Archive pour la catégorie ‘Le Monde’

Roselyne Bachelot rejette les critiques sur sa gestion de la grippe A

Mercredi 24 mars 2010

Roselyne Bachelot rejette les critiques sur sa gestion de la grippe A

© Le Monde

Achat en masse de vaccins, indépendance des experts, information des médecins généralistes, négociations avec les laboratoires : la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, a défendu au Sénat, mardi 23 mars, sa gestion de la lutte contre la pandémie de grippe A(H1N1).

La commission d’enquête sur « le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe H1N1″ avait été mise en place à l’initiative des communistes et du Parti de gauche. Elle est présidée par François Autain (Parti de gauche) et son rapporteur est Alain Milon (UMP). Pourquoi 94 millions de doses achetées ? Pourquoi des commandes fermes ? Les experts sont-ils vraiment impartiaux ? Pourquoi les médecins généralistes ont-ils été tenus à l’écart ? Autant de sujets abordés par les sénateurs, lors d’une audition au ton parfois âpre, qui a duré plus de deux heures et demie.

LIENS D’INTÉRÊT

M. Autain a insisté sur l’influence des laboratoires pharmaceutiques et sur les liens d’intérêt des experts. « Ce n’est pas parce qu’un expert va travailler pour un laboratoire que son expertise n’est pas valable ou qu’elle est orientée, a déclaré Mme Bachelot. Les liens d’intérêt ne sont pas forcément des conflits d’intérêt. (…) Nous devons mobiliser les professionnels les plus compétents, et, dans un domaine donné, leur nombre est compté. » Elle a estimé aussi que les expertises étaient toujours rendues « de facon collégiale et plurielle » et que cela représentait « une garantie ».

La ministre a fait le point sur les négociations avec les laboratoires suite à l’annulation de commandes de vaccins. Confirmant les informations rapportées ce matin par Le Figaro, elle a redit qu’un contrat d’indemnisation avait été signé avec le seul laboratoire Novartis, d’un montant de 16 % du contrat initial, et que les négociations « continuent » avec les autres laboratoires, GSK et Sanofi-Pasteur. « Si nous ne parvenons pas à une démarche transactionnelle, nous notifierons à ces laboratoires une indemnisation unilatérale sur les mêmes bases que le contrat Novartis, de 16 % », a dit la ministre. Rappelant que les acquisitions de 94 millions de doses avaient été « dimensionnées de façon a pouvoir proposer la vaccination à l’ensemble de la population », elle a souligné que les laboratoires étaient « en position de force » et demandaient « des commandes fermes ».

Mme Bachelot a par ailleurs listé le nombre de fois où elle a rencontré les médecins généralistes, les pharmaciens et les infirmières, assurant qu’on ne « pouvait pas dire qu’on ne les a pas écoutés ».

Le pouvoir afghan et l’OTAN cherchent à consolider leur victoire militaire à Marjah

Lundi 8 mars 2010

Le pouvoir afghan et l’OTAN cherchent à consolider leur victoire militaire à Marjah

© Le Monde

Guérilla versus contre-guérilla. La bataille de Marjah, achevée militairement, et qui ne fait que commencer par tous ses autres aspects – humains, politiques, sociaux, économiques – doit devenir le cas d’école de la stratégie afghane du président américain, Barack Obama, et de ses chefs de guerre, les généraux David Petraeus et Stanley McChrystal.

Une fois les canons tus et les talibans partis, le grondement des complaintes peut retentir à Marjah. Car si la victoire militaire fut aisée pour l’OTAN, la réelle prise de contrôle de ce rude district pachtoune de la province du Helmand, dans le sud afghan, par le pouvoir de Kaboul est tout sauf acquise. C’est là et maintenant que l’armée américaine compte déployer tout ce qu’elle a appris en matière de stratégie contre-insurrectionnelle.

Le président afghan, Hamid Karzaï, en a fait l’expérience, dimanche 7 mars, lors de sa première visite à Marjah depuis que le drapeau national y a été hissé, remplaçant le drapeau blanc de l’ »Emirat islamique » taliban. Trois cents chefs tribaux et religieux, réunis dans une mosquée, n’ont guère modéré leur langage pour lui dépeindre un tableau désastreux de ce qu’ils voient localement, depuis 2001, de l’Afghanistan post-taliban.

