Archive pour la catégorie ‘Justice & Forces de l'ordre’

Bernard Tapie & Co.

Jeudi 24 juillet 2008

Bernard Tapie, à  lire de haut en bas

Je suis profondément dégouté de la justice de mon pays.

Affaire Tapie : un scandale d’Etat

© NouvelObs.com, 17 Juillet

Cadeau inespéré pour Tapie : un tribunal privé adoubé par Christine Lagarde, la titulaire de Bercy, a décidé de lui accorder 400 millions d’euros au titre de l’affaire Adidas. Bien plus que le chiffre officiel de 285 millions ! Voici comment on en est arrivé là 

Qui a sauvé Bernard Tapie d’une faillite inévitable ? Nicolas Sarkozy, qui le faisait recevoir par son ami Brice Hortefeux lorsqu’il était ministre de l’Economie ? Jean-Louis Borloo, qui fut son avocat des premiers jours et n’a jamais rompu les ponts ? Ou encore Christine Lagarde, la titulaire de Bercy, qui a permis à  Tapie de bénéficier d’un sauvetage inespéré ? Un «tribunal arbitral» a en effet tranché la semaine dernière la querelle financière entre le Crédit lyonnais et l’homme d’affaires qui accuse la banque de l’avoir roulé lors de la vente d’Adidas, en 1993. Ce «tribunal» a décidé d’octroyer 285 millions d’euros à  Tapie : 240 millions d’indemnité, plus 45 millions de dommages et intérêts. Voilà  pour le montant officiel. En réalité, l’ex-patron de l’OM devrait recevoir une somme de 400 millions. Le «tribunal» a ajouté les intérêts qu’aurait rapportés l’indemnité si elle avait été placée depuis le début des hostilités judiciaires, en 1994, soit 111 millions d’euros, selon Bercy. Au final, cela fait 400 millions. Tapie assure : «Il me restera entre 20 et 22 millions d’euros» seulement, après impôts et remboursement des dettes. Impossible de vérifier aujourd’hui. Mais «la sévérité de la sentence nous stupéfie», explique un représentant de l’Etat.

Première surprise : c’est une indemnité énorme, qu’aucune décision de justice ne lui avait jamais donnée. C’est même le triple de la somme la plus favorable accordée par un jugement en cour d’appel il y a trois ans. Deuxième surprise : ce verdict prend le contre-pied de la décision d’octobre 2006 de la Cour de Cassation. Celle-ci avait en effet conclu, en assemblée plénière, que Tapie n’avait droit à  aucun dédommagement !

Comment est-il possible que la plus haute juridiction du pays soit ainsi déjugée ? Tout simplement parce que cet arbitrage doit peu au droit et beaucoup à  la politique. Ce «tribunal arbitral» n’est pas un vrai tribunal. Ce n’est pas une juridiction officielle, mais une instance privée, choisie par le gouvernement et Tapie à  l’automne dernier. Une commission composée de trois papys qui cumulent deux cent quarante printemps à  eux trois : Pierre Mazeaud (78 ans), ancien président du Conseil constitutionnel; l’avocat Jean-Denis Bredin (79 ans), ancien, comme Tapie, des radicaux de gauche; et enfin, un ancien président de cour d’appel, Pierre Estoup (81 ans), la véritable cheville ouvrière. Pour ce travail, ces ex- vedettes du barreau et de la politique ont d’ailleurs été rémunérées plus d’un million d’euros. Et elles ont pris le contrepied de la Cour de Cassation, offrant la délivrance à  Tapie. «On a dessaisi la justice de la République au profit d’une justice privée», fulmine un haut fonctionnaire. Cette sentence ne doit, en théorie, pas être rendue publique. Et en plus elle n’est pas susceptible d’appel, sauf si on peut démontrer que les arbitres du «tribunal» n’ont pas respecté leur mandat ! Pour l’instant, Christine Lagarde semble s’en satisfaire. François Bayrou, le leader du MoDem, crie au scandale : «A l’encontre de toutes les règles qui veulent que l’Etat ne puisse s’en remettre qu’à  des décisions de justice, on a mis en place un dispositif qui va permettre à  Tapie de toucher des centaines de millions d’euros sur le dos des contribuables.» Exact. Mais ce n’est que le dernier acte d’une série de coups de pouce de l’Etat en faveur de Tapie au détriment de finances publiques pourtant exsangues.

