opposée à  l’accord, affirmant que les Etats-Unis violaient les accords convenus après la guerre froide selon lesquels ils s’engageraient à  ne pas stationner de troupes dans des anciens pays membres du bloc soviétique ».

2) En échange de son bon vouloir, la Pologne a obtenu une « coopération renforcée » dans le domaine de la défense. Elle recevra notamment 96 missiles Patriot dernière génération (Patriot Advanced Capability-3) capables, non seulement d’abattre des missiles intercontinentaux provenant de « pays voyous » (Iran, Corée du Nord, etc.) mais aussi des missiles de courte et moyenne portée et des chasseurs bombardiers, comme ceux de son voisin russe…
Notons d’emblée que le système PAC-3 fut développé par la société américaine Lockheed Martin, dont Lynne Cheney fut administratrice jusqu’en 2001.
Selon l’hebdomadaire turc Turkish Weekly, le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski a reconnu le 15 aoùt que les batteries de missiles Patriot en Pologne seront « installés sur des sites en fonction de nos besoins de défense ».
Le Weekly Standard, publication de la secte des néo-conservateurs américains, partisan d’une installation accélérée du bouclier anti-missile reconnaît que « la plupart des missiles que la Russie employerait contre ses voisins… sont des missiles a courte et moyenne portée », exactement contre quoi le PAC-3 prétend être une parade.

3) L’IHT note également que l’accord implique le déploiement immédiat de troupes américaines sur les frontières avec la Russie, bien avant l’arrivée du dispositif PAC-3 qui ne sera prêt que d’ici cinq ans. « Un officiel de Pentagone n’ignore pas la partie sensible et inhabituelle du dossier : une batterie de missiles anti-missiles Patriot américain serait déplacé de sa base actuelle en Allemagne vers la Pologne, ainsi qu’une centaine de militaires américains capables de la rendre opérationnelle ». Dans ce cas, les soldats américains seraient incorporés dans l’armée polonaise, au moins temporairement, et se trouveraient directement exposés sur la ligne de front avec la Russie.

4) Ce mariage étroit entre la défense nationale polonaise et le dispositif de l’OTAN conduit la Pologne a réclamer un « traitement de faveur » de la part des Etats-Unis en cas d’agression, car comme l’a formulé le premier ministre polonais Donald Tusk, « l’assistance militaire n’a pas grande valeur quand elle est offerte aux morts ».

Ce que l’International Herald Tribune oublie de signaler c’est qu’un groupe de scientifiques américains vient de démontrer que les intercepteurs installés sur le sol polonais, opérant de pair avec le système radar installé en République Tchèque, pourraient abattre des missiles intercontinentaux russes dirigés vers l’Ouest.

On pourrait en conclure que si l’installation du bouclier anti-missile en Pologne ne suffirait guère à  neutraliser les arsenaux russes, elle permettrait en revanche de déclencher une troisième guerre mondiale, une option malheureusement de plus en plus opérationnelle pour une faction de l’oligarchie financière internationale.

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Bouclier anti-missile : la Pologne s’expose à  des frappes nucléaires russes

Lundi 18 août 2008

Bouclier anti-missile : la Pologne s’expose à  des frappes nucléaires russes

© Alter Info, Solidarité & Progrès

Jeudi soir, les négociateurs américains et polonais ont signé les accords d’installation des premiers missiles anti-missiles (ABM system) en Pologne en présence du ministre des affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski. Le système radar permettant de guider les missiles anti-missiles sera installé en République Tchèque d’après l’accord signé à  Prague le 8 juillet dernier en présence de la Secrétaire d’Etat étasunienne Condoleezza Rice.

Selon Le Figaro il s’agit « du premier dommage collatéral du conflit géorgien : une nouvelle crise de confiance entre la « vieille » et la « nouvelle Europe ». Après avoir échoué à  convaincre l’Union Européenne d’adopter une ligne dure contre la Russie, Varsovie, qui semble tout de même avoir pris ses distances par rapport à  l’administration Bush, compte plus que jamais sur les Etats-Unis pour sa sécurité. »

Mardi à  Tbilissi, le président polonais Lech Kaczynski faisait preuve d’une attitude encore plus démagogique, déclarant « Aujourd’hui c’est la Géorgie, demain ce sera au tour de l’Ukraine et, peut-être plus tard, celui de la Pologne. » A Varsovie, Jacek Saryusz-Wolski, un député libéral, a pour sa part déclaré que « si la Russie peut se comporter de cette façon avec la Géorgie, pourquoi ne le ferait-elle pas avec d’autre ? » Les présidents polonais et lithuanien, présents en Géorgie, n’ont pas hésité à  comparer les efforts de médiation français à  « un nouveau Munich » , et la presse polonaise a relayé le même credo attaquant Sarkozy pour avoir été trop conciliant avec l’ours russe.

Le lendemain de la signature de l’accord américano-polonais, le ministre des affaires étrangères russe a déclaré que la précipitation de Washington et Varsovie pour la signature de ces accords prouvait que ce système était « dirigé contre la Russie. » Déjà  à  la mi-juillet, la Russie avait fait savoir qu’elle ne resterait pas passive face à  l’installation d’un bouclier anti-missile par Washington, qu’elle considère comme une menace pour son territoire. « Nous devrons alors répondre de façon appropriée » disait alors Medvedev.

Après sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel à  Sotchi ce vendredi, Medvedev a rebondi sur l’accord américano-polonais qui, selon lui, « démontre tout à  fait clairement ce que nous avions dit plus tôt : le déploiement prend pour cible la Fédération de Russie ». Ironisant à  peine, il a ajouté que c’est « une triste nouvelle pour tous ceux qui vivent sur ce continent densément peuplé, mais ce n’est pas un drame ».

Avec encore plus de force, le général Anatoli Nogovitsine, chef d’état-major adjoint, a déclaré à  l’agence de presse russe Interfax, que cet accord « ne peut pas rester impuni » et que la Pologne « s’expose à  une frappe, à  100% ». Il rappelle que la doctrine militaire russe permet le recours à  l’arme nucléaire dans certains cas précis : « contre des Etats disposant de l’armement nucléaire, contre les alliés des Etats disposant de l’armement nucléaire, s’ils aident ces derniers, et aussi contre ceux qui accueillent sur leur territoire les armes nucléaires des autres », a-t-il énuméré.

Le Monde rapporte que la colère russe s’est nettement accrue depuis que la Pologne a obtenu des batteries Patriot dernier modèle (PAC-3). La presse polonaise a également révélé que les Etats-Unis, sur les dix batteries qu’ils comptent installer, avaient l’intention d’en livrer cinq à  des prix bradés.

A part l’accord sur le bouclier anti-missile, les Etats-Unis et la Pologne ont également signé un document séparé offrant des garanties de sécurité supplémentaires de la part des Etats-Unis et renforçant l’article 5 (la clause de solidarité) de la charte de l’OTAN. Selon le gouvernement polonais, le conflit entre la Russie et la Géorgie « a joué en faveur » de l’accélération de la conclusion de ces accords, et Sikorski a déclaré que « nous faisions désormais face à  une situation internationale entièrement nouvelle. »

Pendant que le quotidien polonais Gazeta Wyborcza écrivait que les mots de Sarkozy ont réveillé de « mauvais souvenirs » et que « la vieille Europe n’écoute pas la Pologne », un observateur polonais observait que « cet accord, qui ne peut être considéré comme un accord purement antirusse, marque le début de la fin des pourparlers russo-polonais ».

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