La présence de l’OTAN – l’ »occupation étrangère » – fut évidemment pointée du doigt. Les « barbes grises » du Helmand ont dénoncé qu’en douze jours d’offensive, du 13 au 25 février, des civils ont été tués et blessés, des maisons et des marchés ont été détruits.

Le général McChrystal, commandant américain en Afghanistan, était venu écouter les doléances en compagnie de M. Karzaï, mais sans ouvrir la bouche : l’ »afghanisation » du conflit passe aussi par le fait de laisser le président afghan en première ligne, afin qu’il affirme son autorité.

MARJAH DOIT DEVENIR UN LABORATOIRE

Car les critiques les plus vives furent dirigées contre son gouvernement et son administration. C’est en fait la quatrième fois que Marjah tombe sous le contrôle gouvernemental (après 2001, 2007 et 2009), et à chaque fois, ce fut une catastrophe.

Corruption criante des policiers et fonctionnaires, violences et détentions arbitraires, absence d’hôpitaux et d’écoles, de projets économiques. Au printemps 2009, les hommes de Marjah n’avaient même pas attendu le retour des talibans pour chasser de leur ville la police de Kaboul. Marjah n’a pas besoin des talibans pour être rebelle…

Hamid Karzaï a donc beaucoup promis : la sécurité, la réouverture d’écoles, la construction de routes et de cliniques. Marjah doit devenir un laboratoire de ce que le gouvernement afghan et ses alliés étrangers peuvent offrir comme alternative au règne taliban, certes synonyme de loi et d’ordre, mais aussi de terreur et de misère.

Marjah doit être « un modèle » pour corriger les erreurs du passé, a indiqué le représentant politique de l’OTAN en Afghanistan, Mark Sedwill. « Modèle » qui doit s’étendre, au fil de l’année 2010 et après des offensives militaires déjà annoncées, à tous les districts des deux berceaux talibans que sont les provinces du Helmand et de Kandahar.

Les talibans, qui n’ont presque pas combattu et se sont évanouis dans la nature face à la puissance militaire déployée pour conquérir Marjah, n’ont pas dit leur dernier mot. L’OTAN s’attend à des actions de harcèlement, des attaques de convois, des attentats. La nouvelle « bataille » de Marjah, celle qui consiste à gagner « le cœur et les esprits » des Afghans, est donc loin d’être gagnée.

« Etes-vous contre moi ou avec moi ? Allez-vous me soutenir ? », a demandé le président Karzaï aux « anciens » réunis à la mosquée de Marjah. « Nous sommes avec vous ! » ont crié les vieux Pachtounes, qui n’ont pas eu un mot, prudence oblige, pour critiquer le règne taliban. Nul n’est dupe. Les armées de l’OTAN et de Kaboul ont conquis la ville : la raison autant que la tradition incitent à être, sans perdre de vue le caractère éminemment volatil de la situation, du côté du plus fort.

Rémy Ourdan

L’irrésistible expansion de l’Amérique de la haine

Vendredi 5 mars 2010

L’irrésistible expansion de l’Amérique de la haine

© Le Monde


Aux Etats-Unis, le nombre de groupes extrémistes a augmenté de 244 % en 2009.

Le nombre de milices patriotes aux Etats-Unis a explosé en un an, rapporte l’une des organisation de défense des droits de l’homme les plus actives outre-Atlantique, le Southern Poverty Law Center (SPLC). Fondé en 1971 à Montgomery, en Alabama, par le juriste Morris Dees pour défendre en justice les militants des droits civiques, le SPLC publie chaque année un rapport sur les groupes extrémistes américains qui fait autorité.

De 149 « groupes patriotes activistes » en 2008, on est passé à 512 dont 127 milices paramilitaires en 2009, soit une augmentation de 244 %. Et encore ce décompte ne prend-il en considération que les groupes dits « patriotes », impliquant un engagement contre « le nouvel ordre mondial ». En élargissant à tous les groupes professant la haine, le SPLC établit une effrayante carte recensant les 932 groupes qui ont fait preuve d’activisme en 2009.