L’affaire Adidas débute fin 1992. Tapie, alors ministre du gouvernement de Pierre Bérégovoy, désire céder son groupe pour se lancer totalement dans la politique. Il veut vendre sa participation dans Adidas, très mal en point. Il a lui-même fixé le prix à  320 millions d’euros et chargé le Crédit lyonnais de l’opération. Le britannique Pentland, un moment intéressé, se récuse. Personne n’en veut. C’est l’hallali. Les banques allemandes menacent de couper les crédits. «Nous ne trouvions pas d’acheteurs, se souvient un des responsables de la banque de l’époque. Tapie, inquiet, m’appelait régulièrement. Il m’avait même dit plusieurs fois : Mais pourquoi le Lyonnais ne me rachète pas Adidas ? [alors qu'il va ensuite attaquer la banque, NDLR ]» Un acquéreur finit par se présenter : l’homme d’affaires Robert Louis-Dreyfus. Mais celui-ci refuse de discuter avec Tapie en direct. Les négociations se terminent en février 1993, après une nuit blanche, dans des locaux des AGE Robert Louis-Dreyfus ne veut courir aucun risque. Il acquiert 15% d’Adidas seulement. Le reste est repris par le Lyonnais, les AGF, des fonds d’investissement et Gilberte Beaux, le bras droit de Tapie. Le montage est compliqué. Primo : les acheteurs sont financés par un prêt du Lyonnais à … 0,5%. Secundo : si Adidas ne se redresse pas, la banque publique assume les risques. Tertio : si Adidas se rétablit, Robert Louis-Dreyfus a la possibilité de racheter les parts des autres actionnaires. En contrepartie, le Lyonnais récupérera une part des gains éventuels. Tapie, satisfait, déclare à  l’époque : «Le prix est bon.» A l’Assemblée nationale, la droite se déchaîne et dénonce le soutien financier de deux sociétés publiques (le Lyonnais et les AGF) à  Bernard Tapie, ministre de la Ville de Pierre Bérégovoy. Une commission d’enquête parlementaire est créée.

Mais Robert Louis-Dreyfus redresse vite Adidas. Il finira par revendre l’entreprise avec un gain énorme, partagé avec le Lyonnais. Du coup, Tapie se réveille. Il a ssure qu’on l’a floué et qu’il ignorait les détails du schéma financier. «Une banque ne peut pas être chargée de vendre une société, financer l’acquéreur et partager la plus-value», accuse Me Lantourne, son avocat. Le Lyonnais, chargé de la vente, a en effet masqué une partie des opérations au travers d’un montage financier opaque faisant intervenir des sociétés offshore. Durant une douzaine d’années, les jugements se succèdent, souvent favorables à  Tapie. Puis, en octobre 2006, la Cour de Cassation tranche. La gestion de l’opération Adidas par le Lyonnais n’est pas sans zones d’ombre, mais rien ne justifie de la condamner lourdement. C’est la catastrophe pour Tapie. «Notre jugement lui laissait peu de marge», se souvient un magistrat de la Cour. Selon la procédure légale, il faut alors saisir un autre tribunal, la cour de renvoi, qui ne peut s’écarter de la décision de la Cour de Cassation.