La « droite radicale américaine » peut être, c’est selon, homophobe, ségrégationniste, « pro-life », antigouvernementale, judéophobe, arabophobe, sinophobe, latinophobe, xénophobe, conspirationniste, anti-socialiste, néo-nazie, une combinaison de certaines de ces phobies ou de toutes à la fois. Surfant, via une rhétorique populiste, sur la colère grandissant dans certains segments de la population américaine en raison des bouleversements politiques, démographiques et économiques récents, les activistes patriotes reviennent sur le devant de la scène. Depuis le siège de Waco en 1993 (86 morts) et l’attentat d’Oklahoma City en 1995 (168 morts), les patriotes s’étaient faits discrets.

LES CONSPIRATIONNISTES ONT LA PAROLE

Pour cette droite très à droite, l’administration Obama cumule les vices, à commencer par son péché originel, celui de la couleur de son président. Taxé de « socialiste », qui pourrait sonner comme « bolchévique » en français, ou de « fasciste », le gouvernement américain concentre les attaques des populistes. Lesquels se retrouvent confortés par l’inquiétude croissante des Américains quant à l’état de leur nation. Dans un sondage publié par le Wall Street Journal et NBC News fin janvier, près de 60 % des Américains disaient leur sentiment que les choses vont globalement mal dans leur pays.

Selon le Guardian, certains médias, dont Fox News, ont redonné voix aux adeptes des théories conspirationnistes, ceux pour qui l’ancien président des Etat-Unis Eisenhower était un agent soviétique ou qui sont persuadés que le gouvernement américain dispose de camps de concentration secrets destinés à la « rééducation » des patriotes. La bataille n’est pas que dans les discours et les idées, note le SPLC, qui rapporte, depuis l’investiture de Barack Obama, les meurtres de plusieurs policiers par des extrémistes de droite, des projets d’assassinat du président par des skinheads, un retour des crimes racistes et des tentatives d’attentat contre le gouvernement ou des populations non blanches.

Antoine Strobel-Dahan

La Commission européenne autorise la commercialisation d’OGM

Mardi 2 mars 2010

La Commission européenne autorise la commercialisation d’OGM

© Le Monde

La Commission européenne a autorisé, mardi 2 mars, le commerce de plusieurs organismes génétiquement modifiés (OGM). Les autorisations concernent la culture de la pomme de terre Amflora, mise au point par la firme BASF, ainsi que plusieurs variétés du maïs MON 863.

La mise sur le marché européen des produits transgéniques est bloquée depuis plusieurs années par les avis divergents des Etats européens sur l’opportunité de recourir à cette technologie.

Habilitée à trancher en dernier ressort, la Commission Barroso II justifie son choix en s’appuyant sur les avis de l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA), selon laquelle les variétés concernées ne posent aucun problème pour la santé. Par cette décision, le président de la Commission, José Manuel Barroso, cherche à avancer sur un dossier qui lui a valu des déboires sérieux lors de son premier mandat.

Les Etats membres s’étaient mobilisés, courant 2009, pour contrer sa proposition de lever la clause de sauvegarde mise en place en Autriche et en Hongrie contre la culture du MON 810. Six pays, dont la France et l’Allemagne, ont interdit la culture de cette variété produite par la firme Monsanto, et onze Etats ont demandé à pouvoir interdire les cultures transgéniques sur leur territoire.

M. Barroso entend profiter du début de son second mandat pour passer outre la paralysie des procédures. « Il devrait être possible de combiner un système d’autorisation communautaire (…) avec la liberté pour les Etats membres de décider s’ils veulent ou non cultiver des OGM », écrivait-il au moment de sa reconduction. Il cherche à mettre en œuvre cette politique, par l’intermédiaire du nouveau commissaire à la santé et à la protection des consommateurs, John Dalli. La gestion du dossier a été retirée à la direction générale de l’environnement, pour être confiée à celle de la santé, après le départ de Stavros Dimas, l’ancien commissaire à l’environnement, opposé à la culture des OGM.