Tapie dans les cordes ? Non. C’est alors que les locataires de Bercy, Thierry Breton puis Christine Lagarde, vont intervenir. En premier lieu, le combatif Jean-Pierre Aubert, le patron du CDR, l’organisme chargé de gérer les actifs douteux du Crédit lyonnais doit quitter ses fonctions. Or c’est le CDR qui mène la bataille contre Tapie. Au dernier moment, Thierry Breton désigne Jean-François Rocchi, un fonctionnaire politique «proche de Sarkozy», selon un des membres du conseil du CDR. Puis Rocchi prend un nouveau cabinet d’avocats, August et Debouzy (1), en plus de Me Martel, qui suivait l’affaire Adidas depuis des années et en connaissait tous les méandres. Un autre patron du CDR, un autre avocat… Malgré les avis négatifs de certains conseils, Rocchi et le cabinet August et Debouzy décident de ne pas attendre la dernière décision de justice, celle de la cour de renvoi, qui aurait été forcément en leur faveur. Rocchi, avec la bénédiction de Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, pourtant elle-même avocate, décide de confier le dossier à  un «tribunal arbitral», c’est-à -dire une instance composée de trois arbitres. «Je ne comprends pas que le CDR abandonne une position qui lui était favorable», s’étonne alors un magistrat de la Cour de Cassation.

Le résultat, assorti d’une sanction historique, annoncé discrètement juste avant le long week-end du 14 juillet, est dramatique pour le CDR, donc pour le contribuable. Combien touchera réellement Tapie ? «Il est trop tôt pour donner un chiffre précis», déclare son avocat, Me Lantourne. Selon Bercy, Tapie doit rembourser 163 millions au CDR, auxquels il faut ajouter «130 millions d’euros de dettes fiscales et sociales», selon les calculs d’un proche de Lagarde. Mais le montant total ne sera connu que le 24 juillet. Au total, cela ferait donc 290 millions qui reviendront dans les caisses de l’Etat. Il y a d’autres frais, dont le montant n’est pas divulgué. Outre son hôtel particulier avec parc, au centre de Paris, près de Saint-Germain des Prés, qu’il n’a pas cessé d’habiter, l’ancien ministre devrait conserver une somme énorme. Pas mal pour la revente d’une société qu’il avait laissée en perte. Tapie sort blanchi par ces trois vieux messieurs. Pas eux.

(1) L’ancien député socialiste Christian Pierret, qui est plusieurs fois intervenu en faveur de Tapie, est associé de ce cabinet

Thierry Philippon

Tapie prépare son exil en Suisse

© Bakchich.info, 23 Juillet

L’ancien ministre de Mitterrand – et aujourd’hui protégé de Sarkozy – est sur le point d’acheter une belle maison dans le canton de Vaud et souhaite s’y installer. Avec, à  la clé, un forfait fiscal fort intéressant… Merci Sarko, au revoir Paris !

Redevenu riche par la grâce d’un tribunal arbitral aux ordres de Bercy, Bernard Tapie a déjà  prévu de mettre de côté son pactole. Il va bientôt emménager, d’après nos informations, non loin du lac Léman, près de Prangins, dans la région de Nyon. Par ailleurs, il s’apprête à  vendre l’hôtel particulier qu’il occupe depuis des années rue des Saint-Pères, à  Paris. Là  même où la juge Eva Joly était un jour venue le chercher avec les flics de la brigade financière. Trop de mauvais souvenirs !

tapie dessin
Nanar Tapie ©Kerleroux

Après avoir remboursé quelques dettes, l’ancien ministre de François Mitterrand devrait conserver à  première vue pas loin de 50 millions d’euros. Pour vivre désormais en toute tranquillité, Tapie négocie un permis de résident en Suisse, dans le canton de Vaud. L’air pur du lac lui plait tant qu’il est en train d’y acquérir une belle demeure. Une agence immobilière locale vient de lui faire une proposition pour une superbe villa. D’après nos informations, un accord aurait été trouvé à  12 millions d’euros. Un avocat de Tapie assure ne pas être au courant. Quant à  Nanar, il n’a pas réagi au message laissé sur son répondeur téléphonique.