MÉPRIS DES CITOYENS

La décision de la Commission est fragilisée par le fait que l’indépendance de l’AESA est mise en cause : comme l’a révélé en janvier l’association Corporate Europe Observatory, la directrice du groupe OGM de l’agence, Suzy Reckens, a quitté celle-ci début 2008 pour rejoindre la firme Syngenta, qui produit des OGM. Mme Reckens avait eu à valider des produits que la Commission veut autoriser.

Pour Corinne Lepage, députée européenne, « la Commission envoie un signal détestable aux citoyens européens: alors qu’il y a une défiance croissante à l’égard des OGM, elle leur dit qu’elle méprise leur avis ». Mme Lepage demande aussi que des études sur l’impact sanitaire des OGM soient « menées par des organismes publics, et de manière transparente, ce qui n’a pas été le cas depuis dix ans ».

Hervé Kempf et Philippe Ricard

Cette maltraitance « ordinaire » qui règne dans les hôpitaux

Jeudi 28 janvier 2010

Cette maltraitance « ordinaire » qui règne dans les hôpitaux

© Le Monde

Humiliation, mépris, culpabilisation, atteintes à l’intimité… Les témoignages extraits de l’étude publiée mercredi 27 janvier par la Haute Autorité de santé (HAS) font froid dans le dos. Collectés par Claire Compagnon et Véronique Ghadi, ancienne militante associative et sociologue de la santé, ils reflètent le malaise de nombreux malades, proches ou professionnels de santé face à la maltraitance « ordinaire » qui règne dans certains hôpitaux. Des vexations plus ou moins douloureuses qui nuisent à la dignité du malade et à la réputation des établissements.

Le rapport, qui se présente comme une étude volontairement subjective, reprend une centaine de récits. Patients, famille, infirmiers… Tous racontent l’attente, l’abandon, l’absurde parfois. « Coralie reste nue sur le brancard dans le couloir du service pendant dix minutes. Je prends une couverture dans la chambre, on me reproche d’avoir défait le lit », raconte une mère. « Il y a des moments où je restais dans le pus et dans mes excréments toute la matinée », décrit un malade.

« UNE CERTAINE BANALISATION DE LA VIOLENCE »

De quoi interpeller les pouvoirs publics. « Face à une certaine banalisation de la violence, il apparaît nécessaire de rappeler au personnel hospitalier, mais aussi aux patients, la nécessité du respect réciproque », estimait le 12 janvier le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye. Un « Pôle santé et sécurité des soins, chargé de traiter les réclamations liées aux droits des malades et à la sécurité des soins » été a mis en place début 2009 par le médiateur de la République. En un an d’activité, il a traité près de 4 800 requêtes.

La maltraitance, reconnaît une directrice d’hôpital, « c’est comme les infections nosocomiales, ça ne devrait pas arriver ». Les professionnels parlent des réductions d’effectifs ou du manque de matériel… « Il y a vingt ans, il y avait sept aides-soignantes le matin, alors que maintenant il n’y en a plus que deux ou trois pour des patients plus lourds qu’avant », explique un cadre de santé.

Pour lutter contre ces dérives, un « guide de la bientraitance en établissements de santé » devrait être publié dans l’année. Trois critères de qualité seront par ailleurs intégrés dans la nouvelle procédure de certification des hôpitaux : la gestion des plaintes et des réclamations, la mise en œuvre des soins palliatifs et des droits des patients en fin de vie, la mise en place d’une démarche de bientraitance.

Grippe A : la Belgique résilie sans indemnité un tiers de sa commande de vaccins

Lundi 18 janvier 2010

Grippe A : la Belgique résilie sans indemnité un tiers de sa commande de vaccins

© Le Monde

Alors que l’épidémie de grippe A est officiellement terminée en France métropolitaine (258 morts en France, 13 554 dans le monde, selon un dernier bilan publié vendredi), l’heure des comptes est arrivée pour plusieurs capitales européennes. Les gouvernements de l’UE tentent de résilier une partie de leurs commandes auprès des laboratoires, avec plus ou moins de bonheur.

La Belgique a obtenu une diminution de « près d’un tiers » de sa commande de 12,6 millions de doses de vaccins contre la grippe H1N1 passée au groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK), a indiqué vendredi la ministre de la santé, Laurette Onkelinx. Elle a précisé que cela représenterait une économie de 33 millions d’euros et qu’il n’y aura pas d’indemnité de résiliation.

Au pic de l’épidémie l’an dernier, la Belgique est sortie de la phase épidémique à la mi-décembre, avait commandé à GSK 12,6 millions de doses de vaccins Pandemrix, dont 4,3 millions ont déjà été livrés. Selon l’accord intervenu jeudi, 4 des 8 millions de doses supplémentaires ne seront donc pas livrés.

En Italie, l’association de consommateurs Codacons a annoncé le lancement d’une action collective visant à obtenir le remboursement des vaccins commandés par le gouvernement. « L’action a pour but de faire obtenir aux usagers du service national de santé [plus de 60 millions de citoyens] la somme déjà payée par l’Italie pour l’achat de 24 millions de doses, une somme qui représente un énorme gaspillage, vu la faible adhésion à la campagne de vaccination. » Environ 875 000 doses de vaccins ont été administrées en Italie jusqu’à présent. La demande de remboursement porte sur 186 millions d’euros, a précisé l’organisation.

La France, qui avait initialement commandé 94 millions de doses de vaccin (50 millions au britannique GSK, 28 au français Sanofi Pasteur, 16 au suisse Novartis et 50 000 à l’américain Baxter), a annoncé son intention de résilier des commandes à hauteur de 50 millions de doses. Le gouvernement a déjà résilié une commande de 9 millions de doses auprès de Sanofi, officiellement sans indemnité, et des négociations sont en cours concernant deux autres millions de doses. Mais Roselyne Bachelot a concédé lors d’une séance de questions à la commission des affaires sociales de l’Assemblée qu’il pourrait y avoir des indemnisations.

L’Irak porte plainte contre Blackwater

Mardi 5 janvier 2010

L’Irak porte plainte contre Blackwater

© Le Monde

‘Irak a déposé une plainte aux Etats-Unis contre la société américaine Blackwater et va également saisir sa propre justice, après l’abandon des poursuites contre cinq employés accusés de la mort de 14 civils irakiens en 2007, a affirmé, lundi 4 janvier, le premier ministre Nouri Al-Maliki.

« Le ministère de la justice américain a protesté contre cette décision. De notre côté, nous avons formé un comité et déposé une plainte contre la société Blackwater aux Etats-Unis et allons en déposer une en Irak », a affirmé Nouri Al-Maliki à des journalistes lors d’une visite à Nadjaf, au sud de Bagdad.

La décision d’un juge fédéral américain d’abandonner les poursuites en raison d’un vice de procédure « porte un grand préjudice aux Irakiens et à ceux qui sont morts dans les mains d’un gang qui a tué de manière horrible », ajoute M. Al-Maliki.

Le gouvernement irakien, qui s’est indigné de la décision du juge fédéral américain, avait annoncé jeudi qu’il allait engager une procédure contre la société américaine, sans donner plus de détails.

Les cinq employés de Blackwater sont accusés d’avoir ouvert le feu sur la foule lors d’une mission pour le département d’Etat sur la place Nousour, à Bagdad, en septembre 2007, lors de l’une des plus sanglantes fusillades impliquant une compagnie de sécurité privée en Irak.

La grippe A(H1N1) ne tue pas plus que la grippe saisonnière

Mardi 15 décembre 2009

La grippe A(H1N1) ne tue pas plus que la grippe saisonnière

© Le Monde

Rien ne permet encore d’affirmer que le décès d’un enfant de 9 ans, le 8 décembre, est lié à sa vaccination quatre jours plus tôt avec le vaccin sans adjuvant Panenza. Dans un communiqué publié samedi 12 décembre, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) indique que « les éléments disponibles ne permettent pas d’établir l’origine » de cette mort, « ni de se prononcer sur le rôle éventuel de la vaccination ». Les résultats de l’autopsie médico-légale ne sont pas encore disponibles et « d’autres investigations sont en cours, notamment des analyses virologiques et bactériennes », ajoute l’Afssaps.