A l’arrêt devant une belle villa de Genève

Cela fait plusieurs mois que Bernard Tapie cherchait à  s’installer en Suisse. Il y a quelques temps, un habitant de Cologny, l’une des zones les plus résidentielles de Genève, l’avait croisé admirant une belle villa, en compagnie de son copain de toujours, Didier Tornare. Cet ancien notaire, ex-président du club FC Servette, s’est reconverti dans les affaires après une faillite malencontreuse et quelques menus déboires. Un agent immobilier accompagnait le duo et une Rolls attendait ces messieurs sur le bas-côté.

Parallèlement, Nanard prenait contact avec Franck Muller, le richissime fondateur des montres éponyme. Ce dernier, propriétaire d’une belle maison et d’un immense terrain sur la route du Lac, à  la sortie de Genève, cherchait à  vendre une partie du terrain. Intéressé, Tapie a finalement décliné l’offre, la trouvant trop chère.

Tapie attend son permis de résident

Déjà  en juillet 2006, la Lettre de l’Expansion révélait que Tapie cherchait à  négocier un forfait fiscal en vue de son installation en Suisse. Un forfait, c’est-à -dire « un impôt calculé sur le train de vie que l’on pense que la personne aura », explique un spécialiste de la question, calculé par le fisc suisse sans que l’intéressé soit obligé de divulguer ses revenus ou le montant de sa fortune. Idéal ! L’ex-proprio d’Adidas et de la Vie Claire cherche donc à  obtenir un permis de résident du canton de Vaud, ce qui lui permettra de payer ses impôts forfaitairement.

On peut en effet s’y établir pour 60 000 à  200 000 euros.

Ce beau forfait, Tapie peut se l’offrir sans barguigner grâce à  l’Etat français.

Sarkozy permet aux contribuables de financer la nouvelle résidence en Suisse de Bernard Tapie.

© Tout Sauf Sarkozy

L’ancien ministre de Mitterrand – et aujourd’hui protégé de Sarkozy – est sur le point d’acheter une belle maison dans le canton de Vaud et souhaite s’y installer. Avec, à  la clé, un forfait fiscal fort intéressant… Merci Sarko, au revoir Paris !

Redevenu riche par la grâce d’un tribunal arbitral aux ordres de Bercy, Bernard Tapie a déjà  prévu de mettre de côté son pactole. Il va bientôt emménager, d’après nos informations, non loin du lac Léman, près de Prangins, dans la région de Nyon. Par ailleurs, il s’apprête à  vendre l’hôtel particulier qu’il occupe depuis des années rue des Saint-Pères, à  Paris. Là  même où la juge Eva Joly était un jour venue le chercher avec les flics de la brigade financière. Trop de mauvais souvenirs !
Après avoir remboursé quelques dettes, l’ancien ministre de François Mitterrand devrait conserver à  première vue pas loin de 50 millions d’euros. Pour vivre désormais en toute tranquillité, Tapie négocie un permis de résident en Suisse, dans le canton de Vaud. L’air pur du lac lui plait tant qu’il est en train d’y acquérir une belle demeure. Une agence immobilière locale vient de lui faire une proposition pour une superbe villa. D’après nos informations, un accord aurait été trouvé à  12 millions d’euros. Un avocat de Tapie assure ne pas être au courant. Quant à  Nanar, il n’a pas réagi au message laissé sur son répondeur téléphonique.

A l’arrêt devant une belle villa de Genève

Cela fait plusieurs mois que Bernard Tapie cherchait à  s’installer en Suisse. Il y a quelques temps, un habitant de Cologny, l’une des zones les plus résidentielles de Genève, l’avait croisé admirant une belle villa, en compagnie de son copain de toujours, Didier Tornare. Cet ancien notaire, ex-président du club FC Servette, s’est reconverti dans les affaires après une faillite malencontreuse et quelques menus déboires. Un agent immobilier accompagnait le duo et une Rolls attendait ces messieurs sur le bas-côté.

Parallèlement, Nanard prenait contact avec Franck Muller, le richissime fondateur des montres éponyme. Ce dernier, propriétaire d’une belle maison et d’un immense terrain sur la route du Lac, à  la sortie de Genève, cherchait à  vendre une partie du terrain. Intéressé, Tapie a finalement décliné l’offre, la trouvant trop chère.

Tapie attend son permis de résident

Déjà  en juillet 2006, la Lettre de l’Expansion révélait que Tapie cherchait à  négocier un forfait fiscal en vue de son installation en Suisse. Un forfait, c’est-à -dire « un impôt calculé sur le train de vie que l’on pense que la personne aura », explique un spécialiste de la question, calculé par le fisc suisse sans que l’intéressé soit obligé de divulguer ses revenus ou le montant de sa fortune. Idéal ! L’ex-proprio d’Adidas et de la Vie Claire cherche donc à  obtenir un permis de résident du canton de Vaud, ce qui lui permettra de payer ses impôts forfaitairement

On peut en effet s’y établir pour 60 000 à  200 000 euros.

Ce beau forfait, Tapie peut se l’offrir sans barguigner grâce à  l’Etat français, et aux honnêtes contribuables. Merci les veaux!

Le Conseil Superieur de la Magistrature cautionne les dérives d’Outreau…

Jeudi 24 juillet 2008

Le Conseil Superieur de la Magistrature cautionne les dérives d’Outreau…

© Deni-Justice.net

vendredi 18 juillet 2008 AFP PARIS
Outreau: le CSM ne demande aucune sanction contre le procureur Lesigne AFP

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a considéré vendredi que le procureur de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) Gérald Lesigne ne méritait aucune sanction disciplinaire pour sa gestion de l’affaire de pédophilie d’Outreau, qui s’était soldée par un fiasco judiciaire.

Dans un « avis » confidentiel transmis à  Rachida Dati, à  qui appartient la décision finale, la formation du CSM, chargée de juger les magistrats du parquet, devant laquelle M. Lesigne avait comparu fin mai, a estimé qu’il n’y avait « pas lieu à  sanction », a-t-on indiqué à  l’AFP de source judiciaire.

Parmi les dix reproches formulés, un seul a été considéré « constitutif d’une faute disciplinaire », mais celle-ci ne relevant pas d’un « manquement à  l’honneur », le procureur bénéficie de la loi d’amnistie votée après la réélection du président Chirac au printemps 2002, a expliqué cette source.

En juillet 2006, le garde des Sceaux de l’époque, Pascal Clément, avait souhaité la comparution de M. Lesigne devant le CSM, estimant que ses « insuffisances » dans le suivi du dossier instruit par le juge Fabrice Burgaud (également renvoyé devant le CSM) constituaient « des atteintes au devoir de loyauté et de rigueur » d’un magistrat.

Il était notamment reproché au procureur d’avoir insuffisamment informé le parquet général de Douai (Nord) sur le dossier et d’avoir « présenté l’affaire sous un jour que le contenu de la procédure ne venait pas corroborer » entre juin 2001 et janvier 2002. Une allusion à  l’évocation par M. Lesigne d’un trafic de cassettes vidéos pédophiles entre la France et la Belgique.

C’est sur cet aspect du « défaut de fiabilité de l’information transmise au parquet général » que Gérald Lesigne, 60 ans, a été épinglé, a précisé une autre source judiciaire. « Mais le CSM a considéré que ces faits étaient amnistiés en l’absence d’une volonté délibérée du procureur de la République d’induire en erreur le procureur général », a-t-elle souligné.

Dans cette affaire, 17 personnes avaient été traduites devant les assises pour avoir participé à  des abus sexuels sur mineurs. Parmi elles, treize seront finalement mises hors de cause, sept lors du premier procès en 2004 et six autres en appel l’année suivante.

Après trois jours d’audience devant le CSM fin mai, le représentant de la Chancellerie avait requis le « retrait des fonctions » du procureur, assorti d’un « déplacement d’office ».