Ce décès encore inexpliqué intervient alors que des études dans différents pays montrent que la grippe A(H1N1) a un taux de mortalité analogue à celui de la grippe saisonnière. L’édition électronique du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS), publiée le 10 décembre, fait état d’une létalité « estimée entre 1/1 000 et 1/10 000, comparable à la létalité de la grippe saisonnière ». L’InVS ajoute cependant qu’ »il est difficile de prévoir l’évolution de l’épidémie et du virus dans les mois à venir ». Cette estimation a été réalisée au moment où la France métropolitaine comptait 91 décès dus à la grippe A. Un nombre qui atteint 139 morts au 11 décembre. « La mortalité la plus forte est retrouvée chez les adultes entre 20 et 50 ans », précise l’InVS.

L’analyse conduite par les autorités sanitaires britanniques, et publiée le 10 décembre sur le site du British Medical Journal, fournit un taux de mortalité de 26 décès pour 100 000 cas cliniques de grippe A(H1N1). Ces données ont été calculées sur les 138 décès identifiés comme liés au virus pandémique et les 540 000 cas de grippe A(H1N1) confirmés entre le 1er juin et le 8 novembre 2009. Par comparaison, le taux de mortalité lors de la grippe espagnole de 1918 était de 2 à 3 % et ceux des pandémies de 1957-1958 et de 1967-1968 tournaient autour de 0,2 %.

« Interprétation périlleuse »

Le taux calculé pour le Royaume-Uni est nettement inférieur (de quatre à quarante fois) à celui avancé pour la France, mais l’InVS reconnaît que dans ses données « l’interprétation de la létalité est périlleuse en raison des nombreux biais affectant le numérateur (nombre des décès) et le dénominateur (nombre des cas). »

Aux Etats-Unis, le Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) a fourni ses évaluations pour la période allant d’avril au 14 novembre : 9 820 décès liés à la grippe A(H1N1) sur un total de 47 millions de cas, soit un taux de mortalité de 20 pour 100 000 cas, proche des données britanniques.

Partout dans le monde, le pire semble passé, la France faisant exception dans ce paysage sanitaire. L’Organisation mondiale de la santé signale ainsi le 11 décembre qu’ »à l’exception de la France, où les infections de type grippal continuent de croître », ces dernières ont « atteint ou dépassé le pic épidémique dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest ».

Paul Benkimoun

Copenhague : un projet de texte danois crispe les pays en développement

Jeudi 10 décembre 2009

Copenhague : un projet de texte danois crispe les pays en développement

© Le Monde

Un projet de texte du Danemark, qui préside la conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague, a semé le trouble, mardi 8 décembre, au deuxième jour des négociations. Les ONG jugent que ce « brouillon » laisse de côté les demandes des pays en développement tandis que mardi soir, un représentant du G77 (coalition de cent trente pays en développement) a estimé que le texte « menaçait » le succès des négociations. Ce document ne constitue à ce stade qu’une piste pour un nouvel accord contre le réchauffement. Il circulait depuis près de deux semaines dans différentes délégations, et a tourné, ce mardi, dans les couloirs de la conférence.

La présidence danoise avait mis en garde à l’ouverture du sommet contre toute surinterprétation d’un texte en particulier, tout en revendiquant la nécessité de tester des idées auprès de différents pays. « Nous menons des consultations depuis des mois, c’est notre boulot », a expliqué lundi, à l’ouverture des travaux, Connie Hedegaard, qui préside le sommet. « Il y a de très nombreux textes qui circulent, mais le texte qui pourrait finalement être accepté ici, ce sera pour plus tard. Et personne ne peut l’avoir vu parce qu’il n’existe pas », ajoutait-elle.

KYOTO OUBLIÉ ?