Il avait demandé à  l’organe disciplinaire des magistrats de dire que les faits reprochés à  M. Lesigne étaient « contraires à  l’honneur » et ne pouvaient bénéficier d’une amnistie.

De son côté, M. Lesigne a reconnu des erreurs d’appréciation mais plaidé qu’au moment où l’affaire éclatait, en 2001-2002, sa hiérarchie s’intéressait davantage à  l’afflux d’immigrés du Moyen-Orient vers l’Angleterre, via le centre de réfugiés de Sangatte, et à  tous les contentieux qui en résultaient.

Les avis du CSM concernant des magistrats du parquet ont toujours été suivis par les gardes des Sceaux. S’il devait en être autrement dans le cas de Gérald Lesigne, Rachida Dati devrait alors saisir à  nouveau le CSM d’un projet de sanction et faire réentendre le procureur de Boulogne, comme le prévoit l’article 66 du statut de la magistrature.

« Si le garde des Sceaux s’aventurait sur la voie de la sanction disciplinaire, il devrait en tirer toutes les conséquences (…) et envisager d’autres poursuites » dans sa hiérarchie, a réagi Naïma Rudloff, un des deux défenseurs de M. Lesigne.

Une petite histoire bien actuelle « Pourquoi suis je en prison? »

Lundi 7 juillet 2008

Une petite histoire bien actuelle « Pourquoi suis je en prison? »

Wahoub Fayoumi, journaliste à  la RTBF arrêtée début juin pour«appartenance à  une organisation terroriste », en compagnie notamment de
Bertrand Sassoye (ex-CCC), a fait parvenir au « Soir » le récitimpressionnant de son arrestation, des interrogatoires, de sa détention.

Le Cauchemar, lettre de prison Rédaction en ligne mardi 17 juin 2008, 07:08

Je suis journaliste. Mais ce n’est pas pour ça que j’écris aujourd’hui. Ce texte est mon témoignage. Quelque chose d’immense et d’effrayant m’est arrivé, il y a plus d’une semaine.
C’était jeudi. Le 5 juin, c’est l’anniversaire de mon compagnon. A 5h00 du matin, on frappe à  la porte. Je dormais encore, je m’habille vite, ça a l’air important. Lorsque j’ouvre, je vois des policiers dans la cage
d’escalier. Il y en a beaucoup. Je pense à  un cambriolage. On me dit que c’est pour une perquisition. Chez moi ? « Vous venez chez moi ? » je dis.Oui. Je leur demande pourquoi. « On ne sait pas. On a juste un mandat. »
Ils entrent. « Vous êtes seule ? Vous êtes sùres ? » Ils sont 6 ou 7. Ce n’est pas normal. « Que ce passe-t-il ? » je dis. Sur le papier, il y a écrit « terrorisme », « urgence ». « Vous êtes privée de liberté, madame.
» On ne réalise rien à  ce moment-là . On ne comprend simplement pas les mots. La tête tourne. Ils fouillent. Tout. La cuisine, la salle de bain,mes vêtements, mes livres. Ils mettent des choses de côté, ils disent « on
saisit ». ça dure 3 heures. Ils prennent les ordinateurs, des affiches,des livres, un bouquin en arabe. Je leur dit « je dois aller au travail. »« Je ne pense pas que ce soit possible. » Je voudrais téléphoner, mon GSM
est déjà  saisi. Mon équipe attendra à  Reyers, mon compagnon aussi, je ne verrai pas mon frère qui prépare un voyage de plus d’un an en Espagne et au Mali. Personne ne saura où je suis aujourd’hui. « Au bureau » comme ils disent, c’est l’interrogatoire. Des questions sur
mon nom, mon âge, mon loyer, mon numéro de carte de banque, mes opinions politiques, mes amis. Des heures passent, je commence à  trembler. Aux questions auxquelles je réponds « je ne sais p as », ils insistent. Avant
de comprendre ce qu’ils veulent. Le choc se diffuse lentement, à  chaque question. C’est l’après-midi. J’aperçois des hommes cagoulés, armés. Ils viendront me chercher. Il doit être 17 ou 18 heures. Je suis menottée,
attachée par une corde que tiennent deux hommes. Je suis masquée, je ne peux rien voir. Trajet en voiture. Sirènes hurlantes, escorte. Arrivée au Palais de Justice. Des couloirs, des ascenseurs, je ne vois rien. On
s’arrête. Un homme m’enlève les menottes, mains sur la tête ; un autre, le masque. Je suis face à  un mur gris. Une porte se ferme. Je n’ai vu personne. Je n’ai rien vu à  part cette porte grise qui s’est fermée, grise
comme les murs, comme le rebord en béton. Les murs lisses, affreusement lisses. Il n’y a aucune ouverture. J’ai l’impression d’étouffer. Envie de taper sur ces murs lisses. Je ne dois pas pleurer. Personne ne m’a dit un
mot. J’attends. Des heures. 20h ? 22h ? Interrogatoire chez la juge d’instruction. « Vous n’avez pas tout dit ». Un cauchemar qui se poursuit.Je ne sais pas où j’ai mal. àƒ”¡a va s’arrêter, j’en suis sùre. Je pleure
quand elle parle de ma famille. C’en est trop. A nouveau le cachot. Ma tête est raide. Je m’allonge sur le rebord en béton. Quelle heure est-il ? Est-ce que le temps s’allonge ou se rétrécit? On reviendra me chercher. Chez la juge, dans ce bureau allumé au fond
d’un couloir. « J’ai hésité » elle dit. Alors je sais. Sur mon mandat d’arrêt, il est 2h30. C’était il y a une semaine et quatre jours. Beaucoup de choses à  dire sur le mandat d’arrêt, sur l’inculpation, sur les méthodes.
Des méthodes de cowboys, des interrogatoires où on renverse la charge de la preuve. On m’a épié, surveillée, mise sur écoute, analysé mes comptes bancaires et mon écriture, depuis plus d’un an. Attendait-on de moi que je
conforte une hypothèse de départ ? Que je donne des noms qui alimenteraient leur idée ? Leur enquête est restée désespérément vide.Est-ce pour cela que je suis en prison ? Sommes-nous là  parce qu’il DOIT y avoir quelque chose ? Il suffirait alors de bien peu : d’affirmer des
solidarités, d’avoir des idées politiques. Je l’ai entendu à  notre charge,ces idées politiques ont été présentées comme en soi terroristes ! Je n’ai jamais caché mon engagement. Il est public, libre et réfléchi.
Défendre des étudiants, des sans-papiers, des prisonniers politiques, se battre pour un monde plus juste, ce ne sont pas des engagements dont on doit avoir honte. Si je n’avais pas été ici, j’aurais été devant ces
prisons, j’aurais écrit des communiqués, j’aurais contacté des associations. La souffrance de ma mère et de mes frères, la solitude de mon compagnon,la tristesse de mes amis, l’incompréhension sur mon lieu de travail, la
privation de liberté de quatre militants, la criminalisation de la solidarité, sont-ils des prix à  payer ? Wahoub Prison de Berkendael

Un policier dénonce des statistiques faussées par la pression pour « faire du chiffre »

Mercredi 14 mai 2008

Un policier dénonce des statistiques faussées par la pression pour « faire du chiffre »

© Syti

Un officier de police qui a démissionné explique comment la politique de Sarkozy encourage les policiers à  « faire du chiffre » pour produire des statistiques flateuses, au détriment du traitement des vrais problèmes.

La bande son est un peu décallée par rapport à  l’image, mais le témoignage de ce policier permet de comprendre comment fonctionne la Police de Sarkozy, et pourquoi on peut désormais subir une garde à  vue pour la moindre broutille.


Chiffres, Police et Sarkozy
envoyé par sarkophage