Le document ne fait à aucun moment référence au protocole de Kyoto, seul instrument juridique existant de lutte contre l’effet de serre, qui engage les pays industrialisés jusqu’en 2012. « Ce texte semble encore plus américain que si les Américains l’avaient rédigé eux-mêmes », a souligné un observateur – les Etats-Unis sont le seul pays développé à n’avoir pas ratifié Kyoto. Pour les pays en développement, il n’est pas admissible de tourner le dos à ce traité et de risquer ainsi que les plus riches en profitent pour s’évader de toute contrainte légale internationale.

Le texte danois reprend l’ambition largement partagée de limiter le réchauffement à + 2 °C et, pour y parvenir, vise une réduction de moitié des émissions mondiales d’ici 2050 par rapport à 1990, ou de 58 % par rapport à leur niveau de 2005. Les pays développés assumant collectivement une baisse de 80 % de leurs émissions.

FLOU SUR L’AIDE AUX PAYS EN DÉVELOPPEMENT

Il ne propose pas d’objectif chiffré à moyen terme (2020) pour y parvenir, laissant un blanc sur ce point. Mais il recommande un « pic » pour les émissions des pays en développement – lui aussi laissé en blanc – au-delà duquel celles-ci devront commencer à baisser. Or la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud s’y sont collectivement et fermement opposés lors d’une réunion à Pékin, fin novembre.

Quant au financement de la lutte contre l’effet de serre et à l’aide à l’adaptation des pays en développement, point dur des négociations, le document suggère une aide immédiate de 10 milliards de dollars par an jusqu’en 2012 pour les plus vulnérables, mais indique seulement que des « ressources financières substantiellement augmentées seront nécessaires ».

« GRAVE VIOLATION »

Ce texte constitue « une grave violation qui menace le succès du processus de négociation de Copenhague », selon Lumumba Stanislas Dia Ping, le chef de la délégation soudanaise, dont le pays préside actuellement le G77. « Les membres du G77 ne quitteront pas les négociations à ce stade, a-t-il toutefois prévenu. Nous ne pouvons nous permettre un échec à Copenhague. »

Les ONG ont elles aussi dénoncé le document et les « méthodes » danoises. « Les tactiques de négociations en coulisse sous la présidence danoise se sont centrées sur la volonté de complaire aux pays riches et puissants, plutôt que de servir la majorité des Etats qui réclament une solution équitable et ambitieuse », estime Kim Carstensen, du WWF. Pour Antonio Hill, d’Oxfam, « les Danois ont désormais la responsabilité d’éclaircir la situation ».

Le « Climategate » sème la discorde à Copenhague

Mardi 8 décembre 2009

Le « Climategate » sème la discorde à Copenhague

© Le Monde

climategate-discorde

Le piratage informatique de la correspondance privée de quelques climatologues de renom parviendra-t-il à faire capoter les négociations de Copenhague ? La question se pose depuis que le « Climategate » a été, lundi 7 décembre en conférence plénière, brandi par Mohammed Al-Sabban, le chef de la délégation saoudienne. « Le niveau de confiance est affecté », a-t-il ainsi déclaré, faisant référence aux travaux des climatologues, synthétisés par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). M. Al-Sabban a en outre demandé la tenue d’ »une enquête internationale et indépendante » sur cette affaire.

Celle-ci « prouve que certains sont prêts à verser dans l’illégalité, peut-être pour discréditer le GIEC, a de son côté rétorqué son président, l’Indien Rajendra Pachauri, en ouverture de la conférence climat. « Mais notre panel dispose d’un historique d’évaluations transparentes et objectives sur plus de vingt et un ans, établies par des dizaines de milliers de scientifiques de tous les coins de la planète. »

L’affaire enflamme littéralement la blogosphère depuis fin novembre. Quelques semaines avant l’ouverture des négociations de Copenhague, un ou des pirates informatiques pénètrent dans les serveurs de l’unité de recherche climatique (CRU) de l’université d’East Anglia (Royaume-Uni). Ils y récupèrent frauduleusement de nombreux documents ainsi que les archives de treize années d’échanges de courriels entre les scientifiques du CRU et leurs collègues américains et européens ; une soigneuse sélection d’un millier de ces messages environ est exposée sur le Net le 19novembre.

Les messages exposés suggèrent que certains climatologues ont tenté d’entraver la publication de travaux « climato-sceptiques » qu’ils jugeaient indigents. De même, cette correspondance met au jour la volonté d’un scientifique de ne pas partager certaines données brutes avec le reste de la communauté scientifique. Pour la blogosphère « climato-sceptique », certains messages montrent en outre que leurs auteurs manipulent leurs résultats.

Un unique message, remontant à 1999, pouvait être interprété comme une tentative de corruption de données. Dans celui-ci, Phil Jones, directeur du CRU, explique avoir eu recours à une « astuce » pour « masquer le déclin de températures ». Sortie de son contexte, la phrase peut faire entendre que la température moyenne terrestre établie par le CRU a été artificiellement rehaussée. M.Jones a expliqué avoir utilisé le terme « astuce » dans un contexte familier pour corriger une divergence, bien documentée entre l’épaisseur de cernes d’arbres et les températures à en déduire…

DOCUMENTS DÉROBÉS

Pour autant, M. Jones s’est mis temporairement en retrait de ses fonctions pendant la durée d’une enquête indépendante, qui doit rendre ses conclusions au printemps. Sans attendre celles-ci, la revue britannique Nature, l’une des plus vénérables institutions scientifiques, qui a publié les travaux de certains climato-sceptiques, consacrait à l’affaire son éditorial du 3 décembre.

« Les négateurs », ironise la revue, qui reprend cette terminologie à son compte pour la première fois, pensent détenir la preuve « que les climatologues du courant dominant ont systématiquement conspiré pour supprimer les éléments contredisant leur doctrine selon laquelle les hommes réchauffent la planète ». « Cette interprétation paranoïaque serait risible si des politiciens obstructionnistes du Sénat des Etats-Unis n’allaient probablement l’utiliser l’an prochain pour étayer leur opposition à la nécessaire loi sur le climat », poursuit Nature.

L’enquête lancée par la police britannique ne portera sans doute pas ses fruits avant l’issue des négociations, mais de premiers éléments techniques sur le piratage, à prendre avec précaution, sont d’ores et déjà dans le domaine public. Une intrusion dans les serveurs de l’université d’East Anglia a sans doute eu lieu le 12 novembre – les documents dérobés les plus récents étant datés de ce jour.

Le 17 novembre au matin, les fichiers volés étaient frauduleusement mis en ligne sur le blog « RealClimate », tenu par un groupe de climatologues proche des scientifiques du CRU. Selon le climatologue Gavin Schmidt (Goddard Institute for Space Studies), qui administre le site, l’adresse IP (Internet Protocol) de la machine ayant déposé le fichier sur RealClimate.org est enregistrée en Turquie.

Un peu plus tard, un internaute poste un message sur « Climate Audit », célèbre blog « climato-sceptique », annonçant qu’ »un miracle a eu lieu » et publiant un lien pointant vers les fichiers discrètement déposés quelques heures auparavant sur « RealClimate »… Selon Stephen McIntyre, qui édite « Climate Audit », l’internaute ayant posté le message en question opérait depuis une machine installée à Nijni-Novgorod, en Russie…

Ce n’est pas tout. Lorsque Gavin Schmidt remarque que des fichiers ont été frauduleusement déposés sur son site, il les en ôte. Deux jours plus tard, c’est un lien déposé sur un autre blog « climato-sceptique » posté depuis une adresse IP cette fois enregistrée en Arabie saoudite et pointant vers les mêmes fichiers, stockés cette fois-ci sur un serveur basé en Russie. Selon le Mail on Sunday, ce serveur se trouverait à Tomsk, en Sibérie occidentale.

« Cela ne donne pas la localisation des pirates, explique M. Schmidt. Ils ont apparemment utilisé des “proxies ouverts” [ordinateurs pouvant servir de relais] basés dans ces pays pour masquer leur véritable localisation. »

Reste désormais à savoir si les autorités de deux pays gros exportateurs d’hydrocarbures, la Russie et l’Arabie saoudite, collaboreront de bonne grâce à l’enquête britannique en cours pour remonter vers les commanditaires du piratage…

Stéphane Foucart